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La vie c… une boîte de chocolat.

Inévitablement et comme beaucoup, c’est ainsi que je complète le titre de ce billet, la faute à un crétin qui ne sait faire que courir. Parce que moi, Forrest Gump mis à part, la vie je la verrai plutôt comme un formidable champ de mines où il serait quasiment impossible d’éviter de poser le pied sur un détonateur. A chaque explosion, on perd un bout de soi, on sacrifie au champ de bataille une part d’innocence, de rêve, de désir, d’optimisme, d’espoir. On perd aussi parfois l’envie de continuer même si pour ma part, la seule chose qui survit et grandit à chaque détonation, c’est ma volonté d’avancer. A chaque coup reçu, à chaque genou posé à terre, quand le désespoir a fini sa visite, je me remets debout et je marche. Avec le temps mon cerveau s’équiperait même d’un détecteur de métaux qui se perfectionnerait de lui même à chaque nouveau saut dans les flammes. D’incendies en déflagrations, je trace mon chemin, animé par une farouche envie d’en débattre avec le hasard et quelque part aussi par l’idée saugrenue voire puéril que je défie les dieux.

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Posted under: Life, Oh Life!

Logo France Télévisions

Le débat qui agite actuellement les rangs de France Télévisions concernant la suppression de la publicité sur les chaînes du groupe me laisse coi. Surtout quand je regarde les mesures préconisées par notre cher et tendre président Nicolas Sarkozy: taxation sur la téléphonie et sur l’internet, indexation de la redevance sur l’inflation… ou comment créer quasiment un nouvel impôt sur les moyens de communication sans le dire vraiment. Car nécessairement tout cela aura un impact sur ce que l’on débourse pour se connecter au monde. Et pour quoi? Pour financer France Télévisions et ses 5 chaînes… Moi je peux vous dire que ça me fait une belle jambe car la télévision je ne la regarde jamais et quand je dis jamais c’est jamais de chez jamais. Ce bel outil d’abrutissement, vorace aspirateur de temps de cerveau disponible, ne me sert qu’à regarder des films téléchargés ou en DVD. Jamais je ne fais de zapping, je ne sais rien des programmes diffusés à l’heure actuel sur l’ensemble des chaînes et encore moins sur France Télévisions (bon, je suppute qu’Envoyé Spécial existe toujours mais voilà). Alors déjà que je paie ma redevance non pas par probité mais pour ne pas me faire emmerder par les impôts, savoir que son montant va augmenter pour quelque chose qui ne me concerne pas du tout et qui a priori ne servira pas à financer des mesures sociales ou “utiles” à la société. Et ne venez pas me dire que cela permettre d’améliorer la qualité des programmes de France Télévisions, je n’aurais pas l’hypocrisie d’y croire. Vous allez voir qu’un de ces jours, ça nous coûtera si cher cette histoire qu’on sera obligé de regarder la télévision histoire d’amortir un minimum l’investissement. Quelle blague!

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Posted under: Polie Tique

Je vis souvent avec cette impression que tout est écrit d’avance, que rien n’arrive par hasard et que l’existence se déroule avec la certitude mathématique d’un mètre-ruban dont on se demande à quel moment il va s’arrêter. Je dis cela car je ne suis jamais vraiment surpris de tout ce qui peut m’arriver. Je peux m’indigner contre tel ou tel désagrément qui surgit inopportunément comme un monstre hors du placard, ceci peut me mettre en état de choc, cela peut me faire crier sur tous les toits que cette chienne de vie est vraiment trop injuste, je peux m’étonner avec ravissement d’un bonheur qui viendrait ensoleiller ma vie, sauter de joie à l’annonce inattendue d’une bonne nouvelle mais dès que le vent émotionnel est retombé, tout me parait un non-événement.

Pire, j’ai parfois l’impression de provoquer à demi-inconsciemment ce qui m’arrive, en mal comme en bien. Je sais mon esprit suffisamment retors pour échafauder - parfois à mes propres dépens, des stratégies complexes et souterraines qui jailliront d’un coup de sous la terre, une fois la dernière pièce du puzzle assemblée. Je suis - et ça aussi c’est une certitude - mon meilleur ennemi. C’est quelque chose de froid, tapi à l’intérieur de moi, une créature dépourvue de sentiments, une machine qui analyse, traite et décide de l’option à prendre sans nécessairement en informer ma conscience et surtout sans s’intéresser à mon affect qui doit gérer comme il peut les conséquences.

Je passe mon temps à recommencer, à remettre les pendules à zéro, à comprendre et digérer les erreurs que je commets tout en conservant cet étrange impression que je m’embarque parfois dans des voies sans issue en sachant pertinemment qu’elles ne me mèneront nulle part mais que j’emprunte quand même car il faut en passer par là, il faut aller au front, c’est écrit dans le cahier des charges de mon existence, sous-tendu par l’idée saugrenue que j’ai besoin pour mon avenir d’une dose minimale de souffrance à ingurgiter. Si pour cela, il faut provoquer une catastrophe, je sais que je le ferai. C’est une sensation très proche de la tentation du vide, un appel auquel il est dur de résister et la tête penche, penche, penche…

Certains disent que l’existence mérite d’être vécue. Je ne sais pas s’ils ont tort ou raison. Ce que je sais, c’est qu’une fois qu’on est là, les deux pieds bien scotchés sur l’asphalte, on n’a plus vraiment le choix et il faut bien faire avec et “bien faire avec” ça signifie comprendre ou tout du moins chercher sans relâche à comprendre cet étrange colocataire de mon enveloppe corporelle et qui semble bien mieux que moi savoir où il va, comprendre pourquoi dans certaines situations il m’est déjà arrivé de ne plus me reconnaître, comprendre enfin pourquoi je vis avec une perpétuelle impression de vivre des choses déjà vues car préalablement prévues, impression tenace que le présent n’est que la réalisation d’un plan déjà tracé à l’intérieur.

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Posted under: Remue-Méninges


2nd Law - Tom McRae

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Fais pas la têteAu sein de la World Company, on s’amuse, on s’éclate, on se fend la poire dans les couloirs au moins autant qu’un jour de sinistrose pandémique. Il y a peu j’écrivais que je m’ennuie profondément au boulot. Ce n’est pas tout à fait exact, il y a une chose qui m’amuse profondément au bureau: faire la gueule. En effet, si je suis connu dans la World Company pour posséder un caractère égal avec lequel il est facile de composer, celui-ci n’est absolument pas synonyme de jovialité. Sur mon visage on aurait plutôt tendance à lire “je fais chier personne alors vient pas me casser les noix”. Je ne travaille pas pour me lier d’amitié avec mes collègues, des amis j’en ai déjà. J’ai aussi une vie sociale alors inutile de me proposer d’aller prendre l’apéro ou dîner en soirée, j’ai vu leurs têtes toute la journée, ça me suffit amplement et au-delà même.

Je fais la gueule donc, je ne souris jamais et quand ça m’arrive, c’est d’un sourire mauvais que se fend mon visage (genre je vais balancer une crasse). C’est un peu un rôle de composition construit au fil des années et paradoxalement, je conserve une interface utilisateur facilement appréhendable - si mon interlocuteur est clair, intelligible, constructif et franc. En revanche, si on me sort du charabia-bullshiet - chose couramment admise curieusement, je fais clairement comprendre que je n’ai pas de temps à perdre. Comprenez je fais la gueule mais je reste poli tout en disant les choses comme elles sont - et dans la World Company, la vérité fait parfois (toujours) très mal à entendre. En bref je tire la tronche mais je ne m’énerve jamais. C’est un masque très utile pour ne pas se faire importuner pour rien et qui permet d’avoir l’air très absorbé lorsque, par exemple, on est en train de rédiger un billet pour son blog adoré.

Je ne suis pas le seul à avoir une tête de chien méchant. Sauf que moi je ne mords jamais (enfin si parfois mais il faut m’avoir mordu avant, je n’attaque jamais). Je peux rendre mal à l’aise, culpabiliser voire doucement mépriser mais jamais je ne crie sur quelqu’un. Ce qui n’est pas le cas des autres tire-la-tronche. Et là j’ai à l’esprit une collaboratrice en particuliers. A la voir, toute menue, toute apprêtée façon chez Colette, on ne peut se douter de rien. On peut juste constater qu’elle n’a pas l’air très heureuse dans l’existence. Mais l’habit ne fait pas la midinette. En réunion elle se transforme en une espèce de roquet hystérique assez effrayant genre petit chien de film de d’horreur. La première fois que j’ai assisté à une de ces séances de remplissage d’excel, alors que je n’avais rien dit, rien fait, elle s’était mise à m’aboyer dessus.

Bon là je dois faire une autre pause pour vous expliquer une autre facette de ma tendre et douce personnalité : je ne supporte pas qu’on me crie dessus. Pas au sens où ça me rend mal, où je ne sais plus où me mettre, où, même sans être fautif, je me sens coupable, non. En fait quand on me crie dessus, ça fait sauter un fusible dans ma tête, celui de l’audition. Je n’entends plus rien. C’est systématique et si j’essaie de comprendre ce qu’on m’hurle à la face, ça me donne d’effroyables migraines, je ne le fais donc jamais. Je pars toujours du principe que c’est celui qui crie qui a un problème, pas moi. Je veux dire que quand on en vient à ne plus pouvoir s’exprimer autrement qu’en gueulant, sans poser les problèmes calmement et lucidement sur la table, c’est un peu difficile d’avoir une bonne discussion claire, intelligible et franche.

Donc le roquet que je voyais pour la première fois m’aboyait dessus, probablement contaminé par la rage depuis fort longtemps. Mécaniquement le fusible de mes oreilles sauta. Dans des moments comme ça, j’opte alors pour deux attitudes très différentes. Si l’aboyeur est identifié comme un être possiblement nuisible à mon train-train, je me mets à sourire. D’un vrai sourire benêt qui me donne un air totalement stupide. Dans ce cas, ou la personne en face finit par m’ignorer en me jetant des regards attérés, ou bien elle finit par se calmer et on peut se mettre à discuter clairement, intelligiblement et franchement. L’autre option que je prends, lorsque j’ai affaire à des pairs ou à des gens qui ne peuvent rien contre moi, c’est de quitter la salle en disant qu’on reparlera quand tout le monde sera calmé. Grand Duchesse style. Parce qu’au boulot, moi, je suis pas un rigolo!

Qu’on se le dise…

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Posted under: Life, Oh Life!

Juin 2008

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Posted under: Clic-clac Kodak!

En 1998, je quittais la maison familial pour aller faire mes études à Brest. Je ne devais plus jamais y revenir. A l’été 2000, mes parents déménageaient de l’appartement du Pecq pour aller habiter à Saint-Germain-en-Laye où je n’étais plus que de passage. Au moment de mon départ, je ne réalisais pas vraiment ce qui était en train de se jouer à l’intérieur de moi. C’était l’époque du grand chambardement, je ne restais pas deux ans au même endroit, passant pas mal de temps à l’étranger.

Puis ce fut le retour en région parisienne, l’occasion d’occuper un appartement à moi rien qu’à moi et où j’habite depuis près de six ans maintenant. Mais si l’on peut dire que, dans les faits, j’ai finalement posé mes valises dans ce deux-pièces du sud-est de Paris, je n’ai toujours pas fini de les trimballer dans ma tête. Six ans! On peut dire que le temps passe vite mais quand même, au bout de tout ce temps, je devrais me sentir comme à la maison… Ce n’est pas le cas et si j’ai écrit un jour que je n’avais plus vraiment de famille, voici dix ans que je n’ai pas de “chez moi”. Dans mon appartement, je n’ai jamais été que de passage, comme dans celui de Saint-Germain-en-Laye. Et si mon corps l’occupe, mon esprit lui ne s’y est jamais fait et même, mon incapacité maladive à rester seul a fait de cet endroit un lieu synonyme d’ennui mortel aux murs incrustés de mauvais souvenirs.

Je possède bien un refuge, là-bas, en Bretagne, la maison de Jo au cœur du Paradis où je ne crains jamais d’être seul car entouré de fantômes bienveillants, une bâtisse de mon âge si intrinsèquement liée à ma personne qu’elle fait partie de moi. Mais ce n’est pas “chez moi”. C’est, comme je l’ai écrit, un refuge, l’endroit du derniers recours où mon âme s’est installée mais où mon corps n’est que très rarement.

Alors “chez moi”, ça n’existe plus depuis 1998. Il n’y a pas à revenir en arrière, il fallait bien que je parte, il ne pouvait pas en être autrement, à mon tour de voler de mes propres ailes et d’aller faire mon nid ailleurs. En fait si j’y réfléchis bien, “chez moi”, ça n’a jamais existé. “Chez nous” avait un sens, pas “chez moi” et c’est probablement là le nœud du problème. Chez moi, c’est forcément chez nous, là où quelqu’un est là à m’attendre, là où je peux attendre quelqu’un, où je sais que tôt ou tard la porte s’ouvrira sur toi. A la vérité, je suis exténué de porter ces valises dans ma tête, je ne sais pas quand je les poserai, je ne sais même pas si je pourrai les poser un jour, je ne connais pas les conditions à réunir pour enfin les déballer et si cela doit arriver, j’espère conserver suffisamment de forces pour ne pas les lâcher d’ici là.

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Posted under: Life, Oh Life!

TADAAAMM TADA-POUM! Bon j’ai beaucoup souffert mais voici ma contribution aux Matriochkas - à replacer dans son contexte, évidemment.
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CHAPITRE 8

Combien de temps s’était-il écoulé depuis qu’elle avait abandonné Domi et Stéphane dans ce bar bondé de la rue Vieille du Temple ? Combien de temps depuis les appels insistants, ceux qu’elle n’avait pas entendus, ceux qu’elle avait laissés volontairement passer alors que le monde autour d’elle dansait et riait ? Combien d’alcool ingurgité entre la première sonnerie et ce moment fatal où, dépourvue de volonté, elle était sortie dans la rue pour décrocher ? Combien de minutes était-elle restée, l’air totalement hébétée sur le trottoir, la voix infernale qui susurrait l’enfer à son oreille ?

Marie perdait le fil de la chronologie. Le grand type qui l’avait appelé Talie c’était avant ou après qu’elle ait dit au revoir à ses amis ? Avant ou après d’avoir donné ses clefs à Stéphane qui n’avait plus de métro pour rentrer dans sa banlieue ? Avant ou après le téléphone ? Et ensuite, combien de bars avait-elle pénétrés, combien de verres avait-elle avalés dans l’espoir d’oublier, combien de kilomètres de bitume ses jambes avaient-elles déroulés sous elle dans la nuit chaude et murmurante de la ville? Combien, combien, combien…

Marie, les yeux au ciel, titubait, rimmel étalé sur les joues, adressant des prières inaudibles aux étoiles. Tout autour se jouait la danse des réverbères, les immeubles penchaient comme prêts à s’écrouler sur elle, le monde éclatait dans un kaléidoscope d’ombres et de lumières et les mots qui résonnaient dans son crâne à le faire exploser ! Tu étais la meilleure Talie… Les mots-couteaux plantés dans son cœur à elle et pour de vrai cette fois… Les mots-poison distillé dans les méandres de son cerveau. Ma pauvre Marie, tu es si stupide parfois… Les mots-balles de ping-pong qui rebondissaient à ses temps douloureuses, échos infinis de son humiliation. Marie s’arrêta net et se mit à hurler dans la rue :

« ASSEZ ! ASSEZ ! ASSEZ !»

Et le silence se fit total. Au bout de la rue un couple élégant dansait un tango, la femme avait une taille fine et parfaite, s’enroulait et se déroulait dans les bras de l’homme qui, à chaque passage, l’embrassait dans le cou. Ma pauvre Marie, tu es si stupide parfois… Serge et Sofia. Tellement faits l’un pour l’autre, tellement pareils. Elle avait une sorte d’attirance morbide pour les couteaux truqués… Ils dansaient dans la rue sous les yeux de Marie. Un couple impeccable vraiment, au sourire éclatant et qui faisaient saigner les pavés sous leurs pas de danse. D’un coup, Marie sentit la nausée la prendre à la gorge. Agrippée à un lampadaire de travers, elle ne put rien retenir et ce qu’elle vomit ce soir-là ne contenait pas que de l’alcool.

Haletante elle releva la tête. Serge et Sofia avaient disparu, la vision s’était envolée mais c’était toujours là, dans son estomac, une boule qui tournait, qui gonflait, qui demandait à sortir, qui la brûlait de l’intérieur. Mue par une nouvelle force intérieure, la vue encore voilée des vapeurs de l’alcool, elle se remit à avancer de façon hasardeuse, mais déterminée et encouragée par les cris vengeurs des étoiles.

Quai de l’Horloge, elle cassa son talon, manqua de s’écrouler par terre mais parvint à se maintenir debout. Et elle continua à avancer dans son rêve, indifférente à ses chaussures qu’elle avait abandonnées, la tête lourde, infiniment lourde mais le regard fixe, le regard obstiné, elle se rendait directement là où tout s’était déroulé. Sur les lieux du crime comme on dit et cette pensée la fit partir dans un fou rire incontrôlable.

Elle avait tout passé sans encombre, les deux digicodes, l’interphone qu’elle avait martelé de coups de poing, pleurant de rage devant cet obstacle auquel elle n’avait pas pensé et auquel, à sa plus grande surprise, une voix pâteuse répondit : « C’est à cette heure-là que tu rentres ? ».

Dans l’ascenseur, le miroir présenta à Marie le reflet d’une inconnue décoiffée, au maquillage de cauchemar et les pieds noircis, une Talie totalement décatie, aux yeux fous et au sourire mauvais.

La dernière fois qu’elle avait franchi cette porte, elle avait laissé Serge baignant dans son sang et elle s’était sentie libre, incroyablement libre. Cela n’avait pas duré très longtemps. Elle se mit à tambouriner violemment sur la porte encore et encore jusqu’à ce que quelqu’un, derrière, réagisse.

« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? »

Une voix de femme, tremblante de peur. Marie eut envie de rire. Pas très téméraire, le beau Serge, il préfère envoyer sa nouvelle proie au front.

« Laissez-moi entrer ! Je veux entrer !, cria-t-elle, laissez-moi parler avec ce fils de pute !
- Je vous préviens je vais appeler la police !
- Qui vous êtes d’abord ? Je veux pas vous parler à vous ! Pourquoi il vient pas me parler ? Hein ? Il a peur que je lui arrache la langue ? »

Silence.

« Madame, vous feriez bien de partir, j’ai appelé la police, ils sont en chemin !
- C’est ça, qu’ils viennent ! Je leur montrerai quel connard il est ! Serge ! Serge ! SERGE !
- Ecoutez, je ne sais pas de quoi vous parlez. Il n’y a personne d’autre ici. Je vis SEULE.
- Mensonge ! Mensonge ! »

Marie se mit à frapper de plus belle sur la porte jusqu’à ce que l’énergie la quitte. Elle tomba au sol, hoquetant des « s’il vous plaît » arrosés de larmes, grattant à la porte de désespoir. Et la nuit l’enveloppa.

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En espérant ne pas avoir fait trop de bêtises :-) Et bonne chance à Franck!!!!

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Posted under: Les Ecrits Durs


A Chaque Fois - Barbara

Parler d’amour sans mièvrerie, sans roudoudouter mielleusement autour du parfum des roses est chose assez ardue et il est tout autant difficile d’en parler avec distance et lucidité sans tomber dans un discours autopsique et froid, dans l’analyse rationnelle d’une relation qui ne l’est pas car bâtie avant tout sur les émotions et l’alchimie que suscitent l’union de deux êtres. Il arrive d’ailleurs à beaucoup de tomber dans le piège du cynisme; ils parlent de leur histoire comme d’une anecdote, la banalise ou minimise la place qu’elle peut occuper dans leurs existences. Par une sorte de réflexe d’auto-défense, “pour ne pas souffrir”, certains ne s’y impliquent qu’à moitié, la condamnant, quand elle devient trop engageante, trop réelle, à l’échec.

J’arrive à un stade de ma vie où je ne suis plus vraiment vierge de quoi que ce soit en matière de relation amoureuse. J’ai déjà eu des relations “longues” dont une de plus de quatre ans qui s’est finie par un fiasco total et que ma mémoire sélective tend à effacer totalement de ma mémoire. Aujourd’hui je suis avec Chéri et je vis ma troisième histoire sérieuse. Déjà, de dire celà, de l’écrire de façon si plate et si sérieuse, je ne suis pas très à l’aise. On le sait, on nous le répète, on en fait des articles dans les magazines de société et l’expérience vient nous le confirmer douloureusement : l’amour ça dure un temps, ça s’étiole et puis ça finit. Un jour on se réveille à côté d’un corps étranger, on ne reconnaît plus l’autre, on ne comprend plus ce qui nous relie à l’autre. Ou vice-versa. Fini le temps des roudoudous, calinous et des je t’aime à en mourir. On se retrouve alors à nouveau sur le marché des célibataires où c’est la foire d’empoigne. On se traîne seul jusqu’à la prochaine rencontre exceptionnelle qui changera notre vie du tout au tout - et c’est comme dans la chanson de Barbara. A force, ne finirait-on presque par s’habituer à ces éternels recommencements? Ne deviendrions-nous pas blasés?

On dit : l’amour à la vie à la mort c’est fini, l’amour ce n’est plus pour toujours, c’est pour aujourd’hui et demain on verra. Demain on recommencera, quoiqu’il arrive on recommencera et toujours on y mettra autant de coeur et d’ardeur jusqu’à ce qu’à nouveau la flamme s’éteigne jusqu’au jour où plus rien ne fera plus vaciller celle qui brûle à l’intérieur de soi.

J’ai écrit : avec Chéri, je vis ma troisième relation sérieuse. Je dis cela à mon corps défendant, je dis cela parce que c’est la réalité, parce que c’est la vérité mais la formulation m’horripile au plus haut point. Comme de me dire qu’un jour ça finira, comme d’évoquer la possibilité d’une fin, comme de me dire que cette histoire en est une parmi d’autres que je vivrai ou que j’ai vécues. J’ai écrit : avec Chéri, je vis ma troisième relation sérieuse. Je ne l’ai pas dit, je ne le dirais jamais, je l’ai écrit et c’est très différent. Je ne pourrais jamais me résoudre à dire que toi et moi, Chéri, ça peut se terminer (attention pente mielleuse, Colin redresse le volant!) car je ne le pense pas, car je ne peux ni ne veux y croire et que le simple fait d’envisager une telle éventualité parerait presque cet idée d’un voile de réalité cynique qui bannirait à lui seul toute possibilité de futur. Je veux bien être conscient qu’un jour peut-être nous romprons, je n’ai pas pour habitude de mettre des œillères mais de le dire, de l’évoquer et quelque part de rendre ça possible par sa simple évocation, je ne peux pas.

Je suis un enfant du futur. Je n’ai pas de passé - par là entendez que je n’en garde que très peu de traces et de souvenirs, j’échappe au poids du présent par l’imaginaire et toujours je me projette dans l’avenir. C’est une clef que peu connaissent de ma personnalité car je garde mes “prédictions” pour moi et c’est une constance. Obstruez cet horizon par la sombre possibilité d’une rupture et je ferai marche arrière. Et si dans tous les autres domaines de ma vie, lucide et déterminé, je mène ma barque, en amour j’ai besoin de savoir que ça ne finira jamais, j’ai besoin de regarder l’avenir à deux et que celui-ci soit sans limite aucune. C’est ce ciel dégagé qui me permet d’aller pour le meilleur et pour le pire, main dans la main avec Chéri et qui fait de notre relation, non pas la troisième de ma vie, mais LA relation de ma vie et de lui, l’homme de ma vie. Sans “jusqu’à la prochaine fois”.

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Pyramide de Maslow

Je ne suis pas ambitieux, pas envie mais alors pas envie du tout de “faire carrière” comme on dit, de m’enorgueillir d’avoir des “responsabilités” au bureau, ni même d’avoir la reconnaissance de mes pairs. Quand on est ingénieur bac + 5 et que l’on travaille pour la World Company, ne pas viser le poste de son supérieur, ce n’est pas forcément naturel mais je m’en accommode fort bien. Je sais même particulièrement bien me défendre contre les dents longues qu’on entend grincer sur le parquet du couloir, les affamés de sang que la crise cardiaque menace passé quarante ans, les lancés à l’assaut du sommet de la pyramide de Maslow qui me regardent de travers quand je dis que j’ai rarement entendu plus grosse connerie que ce “travailler plus pour gagner plus” dont on nous a tant bassiné les oreilles.

Je gagne confortablement ma vie (dire le contraire serait d’une profonde indécence) dans un travail qui m’ennuie profondément car je maîtrise mes sujets de A à Z. “Bouge!”, me dit-on, “Va voir ailleurs! Un peu de changement te feras du bien! Et tu seras mieux payé!” OK pour le changement, ça c’est bien, c’est distrayant, ça brise la monotonie, je le concède volontiers. Mais ça dure combien de temps la douce euphorie du changement? Combien de temps avant d’être envahi par une vague de stress parce que l’on est en période d’essai, combien de temps avant de se rendre compte que comme partout, il y a des cons, des robots, des sans-vie, des reproducteurs de schémas sociaux complètement stockholmisés, pris en otage par un système qu’ils valident eux-mêmes, combien de temps avant la lassitude, avant l’ennui majuscule à nouveau? Et moi de me dire qu’ailleurs c’est tôt ou tard pareil qu’ici- et donc c’est pire. Payé plus cher pour me faire chier plus fort. (Parenthèse: l’ennui n’est pas forcément relatif à l’absence ou la monotonie du travail à accomplir, c’est un très fort ressenti intérieur, un ennui très rimbaldien qui ronge de l’intérieur et crée dans le coeur des galeries de vide aux relents dépressifs). Et là les bons donneurs de conseils avisés te regardent en penchant la tête sur le côté, l’air un petit peu navré que tu ne veuilles décidément rien faire de ta vie et que t’as vraiment rien compris mon gars.

Je ne rêve pas d’un pavillon peuplé de mioches criards, de chiens, de chats, d’un monospace dans le garage ou d’un écran plasma dernier cri et inutile de me regarder comme ça quand je dis ça, c’est peut-être ton idéal à toi mais moi je t’assure que c’est pas mon trip. Début de conversation avorté avec un collègue qui lui aussi s’est mis à hausser les épaules, l’air de dire “tu y viendras”. Celui-là en était à l’étage 4 de la pyramide, très proche du but, il a divorcé un an après notre échange de sourds et a redégringolé à l’étage 2, j’étais triste pour lui car je l’aimais bien, j’ai bien failli lui dire que c’était prévisible lorsque l’on passe trois semaines par mois en déplacement mais je ne voulais pas l’enfoncer davantage. Je n’ai pas de rêve décrit dans un catalogue lapeyre, castorama ou darty, aucune jouissance à posséder quoi que ce soit, aucune envie de reproduire ce qui se fait à côté. Je ne juge personne et n’écoute aucun des jugements que l’on pourrait faire sur moi.

J’avance à ma manière, bien plus à l’intérieur qu’à coup de signes extérieures de réussite - quelle qu’elle soit. Je sais ce qui est bon pour moi, inutile de venir me le dire et désolé si ça ne cadre pas toujours, si je gâche ma vie à vos yeux, si je n’exploite pas les talents que l’on m’attribue, si je ne marche pas sur la trace des pères. Je veux bien redescendre au tout premier étage, cela m’importe totalement car avant tout, ce que je désire, c’est sortir de la pyramide - quel qu’en soit le prix.

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Posted under: Life, Oh Life!