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	<title>Colin Ducasse &#187; Chants de Maldoror</title>
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		<title>J&#8217;ai mille ans</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Apr 2009 23:34:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Arthur Rimbaud]]></category>
		<category><![CDATA[Chants de Maldoror]]></category>
		<category><![CDATA[Comte de Lautréamort]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai parfois l&#8217;impression d&#8217;avoir déjà trop vécu. Je ne me fais pourtant pas d&#8217;illusions, je sais que je n&#8217;ai que 31 ans. Je vois le regard que je pose sur la naïveté des jeunes de vingt ans. Cela me suffit à imaginer celui que mes aînés peuvent me jeter. Un jour, il y a longtemps, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai parfois l&#8217;impression d&#8217;avoir déjà trop vécu. Je ne me fais pourtant pas d&#8217;illusions, je sais que je n&#8217;ai que 31 ans. Je vois le regard que je pose sur la naïveté des jeunes de vingt ans. Cela me suffit à imaginer celui que mes aînés peuvent me jeter.</p>
<p>Un jour, il y a longtemps, j&#8217;assistais à l&#8217;une de mes premières &#8220;vraies&#8221; soirées. J&#8217;avais seize ans et je me retrouvais en compagnie de deux amis de lycée dans un squat d&#8217;artistes à Paris. Ma mémoire a effacé l&#8217;adresse mais je me souviens de la magie de l&#8217;endroit, de la décrépitude enivrante du bâtiment. Pour moi qui baignait alors dans la poésie de Rimbaud et dans les Chants de Maldoror, c&#8217;était un paradis : enfin je mettais les pieds dans la marge! </p>
<p>Nous étions là pour discuter de notre participation à une petite revue littéraire de cinquième zone. Mes vers intéressaient moins le responsable de ce projet que mes fesses. De fait, il su me flatter et c&#8217;est à lui que revint un jour la bonheur de me <del>sauter</del> dépuceler. J&#8217;ai gardé de cette expérience une profonde méfiance pour les compliments.</p>
<p>Dans ce décor de Berlin d&#8217;après-guerre évoluaient des personnages étranges et fascinants. Nous montions et descendions des escaliers, traversions des salles tantôt vides, tantôt remplies d&#8217;objets dont on n&#8217;aurait pu dire s&#8217;ils sortaient d&#8217;une décharge ou s&#8217;ils étaient le fruit d&#8217;un travail artistique. C&#8217;est dans l&#8217;une de ces salles qu&#8217;une fille m&#8217;attrapa le bras. Tatouée, percée de partout et coiffure iroquois, elle me força à m&#8217;arrêter et planta son regard dans le mien. Nous avons du rester une bonne minute ainsi, moi pas très à l&#8217;aise et elle scrutant mes pupilles. &#8220;Je n&#8217;ai jamais vu d&#8217;âme aussi vieille&#8221;, me dit-elle avant de me lâcher le bras et de disparaître. On me dit de ne pas la prendre au sérieux et c&#8217;est bien ce que je fis. Et cependant, cette anecdote, ma mémoire-passoire ne l&#8217;a jamais effacée.</p>
<p>Pour tout dire elle me revient encore souvent à l&#8217;esprit quand je me sens lourd des siècles que mon corps n&#8217;a pas traversé. Je ne dis pas que je crois aux réincarnations, aux vies antérieures ou à tout autre forme de métempsycose. Je ne parle ici que de la sensation d&#8217;en avoir trop vu, trop entendu, trop vécu. Je me rends compte en discutant avec les gens que j&#8217;ai souvent poussé certaines expériences plus loin qu&#8217;eux. Je sais aussi que je suis resté bien en deça de ce que certains ont déjà fait ou sont capables de faire. Alors j&#8217;oscille. Entre l&#8217;impression d&#8217;en avoir eu plus que ma dose et celle de n&#8217;en avoir pas eu assez.</p>
<p>En ce moment, j&#8217;ai mille ans, l&#8217;âme et le corps fatigués, &#8220;claqué comme une pute&#8221; comme dirait Sébastien, moralement s&#8217;entend. Plus trop envie de me battre, pas envie de débattre, même plus la force de m&#8217;énerver, c&#8217;est pour dire&#8230;</p>
<p>En y repensant de manière un peu plus prosaïque, je crois que j&#8217;ai juste besoin de prendre des vacances&#8230;</p>
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