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	<title>Colin Ducasse &#187; homosexualité</title>
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		<title>Je ne suis ni fier, ni drag, ni bear en cuir mais j&#8217;irai</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2009 22:16:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A la fin du mois se tiendra la grand mess des pédés, des gouines et des trans, un événement auquel j&#8217;assiste systématiquement même si ce n&#8217;est que pour une heure ou deux et ce, qu&#8217;il pleuve, qu&#8217;il vente, qu&#8217;il tombe des météorites ou qu&#8217;il me pousse un baobab dans la main. Dans mon esprit, c&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la fin du mois se tiendra la grand mess des pédés, des gouines et des trans, un événement auquel j&#8217;assiste systématiquement même si ce n&#8217;est que pour une heure ou deux et ce, qu&#8217;il pleuve, qu&#8217;il vente, qu&#8217;il tombe des météorites ou qu&#8217;il me pousse un baobab dans la main. Dans mon esprit, c&#8217;est moins une question de fierté que de devoir. </p>
<p>Je ne suis pas <em>proud</em> d&#8217;être gay, je n&#8217;en ai pas honte non plus. Mon homosexualité est un état de fait, une qualité que j&#8217;assume et que je ne pourrais jamais renier mais elle ne suffit certainement pas à me définir. Pour donner un exemple en comparaison, je ne suis pas fier d&#8217;être brun mais j&#8217;aime bien mes cheveux. Je suis. Tout simplement. C&#8217;est l&#8217;un des arguments que l&#8217;on entend souvent dans la bouche des homos qui ne veulent pas aller à la Gay Pride:  <em>&#8220;je sais qui je suis, je me sens bien dans mes espadrilles (il parait qu&#8217;elles sont de retour), je n&#8217;ai pas besoin de défiler au milieu d&#8217;un zoo bigarré pour me sentir exister et puis, il faut l&#8217;avouer je ne me reconnais pas là-dedans, et puis c&#8217;est devenu hyper mercantile, et puis ça donne une image ultra-réductrice des gays, et puis je n&#8217;aime pas l&#8217;esprit communautaire, et puis&#8230;&#8221;</em> Essayons de creuser un peu&#8230;</p>
<p><em>La Gay Pride donne une mauvaise image des gays, ce n&#8217;est qu&#8217;un défilé de clichés parfois choquants pour nos amis les esprits bien-pensants</em>. A ça, je réponds : foutaise! Ce genre de discours ne peut-être tenu que par des gens qui n&#8217;ont jamais mis les pieds dans une marche des fiertés. Il faut être aveugle pour ne pas voir que cette manifestation est une réunion de gays, de lesbiennes et de trans de tous les styles. Tout le monde n&#8217;est pas monté sur des platform shoes ou engoncé dans une combinaison SM en cuir. On peut aussi y croiser Monsieur Paulin expert-comptable depuis 36 ans et habillé avec la mode de ses vingt ans, double foyer devant les yeux et distribution capillaire douteuse. Il y a même des hétéros, si, si! En fait, je crois qu&#8217;il n&#8217;existe aucune autre manifestation publique qui mixe autant les genres, les origines ethniques et les différences sociales. La Gay Pride ouvre les yeux des gens sur les différences &#8211; et je ne parle pas de ceux qui défilent mais des badauds sur les côtés, gentil petit couple avec poussette, papy et mamy assis sur un banc à côté de la Grande Geneviève en string et paillettes, jeunes filles en fleur qui se rincent l&#8217;oeil devant les éphèbes des chars, etc, etc&#8230; Ce n&#8217;ai pas la manifestation qui enfile les clichés. Ce sont les grands médias qui traite l&#8217;événement comme s&#8217;il s&#8217;agissait de la Fête des Fous ou tout autre numéro de freak. Quant à la soi-disante obscénité parfois pointée du doigt, j&#8217;aurais tendance à penser que le problème ne se situe pas dans quelques jolies paries de fesses ou de seins exposés à l&#8217;air frais mais plutôt dans les esprits psycho-rigides de ceux qui se disent choqués (mais qui se rincent l&#8217;oeil quand même).</p>
<p><em>L&#8217;aspect communautaire renvoie un impression de secte et de lobby, la Gay Pride n&#8217;aide pas à sortir du ghetto.</em> Bon alors sur ce point, j&#8217;aimerais bien que quelqu&#8217;un m&#8217;explique ce qu&#8217;est &#8220;LA communauté gay&#8221; parce que de mon côte je ne vois pas une mais <strong>des</strong> communautés qui ne se fréquentent pas forcément en dehors de la Gay Pride, qui n&#8217;ont pas forcément grand chose à se raconter, qui ne partagent pas les mêmes goûts musicaux. Je veux dire un jour on aura bien un char des homos qui aiment faire du tricot derrière celui des trans qui plantent les choux avec les genoux (pas facile en platform shoes, c&#8217;est un vrai sport). Je veux surtout dire par là que, comme beaucoup de gays, je n&#8217;ai pas un sentiment d&#8217;appartenance à une quelconque communauté. Les homos représentent une population d&#8217;une telle complexité humaine, d&#8217;une telle diversité qu&#8217;on ne peut pas tous les enfermer dans le même cénacle. J&#8217;irais jusqu&#8217;à dire qu&#8217;en mélangeant ainsi les communautés, la Gay Pride fait dans l&#8217;anti-communautaire. Nous n&#8217;avons pas tous les mêmes intérêts, pas tous les mêmes raisons de défiler, certains viennent pour faire la fête, d&#8217;autres pour revendiquer, d&#8217;autres par curiosité, d&#8217;autres parce que leur connexion internet est tombée en rade et qu&#8217;il faisait beau dehors et enfin(surtout?) d&#8217;autres(la majorité?) viennent aussi pour se trouver un choupinou ou une choupinette. Il faut être lucide, nous ne sommes pas tous porteurs d&#8217;idéaux pour la société française, nous n&#8217;avons pas tous de justification politique à notre présence à la Gay Pride. Nous sommes là uniquement parce que nous avons envie d&#8217;y être.</p>
<p>Moi j&#8217;irai à la la Marche des Fiertés car j&#8217;ai dans le sang un je-ne-sais-quoi de Robespierre, je suis un puriste de l&#8217;Etat de Droit, un ayatollah de la République qui veut croire quand on lui dit Liberté, Egalité, Fraternité. Or la devise de la France ressemble plus aujourd&#8217;hui à une douce utopie qu&#8217;on piétine à tout va qu&#8217;à un idéal de société à atteindre. Plus que jamais, elle mérite que l&#8217;on se batte pour elle et à aucun autre moment de l&#8217;année je ne perçois mieux sa possibilité qu&#8217;à la Gay Pride où les gays, les lesbiennes et les transexuel(le)s dansent pour être libre de vivre tels qu&#8217;ils sont, pour réclamer leur droit à l&#8217;égalité devant la loi et montrant dans toutes leur diversité une union face à l&#8217;adversité, fiers du chemin accomplis et toujours mus par ce qu&#8217;il reste à achever, rappelant la fragilité de ce que d&#8217;aucuns considèrent comme des acquis et commémorant la mémoire de ceux qui ont permis que de telles marches se tiennent tous les ans dans le monde entier. J&#8217;irai à la Gay Pride car j&#8217;y vois quelque chose de plus large que la simple affaire d&#8217;une communauté mais bien celle d&#8217;une société dont on dit à chacun de ses membres : &#8220;Tu peux devenir qui tu es vraiment&#8221;. Car il est une chose dont je suis persuadé : ce ne sont pas ceux qui défilent qui sont coulés dans le moule infiniment correct d&#8217;une imaginaire majorité morale.</p>
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		<title>Arthur et moi</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Jul 2008 16:11:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Arthur Rimbaud]]></category>
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		<description><![CDATA[Tout le jour il suait d&#8217;obéissance ; très Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits Semblaient prouver en lui d&#8217;âcres hypocrisies. Dans l&#8217;ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings À l&#8217;aine, et dans ses yeux fermés voyait des points. Les Poètes de sept ans (26 mai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src='http://www.colin-ducasse.net/wp-content/rimbaud.jpg' width="150px" alt='Arthur Rimbaud' style="float:left;margin:5px;"/><em>Tout le jour il suait d&#8217;obéissance ; très<br />
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits<br />
Semblaient prouver en lui d&#8217;âcres hypocrisies.<br />
Dans l&#8217;ombre des couloirs aux tentures moisies,<br />
En passant il tirait la langue, les deux poings<br />
À l&#8217;aine, et dans ses yeux fermés voyait des points. </em><br />
<strong><em>Les Poètes de sept ans (26 mai 1871)</em></strong></p>
<p>J&#8217;ai rencontré Arthur, j&#8217;avais quinze ans. Jo m&#8217;avait offert comme ça sans raison un vieux recueil de poésies de Rimbaud qu&#8217;elle possédait depuis sa propre adolescence. C&#8217;était un cadeau fait sans raison particulière, uniquement justifié à l&#8217;époque par ma boulimie de livres, un livre de poche érodé avec en couverture un dessin de Verlaine, c&#8217;était presque anodin, &#8220;tiens je t&#8217;ai trouvé ça, ça devrait te plaire!&#8221;, ouvrage glissé du bout des doigts sur l&#8217;échiquier rouge et blanc de la table de cuisine. Je baignais alors dans les romans du XIXème siècle et je connaissais peu la poésie en dehors de l&#8217;abrutissement qu&#8217;était son enseignement à l&#8217;école. Je suis quasiment certain que j&#8217;avais croisé les <a href="http://www.colin-ducasse.net/2008/02/09/voyelles/">Voyelles</a> auparavant mais aussi que les explications qui avaient été fournies avec ne volaient pas beaucoup plus haut que les pâquerettes.</p>
<p><em>Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème<br />
De la Mer, infusé d&#8217;astres, et lactescent,<br />
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême<br />
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;<br />
<strong>Le Bateau Ivre</strong></em></p>
<p><img src='http://www.colin-ducasse.net/wp-content/rimbaud-par-verlaine.jpg' style="float:right;margin:5px;" alt='Arthur Rimbaud par Paul Verlaine' />Ce fut une révélation sans nom au grand ravissement de Jo qui très tôt attira mon attention sur la relation Verlaine-Rimbaud &#8211; elle avait compris avant tout le monde, moi y compris, que j&#8217;étais homosexuel et si rien ne fut jamais dit, je sais qu&#8217;elle était enchantée d&#8217;avoir un fils pédé. J&#8217;aimais la violence dans la poésie de Rimbaud, ses images hallucinées, ses envolées dans les étoiles qui retombaient en pleurs dans la fange et les ténèbres. Mais surtout, Arthur <em>me parlait</em>. Je n&#8217;avais pas besoin de livres pour m&#8217;aider à comprendre, je fuyais les explications de texte et l&#8217;autopsie froide des poèmes, je n&#8217;avais que faire des théories et des analyses. Il me suffisait de lire et Rimbaud me parlait à moi une langue que je comprenais et que j&#8217;ai mis plusieurs années à faire mienne. Car pendant près de cinq ans, ce recueil ne m&#8217;a pas quitté, je l&#8217;ai lu, lu et relu bientôt rejoint par <em>Une Saison en Enfer </em>et les <em>Illuminations</em> qui ne quittaient, eux non plus, jamais mon sac.</p>
<p><em>On n&#8217;est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.<br />
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,<br />
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !<br />
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.<br />
<strong>Roman</strong></em></p>
<p>Il est des oeuvres qui vous marquent à vie, de l&#8217;art qui laisse au fer rouge une marque indélébile dans le cerveau. Je sais très bien que ma misanthropie latente provient en partie des poèmes de Rimbaud. Il faut dire que j&#8217;ai très peu vécu jusqu&#8217;à mes dix-sept ans. <em>Tout le jour il suait d&#8217;obéissance</em>, je mettais peu les pieds dehors, je vivais dans les livres et c&#8217;est aux livres que je dois une bonne partie de la construction de ma personnalité. J&#8217;ai découvert le monde, la vie, la mort, l&#8217;amour entre les pages des ouvrages avant de les vivre vraiment. Tout ce que me disais Rimbaud, j&#8217;y croyais, j&#8217;y crois toujours et quand bien même cela n&#8217;avait pas de sens premier évident, j&#8217;y trouvais une signification cachée au delà des mots. De Rimbaud me vient le goût de l&#8217;ineffable.</p>
<p><em>Toutes les monstruosités violent les gestes atroces d&#8217;Hortense. Sa solitude est la mécanique érotique, sa lassitude, la dynamique amoureuse. Sous la surveillance d&#8217;une enfance, elle a été, à des époques nombreuses, l&#8217;ardente hygiène des races. Sa porte est ouverte à la misère. Là, la moralité des êtres actuels se décorpore en sa passion ou en son action. &#8211; O terrible frisson des amours novices sur le sol sanglant et par l&#8217;hydrogène clarteux ! trouvez Hortense.<br />
<strong>H</strong></em></p>
<p>Arthur Rimbaud m&#8217;ouvrit les portes de la poésie. J&#8217;abandonnais pour un temps les romans et plongeais dans les vers. Il en fut d&#8217;autres pour venir me chanter aux oreilles : Jules Laforgue, Le Comte de Lautréamont, René Char, Paul Verlaine bien sûr, Guillaume Appollinaire, etc&#8230; Mais aucun ne put jamais détrôner Arthur Rimbaud. Aujourd&#8217;hui je le relis souvent et je vois en filigrane entre les mots le visage de Jo.</p>
<p><em>Et comme il savourait surtout les sombres choses,<br />
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,<br />
Haute et bleue, âcrement prise d&#8217;humidité,<br />
Il lisait son roman sans cesse médité,<br />
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,<br />
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,<br />
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !<br />
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,<br />
En bas, &#8211; seul, et couché sur des pièces de toile<br />
Écrue, et pressentant violemment la voile !<br />
<strong>Les Poètes de sept ans (26 mai 1871)</strong></em></p>
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