[]

Green Paradise recrute pour la saison prochaine

ionesco

Green Paradise, troupe de théâtre amateur sur Paris, fêtera sa troisième année d’existence en septembre 2009 (youpi tra la la). A cette occasion, nous recherchons 3 comédiennes amateur qui seraient motivées pour nous rejoindre.

kwtz

Quelques mots au sujet de la troupe:
- Green Paradise est un sympathique groupe polysexuel doté de forts tempéraments et constitué d’individus entre 25 et 35 ans.
- Green Paradise n’est pas un groupe de thérapie pour inadaptés sociaux ou une agence matrimoniale (même si sur ce point, il y a des opportunités).
- Au cours de l’année, deux types d’activités sont organisées: les répétitions en vue des représentations et des séances plus techniques. Régulièrement, les séances sont encadrées par un jeune comédien/metteur en scène professionnel.
- Green Paradise demande un certain investissement personnel (il faut compter 3h par semaine, parfois plus quand on se rapproche des représentations)
- Toutes les décisions (ou presque) sont prises de manière collégiale, ce qui assure un joli bordel permanent et empêche assurément de sombrer dans la monotonie.
- En 2009-2010, nous organiserons deux week-ends en province, voire à l’étranger, pour intégrer les nouvelles recrues et assurer la cohésion du groupe
- La cotisation annuelle sera fixée entre 500 et 700 euros par personne pour l’année (payable par trimestre). Cette cotisation nous permet de louer des salles de répétitions et de représentations, de payer les intervenants extérieurs, d’acheter/louer les costumes/accessoires/décors/lumières nécessaires aux représentations et peut-être un jour d’investir dans notre propre matériel.
- Nous ne nous limitons à aucun style/genre de pièce de théâtre et les projets personnels sont privilégiées. Possibilité de création ou de participer à une création.

huis-clos

Concernant la saison 2009-2010:
Chacun travaillera essentiellement sur deux projets. L’un aura pour objectif de représentation le mois de décembre 2009, l’autre la période juin-juillet 2010. Tout le calendrier ainsi que les projets seront décidés ensemble à la rentrée de mi-septembre.

dieu-habite-dusseldorf

Tu es intéressée?
Nous ne recherchons pas de profils particuliers. Nous acceptons tous les niveaux et tous les âges ou gabarits sous réserve que le courant passe entre nous et que la motivation est là. Il vaut quand même mieux que tu sois déjà un peu à l’aise dans ton corps ou avec les autres mais une fois encore, si la motivation est là, tout est possible.

Pour postuler ou en savoir plus, tu peux me contacter directement en m’écrivant à colin.ducasse@gmail.com.

green-paradise

Hildebrand Van de Pioch et Maximilien Crickboom

Hildebrand Van de Pioch et Maximilien Crickboom
Représentation du KWTZ de Sacha Guitry (26 juin 2009)

Cachez ces folles que je ne saurais voir

Tolérance : capacité à accepter que quelqu’un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d’une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.

Dans les commentaires du précédent billet, Roxane explique pourquoi elle considère la Gay Pride et surtout l’excentricité, l’excès qui s’y manifestent comme un frein à la lutte permanente des associations qui sont sur le terrain tout au long de l’année. Elle lance un appel à plus de sobriété, à plus de simplicité, à plus de sérieux aussi, afin de faire gagner aux causes LGBT une plus grande crédibilité. En fait elle pose le problème de l’impact de ce qui est montré sur le regard qui est posé sur les défilant(e)s de la Gay Pride. En y réfléchissant, c’est sur ce point précis que nos avis divergent.

Roxane nous dit que le problème vient de ce qui est montré. Que si on montrait moins, si on était plus sage, le regard qui est posé serait plus enclin à accepter les revendications. De mon côté je considère plutôt que le problème vient du regard qui est posé qui juge, sur la base de son propre référentiel moral, des gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font. Nous avons là un problème de tolérance, tout à fait humain et commun, que l’on rencontre tous les jours, dont chacun peut-être source un jour. Tous les a priori que l’on peut nourrir vis-à-vis d’untel ou d’une-telle, sur sa manière de s’habiller, de se coiffer, sur ses croyances, ses opinions, ses origines, toutes les petites choses qui nous choquent chez les autres, qui nous dérangent dans leurs manières ou nous déplait dans leurs discours, tout ce qui fait remonter un rejet de l’autre en nous et qui nous fait dire qu’autrui a un sacré problème, toutes ces défaillances que l’on critique ne proviennent, au fond, pas de l’autre. Le problème vient de notre refus d’accepter que l’autre soit différent. Et si un jour il “décidait”, sous la pression, de rentrer dans le rang, d’être conforme à ce que nous attendons de lui, nous ne réglons le problème qu’en apparence. Nous sommes heureux car l’autre ne nous dérange plus mais nous demeurons toujours aussi obtus et intolérant: ouf! nous pouvons conserver nos oeillères! Et l’autre de son côté va se mettre à engendrer de la frustration. L’autre est dans le déni apparent de sa propre identité, de ce qui le fonde et de ce qui fait ce qu’il est vraiment. Nous possédons tous, individuellement et collectivement, une hallucinante capacité à inverser les problèmes.

La Gay Pride offre “une mauvaise image” des homosexuel(le)s et des transexuel(le)s, disent certains. Quand bien même tout le monde ne serait pas en string frangé ou en latex, c’est “l’impression” que les gens garderont, c’est ce que les médias “montreront”, œillères sur caméra. Jusque dans le vocabulaire, nous sommes face à un problème de perception et c’est cela qui freine l’intégration totale des gouines et des pédés à notre société, pas le bear en cuir et tout poilu qui danse sur Dalida. Une fois par an, on nous autorise à défiler sous les façades de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Forcément on provoque, forcément on exagère. Mais surtout on s’affirme, on chante à la société qu’on n’a pas envie de paraître au monde tels que eux l’aimeraient. On martèle notre différence, on l’assume et on la vit au grand jour et de manière décomplexée. On dit qu’on ne changera pas ce qui est montré et que les choses ne changeront vraiment que quand le regard qui est posé deviendra indifférent (voire bienveillant?).

Je ne suis ni fier, ni drag, ni bear en cuir mais j’irai

A la fin du mois se tiendra la grand mess des pédés, des gouines et des trans, un événement auquel j’assiste systématiquement même si ce n’est que pour une heure ou deux et ce, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tombe des météorites ou qu’il me pousse un baobab dans la main. Dans mon esprit, c’est moins une question de fierté que de devoir.

Je ne suis pas proud d’être gay, je n’en ai pas honte non plus. Mon homosexualité est un état de fait, une qualité que j’assume et que je ne pourrais jamais renier mais elle ne suffit certainement pas à me définir. Pour donner un exemple en comparaison, je ne suis pas fier d’être brun mais j’aime bien mes cheveux. Je suis. Tout simplement. C’est l’un des arguments que l’on entend souvent dans la bouche des homos qui ne veulent pas aller à la Gay Pride: “je sais qui je suis, je me sens bien dans mes espadrilles (il parait qu’elles sont de retour), je n’ai pas besoin de défiler au milieu d’un zoo bigarré pour me sentir exister et puis, il faut l’avouer je ne me reconnais pas là-dedans, et puis c’est devenu hyper mercantile, et puis ça donne une image ultra-réductrice des gays, et puis je n’aime pas l’esprit communautaire, et puis…” Essayons de creuser un peu…

La Gay Pride donne une mauvaise image des gays, ce n’est qu’un défilé de clichés parfois choquants pour nos amis les esprits bien-pensants. A ça, je réponds : foutaise! Ce genre de discours ne peut-être tenu que par des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une marche des fiertés. Il faut être aveugle pour ne pas voir que cette manifestation est une réunion de gays, de lesbiennes et de trans de tous les styles. Tout le monde n’est pas monté sur des platform shoes ou engoncé dans une combinaison SM en cuir. On peut aussi y croiser Monsieur Paulin expert-comptable depuis 36 ans et habillé avec la mode de ses vingt ans, double foyer devant les yeux et distribution capillaire douteuse. Il y a même des hétéros, si, si! En fait, je crois qu’il n’existe aucune autre manifestation publique qui mixe autant les genres, les origines ethniques et les différences sociales. La Gay Pride ouvre les yeux des gens sur les différences – et je ne parle pas de ceux qui défilent mais des badauds sur les côtés, gentil petit couple avec poussette, papy et mamy assis sur un banc à côté de la Grande Geneviève en string et paillettes, jeunes filles en fleur qui se rincent l’oeil devant les éphèbes des chars, etc, etc… Ce n’ai pas la manifestation qui enfile les clichés. Ce sont les grands médias qui traite l’événement comme s’il s’agissait de la Fête des Fous ou tout autre numéro de freak. Quant à la soi-disante obscénité parfois pointée du doigt, j’aurais tendance à penser que le problème ne se situe pas dans quelques jolies paries de fesses ou de seins exposés à l’air frais mais plutôt dans les esprits psycho-rigides de ceux qui se disent choqués (mais qui se rincent l’oeil quand même).

L’aspect communautaire renvoie un impression de secte et de lobby, la Gay Pride n’aide pas à sortir du ghetto. Bon alors sur ce point, j’aimerais bien que quelqu’un m’explique ce qu’est “LA communauté gay” parce que de mon côte je ne vois pas une mais des communautés qui ne se fréquentent pas forcément en dehors de la Gay Pride, qui n’ont pas forcément grand chose à se raconter, qui ne partagent pas les mêmes goûts musicaux. Je veux dire un jour on aura bien un char des homos qui aiment faire du tricot derrière celui des trans qui plantent les choux avec les genoux (pas facile en platform shoes, c’est un vrai sport). Je veux surtout dire par là que, comme beaucoup de gays, je n’ai pas un sentiment d’appartenance à une quelconque communauté. Les homos représentent une population d’une telle complexité humaine, d’une telle diversité qu’on ne peut pas tous les enfermer dans le même cénacle. J’irais jusqu’à dire qu’en mélangeant ainsi les communautés, la Gay Pride fait dans l’anti-communautaire. Nous n’avons pas tous les mêmes intérêts, pas tous les mêmes raisons de défiler, certains viennent pour faire la fête, d’autres pour revendiquer, d’autres par curiosité, d’autres parce que leur connexion internet est tombée en rade et qu’il faisait beau dehors et enfin(surtout?) d’autres(la majorité?) viennent aussi pour se trouver un choupinou ou une choupinette. Il faut être lucide, nous ne sommes pas tous porteurs d’idéaux pour la société française, nous n’avons pas tous de justification politique à notre présence à la Gay Pride. Nous sommes là uniquement parce que nous avons envie d’y être.

Moi j’irai à la la Marche des Fiertés car j’ai dans le sang un je-ne-sais-quoi de Robespierre, je suis un puriste de l’Etat de Droit, un ayatollah de la République qui veut croire quand on lui dit Liberté, Egalité, Fraternité. Or la devise de la France ressemble plus aujourd’hui à une douce utopie qu’on piétine à tout va qu’à un idéal de société à atteindre. Plus que jamais, elle mérite que l’on se batte pour elle et à aucun autre moment de l’année je ne perçois mieux sa possibilité qu’à la Gay Pride où les gays, les lesbiennes et les transexuel(le)s dansent pour être libre de vivre tels qu’ils sont, pour réclamer leur droit à l’égalité devant la loi et montrant dans toutes leur diversité une union face à l’adversité, fiers du chemin accomplis et toujours mus par ce qu’il reste à achever, rappelant la fragilité de ce que d’aucuns considèrent comme des acquis et commémorant la mémoire de ceux qui ont permis que de telles marches se tiennent tous les ans dans le monde entier. J’irai à la Gay Pride car j’y vois quelque chose de plus large que la simple affaire d’une communauté mais bien celle d’une société dont on dit à chacun de ses membres : “Tu peux devenir qui tu es vraiment”. Car il est une chose dont je suis persuadé : ce ne sont pas ceux qui défilent qui sont coulés dans le moule infiniment correct d’une imaginaire majorité morale.

Marilyn is dangerous

colin-marilyn

colin-mailyn-3

colin-mailyn-2

Irai-je voter dimanche?

Très honnêtement, je ne sais pas, je ne sais plus et cela n’est en rien lié au fait que les élections européennes sont particulièrement ennuyeuses. Il est inutile de me sortir le couplet sur l’acte citoyen, je le connais par cœur pour l’avoir beaucoup chanté mais cette fois-ci je ne suis pas sûr d’avoir envie de me déplacer pour glisser ma petite enveloppe dans l’urne. Traditionnellement, j’ai toujours voté pour le Parti Socialiste allant même jusqu’à y adhérer. Je n’ai jamais été militant cependant, cette démarche était purement symbolique et en réaction à tous les UMPistes qui m’exhibaient leurs cartes sous le nez lors des dernières élections présidentielles. Aujourd’hui je ne sais plus quoi penser et le plus grave c’est que je n’ai plus trop envie de me prendre la tête pour vers quel groupe ou parti je dois me tourner. La sphère politique française aussi qu’internationale dessine un monde qui n’est définitivement pas le mien. Nicolas Sarkozy n’était pas mon président à la base et chaque semaine qui a passé depuis son élection a éloigné davantage la politique de mes sujets de préoccupations. Je n’y crois plus et sans être désabusé, je ne place plus aucun espoir dans les gouvernements. Quant aux partis en lice… UMP, moi vivant, je ne voterai jamais pour eux, le PS me fait pitié, j’ai toujours vu Bayrou comme un opportuniste, je ne peux considérer sérieusement l’extrême gauche, malgré les affinités que je nourris envers elle, et l’extrême droite, je n’en parle évidemment même pas. Restent les Verts mais cela serait plutôt un choix par défaut que par conviction. Et puis je n’ai pas envie de voter contre Sarkozy, j’en ai assez de voter contre. Et si cela devait arriver, ce n’est pas contre un parti, contre le gouvernement ou contre le président que je voterai mais contre un système, contre un modèle de société auquel je n’adhère plus du tout. Si les votes blancs avaient un poids quelconque, c’est probablement ça que je mettrais dans l’urne. Mais ce n’est pas le cas et à quatre jours des élections, mon abstention est de plus en plus probable.

Aujourd’hui je ne crois plus qu’aux réveils et à l’émancipation des peuples.

En juin, tout va bien (ou pas)

En ce moment je ne suis guère prolixe en ces lieux, c’est ainsi, ça va, ça vient et c’est la vie ma bonne dame. Je suis surtout en train de développer au maximum mes capacités larvaires en soirée et durant les week-ends, je passe aussi du temps à m’entraîner sur SingStar avec pour objectif de participer à la Nouvelle Star l’an prochain (vu le niveau, je pense avoir de bonnes chances). J’ai aussi pas mal de travail et la préparation des représentations théâtrales d’été va aussi me prendre beaucoup de temps. Aurais-je le temps de venir écrire ici de temps en temps? Y a-t-il une vie après la mort? Chéri et moi trouverons-nous un jour Copernic? Pourquoi m’indentifié-je autant à Dexter? Hum… Nul ne le sait… A chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance… Bon je dis n’importe quoi là! En fait je voulais juste signaler que je suis le mois du juin du calendrier des pédéblogueurs de Finis Africae – ah, Narcisse, quand tu nous tiens!

Le masque

DexterC’est en regardant la série américaine Dexter, que j’ai réalisé l’un des rares plaisirs que je trouve à aller au travail. Il ne s’agit pas des cadavres que j’entrepose dans les sous-sols de l’entreprise mais du masque que je porte en permanence quand je suis au bureau, ce masque dont Dexter ne cesse de parler dans la série, cette distance qu’il met entre lui et les autres, cette voix qui dit à l’intérieur tout ce qu’elle ne dit pas à voix haute. Je me livre très peu auprès de mes collègues, je garde pour moi les vannes odieuses que je leur balance en esprit et, comme Dexter, je m’interroge souvent sur la meilleure manière de réagir quand il leur prend soudain l’envie de me conter des anecdotes personnelles qui ne m’intéressent absolument pas. J’ai parfois tendance à les considérer comme des extra-terrestres débarqués d’une autre galaxie tant nous n’avons rien en commun et tant je ne veux rien partager avec eux. Alors je joue à parler le même langage qu’eux, je jubile à répondre à leurs questions en formulant des réponses à double sens qui satisfassent tout le monde, j’invente au besoin, donne de fausses pistes, réinvente mes joies et mes soucis, tout ça pour le plaisir de mener les gens en bateau. A moins que ce ne soit comme dans le cas de Dexter. Peut-être que je ne fais ça que pour survivre à un environnement qui n’est pas le mien et qu’il vaut mieux rester tapi derrière un masque plutôt que de m’exposer à de possibles dangers. Mais il n’en reste pas moins que cela m’amuse beaucoup quand je vois dans leurs regards que je suis un mystère à leurs yeux. En fait, en y repensant vraiment, j’étais déjà ainsi au collège à jouer le rôle du parfait élève auprès des professeurs sans pour autant être fayot et en étant toujours assis au dernier rang avec les cancres. Un seul prof n’a jamais marché dans mon petit jeu, il nous enseignait l’histoire-géo en terminale et me haïssait. Un peu à la manière du Sergent Doakes vis-à-vis de Dexter. Mais en dehors de ce cas-là, qui fut très formateur, j’ai toujours réussi à jouer ma mascarade avec succès. Et elle m’amuse toujours autant.

Autoportrait Mai 2009

Autoportrait Mai 2009

Compte-Rendu du Week-End Cohésion

Le week-end dernier, toute la troupe de théâtre s’est retrouvée à Clohars-Carnoët dans le Finistère. Ce fut tout simplement mythique et nous devrions vraiment songer à faire ça plus souvent.


Compte Rendu signé Mickaël

J’ai mille ans

J’ai parfois l’impression d’avoir déjà trop vécu. Je ne me fais pourtant pas d’illusions, je sais que je n’ai que 31 ans. Je vois le regard que je pose sur la naïveté des jeunes de vingt ans. Cela me suffit à imaginer celui que mes aînés peuvent me jeter.

Un jour, il y a longtemps, j’assistais à l’une de mes premières “vraies” soirées. J’avais seize ans et je me retrouvais en compagnie de deux amis de lycée dans un squat d’artistes à Paris. Ma mémoire a effacé l’adresse mais je me souviens de la magie de l’endroit, de la décrépitude enivrante du bâtiment. Pour moi qui baignait alors dans la poésie de Rimbaud et dans les Chants de Maldoror, c’était un paradis : enfin je mettais les pieds dans la marge!

Nous étions là pour discuter de notre participation à une petite revue littéraire de cinquième zone. Mes vers intéressaient moins le responsable de ce projet que mes fesses. De fait, il su me flatter et c’est à lui que revint un jour la bonheur de me sauter dépuceler. J’ai gardé de cette expérience une profonde méfiance pour les compliments.

Dans ce décor de Berlin d’après-guerre évoluaient des personnages étranges et fascinants. Nous montions et descendions des escaliers, traversions des salles tantôt vides, tantôt remplies d’objets dont on n’aurait pu dire s’ils sortaient d’une décharge ou s’ils étaient le fruit d’un travail artistique. C’est dans l’une de ces salles qu’une fille m’attrapa le bras. Tatouée, percée de partout et coiffure iroquois, elle me força à m’arrêter et planta son regard dans le mien. Nous avons du rester une bonne minute ainsi, moi pas très à l’aise et elle scrutant mes pupilles. “Je n’ai jamais vu d’âme aussi vieille”, me dit-elle avant de me lâcher le bras et de disparaître. On me dit de ne pas la prendre au sérieux et c’est bien ce que je fis. Et cependant, cette anecdote, ma mémoire-passoire ne l’a jamais effacée.

Pour tout dire elle me revient encore souvent à l’esprit quand je me sens lourd des siècles que mon corps n’a pas traversé. Je ne dis pas que je crois aux réincarnations, aux vies antérieures ou à tout autre forme de métempsycose. Je ne parle ici que de la sensation d’en avoir trop vu, trop entendu, trop vécu. Je me rends compte en discutant avec les gens que j’ai souvent poussé certaines expériences plus loin qu’eux. Je sais aussi que je suis resté bien en deça de ce que certains ont déjà fait ou sont capables de faire. Alors j’oscille. Entre l’impression d’en avoir eu plus que ma dose et celle de n’en avoir pas eu assez.

En ce moment, j’ai mille ans, l’âme et le corps fatigués, “claqué comme une pute” comme dirait Sébastien, moralement s’entend. Plus trop envie de me battre, pas envie de débattre, même plus la force de m’énerver, c’est pour dire…

En y repensant de manière un peu plus prosaïque, je crois que j’ai juste besoin de prendre des vacances…

Avec des si

On aimerait parfois tout changer, redécorer sa vie du sous-sol au plafond, rembobiner le film et reprendre l’histoire un an, deux ans, dix ans plus tôt. On rêve d’une vie au déroulé parfait, sans rature, sans fausses notes, sans le tintamarre atroce des casseroles qui trainent dans nos têtes, on voudrait effacer à la source, dire que ceci n’est jamais arrivé, ne pas repasser par les mêmes erreurs, par les mêmes souffrances, lisser l’existence et la teindre d’harmonie, d’insouciance. Et si ceci, et si cela, et si, et si, et si, notre vie serait aujourd’hui parfaite, conforme à ce qu’ o attendait d’elle, à ce qu’on est, loin des faux semblants, des frustrations, de la médiocrité et des désillusions qui nous remplissent d’acide. << FAST BACKWARD. Et puis on hésite. Si l’on avait fait ceci, on n’aurait jamais rencontré cette personne qui inonde de notre vie de soleil, on ne connaîtrait pas ces amis qui nous rendent plus légers, on en aurait surement croisés d’autres mais, au change, serait-on gagnant à l’arrivée? Le doute arrive. Et si on pouvait vraiment changer cela, sa personnalité, son physique, sa sexualité pour devenir plus conforme, plus séduisant, plus charismatique, il semble évident que l’on deviendrait quelqu’un d’autre, peut-être même quelqu’un que l’on n’apprécierait pas vraiment.

On traine forcément des regrets et des remords, mais ceux-là même participent à la définition de l’être que l’on est aujourd’hui.
On traine forcément des traumas, des souffrances, des choses que l’on aimerait n’avoir jamais vécues ni ressenties. Mais c’est ce qui nous donne notre épaisseur d’âme.

Si bien qu’à se rejouer le film de sa vie, on en vient à penser qu’il n’y a rien à changer car il n’y a pas d’autre chemin que celui emprunté. C’est le seul qui conduise véritablement à ce que l’on est aujourd’hui. Certes il faut parfois du courage pour assumer ce que l’on devient avec le temps, il faut une bonne dose de lucidité pour ne pas s’enfermer dans les illusions et le mensonge, mais on se rend compte qu’avec des si on ne peut pas refaire sa vie. Car elle n’est peut-être pas si mal que ça, avec toutes ses imperfections.

Représentations de printemps














Deuil

Deuil, nm – Maladie psychologique chronique qui se déclare suite à la perte d’un être cher.

Sidération consécutive au choc causé par le décès d’un proche. Paralysie de la pensée. Insensiblité. Léthargie. Perte des repères temporels. Impression d’irréalité. Profonde envie de dormir pour sortir enfin du cauchemar. Réveils douloureux.

Être en deuil, expression – Souffrir de la maladie de deuil.

Impossibilité d’intégrer la réalité du décès. Abstraction. Le malade se saisit de son téléphone et cherche à joindre la défunte. Aucune réponse. Elle a du partir faire des courses. Au quinzième appel, toujours aucune réponse. Ce n’est pas normal. Difficultés à trouver le sommeil.

Face à l’évidence, le malade se met à pleurer sans raison directe apparente, parfois à des moments totalement inopportuns. Sentiment d’extrême solitude. Ne trouve de réconfort en rien ni en personne. Déni. Accepter la mort de l’autre, c’est accepter de mourir soi-même un jour. Plutôt se suicider que d’admettre cette absurdité. Dépression.

Impossible quête de sens. Le malade accuse tout le monde, y compris lui-même, d’être coupable du décès. Recherche de causes extra-médicales. Grande colère renforcée par un fort sentiment d’impuissance. Frustration de ne pas être Dieu. Crise mystique. Tente vainement d’établir une communication avec la morte. Echec cuisant. Amplification de la colère qui s’auto-alimente. Le malade est en colère d’être en colère. A conscience que tout cela n’est pas très rationnel et s’énerve encore plus. Se demande comment tout le monde peut se lever le matin et vivre comme si la mort n’était pas au bout du chemin. Se proclame voyant aux royaumes des aveugles. Envie de tuer quiconque n’ouvrirait pas les yeux. S’énerve à nouveau quand il prend conscience du ridicule qu’il y a à se prendre pour un messie quand on s’adresse à un troupeau de bovins. Natation dans le grand bassin des contradictions.

Faire son deuil, Expression – Accepter la maladie et reconnaître que l’on en guérira jamais.

Tentative de reprise d’une vie en apparence normale. Réflexe de survie. Pour ne pas finir en hôpital psychiatrique, le malade réintègre une existence conforme, politiquement correcte et camoufle sa misanthropie derrière un masque de sympathie. Les gens autour de lui sont contents de voir qu’il va mieux. Les gens autour de lui oublient et commettent parfois dans les conversations des impairs qui ravivent la souffrance du malade. Celui-ci, soucieux de ne pas avoir l’air à l’ouest à nouveau, se tait et fixe le mur en attendant que l’on change de sujet de discussion. Cache aux malhabiles son profond mépris pour ces absences de tact. Se venge en pensant qu’ils tomberont eux aussi malades un jour. Il est des impairs que les gens endeuillés ne font pas, même quand ils ne connaissent pas la personne à laquelle ils s’adressent.

Endeuillé(e), adjectif – désigne une personne malade de deuil.

Effets secondaires. Sclérosions des pouvoirs empathiques du malade. A envie de rire quand untel déprime de ne pas avoir réussi un concours d’entrée en école de commerce. Trouve presque tout dérisoire. Réserve sa compassion aux seuls cas qui, à ses yeux, le méritent vraiment. A de plus en plus envie de n’en faire qu’à sa tête et tant pis pour les conséquences. Sentiment que rien ne pourra lui faire aussi mal que la disparition de la défunte. Satisfaction d’avoir reçu sa dose de souffrance nécessaire. Développement d’un humour particulièrement noir. Tolérance accrue sinon totale. La vie est un tel bourbier que définitivement chacun peut faire ce qu’il veut pour en alléger le poids. Plus rien n’effraie véritablement le malade qui a opté pour l’option “création” pour son cursus de résilience. Se fout totalement d’être compris ou soutenu dans ce qu’il a décidé d’entreprendre. Grande confiance en soi. Profond détachement matériel. A décidé récemment de tout faire pour se séparer de son corps.

Autoportrait Avril 2009

Autoportrait Avril 2009