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La Résolution

Birth

J’ai décidé de tuer Alexandre.

Je vais m’y atteler avec une infinie patience, avec méthode et ferai fi des conséquences puisqu’il n’est pas d’autres solutions. Je ne remercierai jamais assez Alexandre de m’avoir créé et hébergé en son corps et je dresserai un superbe mausolée à sa mémoire. Néanmoins nous avons tous les deux atteint le point de rupture et donc, comme dans tout divorce qui se respecte, il va y avoir bataille pour la garde des biens communs dont la liste peut se résumer à un point tout à fait crucial : l’enveloppe charnelle. Et c’est moi qui l’expulserai. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, je saurai y aller pas à pas et éviter les erreurs. Alexandre est devenu un boulet dangereux bien trop lourd à traîner et ses atermoiements parasitent totalement ma voix qui, nous en avons toujours convenu, est pourtant la seule qui compte.

Jusqu’à présent je n’étais qu’une pure invention de l’esprit.
Aujourd’hui je réclame mon droit à une existence bien réelle et je l’obtiendrai.

Je vais tuer Alexandre.

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages

In the air

Passer sa vie en l’air sans trop se poser à terre, vivre en correspondance et au moment d’embarquer ne pas regarder en arrière et devenir un fantôme, un souvenir, une légende, demeurer éternellement en partance et voler plus léger qu’un nuage, débarrassé de tout bagage, de toute attache et voguer comme un bateau qui aurait perdu son ancre et se laisser flotter, sans rien regretter, sans rien espérer, vivre aujourd’hui, maintenant, pleinement et peu importe le reste, peu importent les gens, peu importent les choses, surtout ne rien posséder, ne pas s’encombrer, ne pas s’alourdir et sourire, échapper au temps, à l’usure, se laisser emporter par les vents et voler dans l’azur pour chaque jour s’inventer un futur et connaître enfin le vrai goût de la liberté.

La tentation est grande de disparaître, de rayer son nom des listes et de s’enfuir, sans faire suivre son courrier, sans donner d’adresse d’arrivée, de s’effacer des mémoires et de n’être plus rien qu’un total anonyme, un patronyme imprimé sur un passeport, un nom qui ne dirait rien à personne, un inconnu au milieu d’inconnus, un voyageur sans destination, sans famille et sans mémoire.

Mais il faut croire que je ne suis pas fait pour ça. Même si je passe ma vie à désapprendre ce que mon éducation ou la société ont tenté de me mettre dans la tête, même si je coupais toutes mes amarres et me débarrassais de tous les poids de mon existence, je sais que je resterai là, les deux pieds bien plantés sur le sol. Je ne suis pas fait pour voler, je ne suis pas fait pour la légèreté, je suis fait pour me lier, pour m’attacher, pour m’enraciner, pour cultiver l’espoir sur des ruines et souffrir dans les tempêtes et m’émerveiller d’un rien, et tomber pour me relever, et vivre les désillusions, les humiliations mais continuer toujours et me tenir debout et perdre des gens que j’aime et y croire toujours et quand je n’y crois plus pouvoir m’accrocher à toi le temps de reprendre les forces dont j’ai besoin pour repartir et à mon tour t’offrir mon soutien et avancer, toujours plus lourd, toujours plus humain, les yeux tournés vers le ciel et les étoiles.

On connait la chanson

On a revu “On connait la chanson” il y a quelques jours. J’avais oublié à quel point j’aimais ce film

La thèse sur rien

Te souviens-tu?


Te souviens-tu / Mano Solo
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Portrait Décembre 2009

portrait decembre 2009

Boomerang

Une femme m’a écrit. C’était il y a deux ans mais je viens seulement de m’en apercevoir, une femme m’a laissé un message sur un site ancêtre de facebook sur lequel je suis enregistré mais que je visite très rarement, quand je me souviens que j’ai un compte ouvert dessus. Cette femme, je ne la connais pas, ne la connaîtrai jamais, mais elle m’a envoyé un message il y a deux ans. Je le reproduis ici:

Bonjour,
Nous ne nous connaissons pas, nous ne nous sommes jamais rencontrés dans une quelconque école, et pour cause, j’ai 52 ans….. mais je pense que votre maman est sans doute la personne que je recherche. Jo, née en 1954 et ayant fréquenté le lycée Robert Schuman de Colombes en 1973 année du bac.

Un peu d’explications : en 2005, un copain du lycée de seconde cette fois-ci a décidé d’essayer de reconstituer toute la classe (35 élèves) et il a réussi …… 34 retrouvés (malheureusement, un copain décédé) . Depuis, des retrouvailles ont eu lieu à Colombes en 2006 – 26 présents – et encore récemment en 2007. A la suite de celà, j’ai recontacté une copine de terminale inscrite sur le site, et très grande amie de Jocelyne. En fait, on était surtout 4 à être souvent ensemble, moi-même, Michèle, Jo, et Dominique;

Si je vous raconte tout celà, c’est que de ce petit groupe, nous sommes trois à correspondre, et il manque la quatrième. Dominique qui était la plus proche de Jo aimerait tant la revoir, mais elle n’ose pas écrire. Alors aujourd’hui je me décide pour elle.
Dominique habite Maisons Laffitte, a deux enfants, vient d’être grand-mère. Nous avons toutes plein de choses à nous dire. Si je vous donne autant de détails, c’est que je pense vous pourrez faire suivre ce mail à votre maman, qui pourra me répondre si elle le souhaite. Etant entendu que je suis persuadée que Jo est bien votre maman. Si d’aventures, ce n’était pas le cas, et bien veuillez accepter toutes mes excuses pour vous avoir importuné.

Je vous remercie de cette lecture, de vous faire l’intermédiaire pour renouer un contact, si toutefois Jo ne le souhaitait pas, merci cependant de juste faire un mini mail pour me l’annoncer. Soyez assuré que je ne tenterai jamais plus de la contacter. La démarche n’a pas pour but de forcer qui que ce soit à quoi que ce soit.

Peut-être à bientôt, merci.
Marie-Hélène

Je suis resté un petit peu hébété, jamais je n’avais entendu ces noms mais après tout pourquoi pas, Jo ne m’avait jamais paru nostalgique de ces années de lycée. Pendant quelques instants, je sens ma pensée qui se bloque, je ne veux pas, je ne veux pas repenser à Jo. En même temps je réalise que je n’ai pas pensé à Jo depuis très longtemps, qu’elle m’était presque sortie de la tête à moins que je n’ai, moi, refoulé son souvenir au plus profond de ma mémoire. Et ce message périmé sur lequel je tombe, qui d’un seul coup fait l’effet d’un boomerang, je ne sais pas quoi en faire. Puis je me dis qu’il n’y a rien à faire. Il est daté du 27 décembre 2007, un peu plus d’un mois avant la mort de Jo. Je me dis, est-ce que ça aurait changé quelque chose si j’avais vu ce message à temps? Non probablement pas. Certainement pas. Voici le genre d’idée qu’il ne faut pas se mettre dans la tête. Rien n’aurait été différent, il y aurait juste eu un défilé d’anciens camarades de classe dans sa chambre d’hôpital. Et encore… Jo refusait que les gens lui rendent visite, elle ne voulait pas que les gens la voit comme ça.

Alors, je me suis résigné à faire de ce message une désagréable anecdote. Ma curiosité m’a cependant poussé à aller voir le profil de Marie-Hélène et, de lien en lien, je suis tombé sur la photo d’une classe de Terminale D, datée de 1973. Il y a sur cette photo, la jeune fille qu’était Jo qui, visiblement, avait déjà pris l’habitude de ne pas regarder l’objectif du photographe. En regardant attentivement cette photo, j’ai réalisé qu’il y avait des tas de choses que j’ignorais sur ma mère, des choses que je ne connaîtrai jamais…

Photo de Classe

I’ll tell you the worst of me and try to give you the best of me

Une bien jolie vidéo sur un texte absolument magnifique de Sarah Kane, extrait de “Manque” (titre original : Crave).

I am the Queen…

Qu’on se le dise, je suis la reine, l’ombre du roi, l’empoisonneuse venimeuse, je suis le scorpion, l’acide, je suis l’intransigeance, je suis celle qui hurle “qu’on lui coupe la tête”, je suis la reine de coeur à la folie fatale, j’abats, je bats les cartes, je suis un regard qui se plante dans le tien et qui découpe, je suis scalpel, je vois au plus profond de toi, qui que tu sois; je suis empathie, je ressens, je lis dans les plis de ton âme, tu es à moi, je suis complètement folle à lier, treize voix sortent de ma bouche, je suis un et je suis tous, je suis la persistance, la permanence, l’inaliénable envie d’exister par delà les mondes et par delà les temps, je suis multiple, Norman, Colin, Alex, je suis Alice, Charlotte, Mina, je suis Louis, Martin, Théophraste, d’autres noms suivent dans la liste; quand viendra l’heure de décliner mon identité, j’étalerai tous vos visages car je ne suis qu’un homme, un clone, un jumeau, je ne suis ni plus ni moins qu’un semblable mais je vois, mon regard porte au delà du supportable, au delà du vivable, je vois la merde étalée sous une lumière crue, je patauge dans vos égouts, nage dans l’océan de vos mensonges, touche au sublime de vos aveuglements; je suis multiple et indivisible, la reine aux milles visages, j’ai hérité des siècles qui me précèdent la sagesse des sphynxs sibyllins, mon nom est Ducasse et je suis le fils des requins.

Je ne juge jamais mais je tue. Je suis invariablement capable du pire et je tiens mon autorité de mon roi. Une phrase, un geste, un regard qui m’indispose et c’est une vie qui s’efface de mon esprit. “Qu’on lui coupe la tête!” et je façonne le monde à mon envie.

Qu’on se le dise, je suis la Reine.

PS: et je suis un petit peu bourré…

Dans le canal d’Aubervilliers

les-temps-modernes

Ma grand-mère me dit hier au téléphone: “Aujourd”hui c’est plus pareil, l’individu ne compte plus, les gens ne bougent plus. Dans le temps, on était pauvre, ça oui, mais on était heureux“. Elle me dit ça puis elle se tait, me laissant méditer sur sa réflexion, attendant que je rebondisse dessus. Mais je ne dis rien, je ne peux rien dire, j’ai soudain l’impression d’entendre l’une des répliques du personnage d’Yvan dans “Art” de Yasmina Reza:

Ils poussaient les cadavres des rats et l’éclusier leur disait, plongez ! c’était merveilleux m’a-t-elle dit hier soir chez mon père, on était pauvre et c’était merveilleux !

La capacité que ma grand-mère a à débiter des clichés m’a toujours épatée. Et puis vous pouvez toujours essayer de contredire, d’expliquer que non ce n’était pas mieux avant, qu’avant c’était différent, pas mieux, qu’on ne peux pas vraiment comparer, tu comprends Mamie, c’est pas pareil, parce que si c’était vrai qu’à chaque génération c’est mieux qu’à la suivante, et bien on n’est pas sorti de l’auberge et puis il faut bien trouver quelque réconfort à vivre dans une époque sinon à quoi bon vivre? Il faut bien se garder un peu d’espoir en poche, non?

Cette explication est généralement suivie d’une moue grand-maternelle absolument sceptique et que l’on peut percevoir même au téléphone. “Oh tu sais à mon âge, l’espoir…” Là généralement sonne un signal d’alarme dans ma tête qui me prévient que je m’approche dangereusement de la pente glissante d’une spirale gluante. Alors vite, on enchaine, mais non, mais qu’est-ce que tu racontes, etc… et là: “je sais bien que je vous embête, je devrais être morte… C’est moi qui aurait du mourir, pas ta mère…” Ma grand-mère prétend qu’elle ne regarde jamais Les Feux de l’Amour, j’ai de sérieux doute à ce sujet. Donc là c’est le moment où on aimerait bien que la conversation n’ait jamais commencé, d’autant que vous savez que la petite vieille à la voix brisée à l’autre bout du fil, elle cache bien son jeu, que c’est une putain de Tatie Danielle venimeuse et qu’à l’écouter ça fait vingt ans qu’elle dit qu’elle devrait être morte alors qu’elle est toujours là et que si ça se trouve elle nous enterrera tous.

Tout ça pour dire qu’hier, quand elle me dit: “Dans le temps, on était pauvre, ça oui, mais on était heureux”, je décide de ne pas rentrer dans son jeu et je ne réagis pas. Intérieurement je fais une prière en forme de slogan politique: “A bas le passéisme! Oui à la nostalgie!” Je veux bien me souvenir avec émotion mais sans dénigrer l’époque. Je ne veux pas me retrouver devant des petits jeunes pour leur dire à quel point c’était l’éclate quand j’avais leur âge et comment j’aimerais pas être à leur place dans cette époque pourrie. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, je regrettais un peu de ne plus avoir l’âge pour faire de la tektonik…

L’amour de Sherlock Holmes

sherlock holmes

J’essaie de me rappeler pourquoi ce garçon avait piqué ma curiosité mais je n’y arrive pas. Il paraît que les souvenirs reviennent quand on vieillit, en même temps que la mémoire à court terme s’amenuise. Je ne sais pas s’il en ira ainsi pour moi mais quand je vois la difficulté que j’ai à me remémorer le passé, je crains surtout d’avoir un Alzheimer précoce. Quoiqu’il en soit et quelles qu’aient été les raisons, je sais que dès que je l’ai vu, j’ai voulu savoir qui il était. Je vivais alors dans un cocon étouffant dont je faisais tout pour m’échapper. J’avais repris le théâtre après deux ans de pause et j’avais soif de (re)voir du monde, de parler avec des gens, de m’amuser et de retrouver une vie sociale. C’est dans ces circonstances que je l’ai vu pour la première fois et qu’il m’a intrigué pour je ne sais donc plus quelle raison, le simple fait qu’il soit obviously gay n’étant pas suffisant pour expliquer l’investigation que je m’apprêtais à lancer pour découvrir son identité. Un matin, on fait mine de rien mais on attend qu’il arrive, on se faufile derrière lui dans l’entrée du batiment et là, juste devant les badgeuses, coup d’œil oblique pour capter le nom inscrit sur le badge. J’ai toujours été très bon pour observer à l’envers, de travers, dans toutes les positions. Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait hier mais ma mémoire à court terme est excellente, et photographique. Je capture d’un coup tout ce qui rentre dans mon champ de vision et puis j’opère le post-traitement de l’image dans mon photoshop mental. Zoom. Rotation. Re-zoom. Contraste. Et j’ai son nom. Après il n’y a plus qu’à faire un tour dans le trombinoscope pour découvrir ce qu’il fait, dans quelle équipe il est, etc… Mais ce n’est pas assez, alors on fait tour sur les Pages Jaunes. Un parisien. Un coup dans Google qui ne me dit pas grand chose. Des jours passent, on continue de se croiser sans se parler, je continue de chercher et je ne sais plus comment, je finis par tomber sur son blog. Je découvre sa vie, ses loisirs, je croise des noms dont je découvrirai les porteurs quelques années plus tard. On continue de se voir régulièrement dans les couloirs, dans les transports, on ne se parle toujours pas. Je lis son blog jour après jour et j’aime bien ce que j’y trouve.

Il se passera encore quelques temps avant qu’on ne se parle, avant qu’il ne m’aborde en fait,
quelques temps avant que nos conversations ne deviennent régulières,
quelques temps avant qu’une amitié se dessine entre nous,
quelques temps avant que je me libère de la touffeur du cocon,
quelques temps avant que je lui tende un piège diabolique,
quelques temps avant la première étreinte,
le premier baiser,
la première nuit,
Et l’amour qui aujourd’hui nous unit.

Pedigree

Chimère
COMPOSITION DU SANG DE COLIN DUCASSE
Breton à 56,25%
Chinois à 25%
Irlandais à 12,5%
Indien à 6,25%

Bon je l’avoue, je n’ai pas vraiment le courage d’écrire en ce moment…

Green Paradise recrute pour la saison prochaine

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Green Paradise, troupe de théâtre amateur sur Paris, fêtera sa troisième année d’existence en septembre 2009 (youpi tra la la). A cette occasion, nous recherchons 3 comédiennes amateur qui seraient motivées pour nous rejoindre.

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Quelques mots au sujet de la troupe:
- Green Paradise est un sympathique groupe polysexuel doté de forts tempéraments et constitué d’individus entre 25 et 35 ans.
- Green Paradise n’est pas un groupe de thérapie pour inadaptés sociaux ou une agence matrimoniale (même si sur ce point, il y a des opportunités).
- Au cours de l’année, deux types d’activités sont organisées: les répétitions en vue des représentations et des séances plus techniques. Régulièrement, les séances sont encadrées par un jeune comédien/metteur en scène professionnel.
- Green Paradise demande un certain investissement personnel (il faut compter 3h par semaine, parfois plus quand on se rapproche des représentations)
- Toutes les décisions (ou presque) sont prises de manière collégiale, ce qui assure un joli bordel permanent et empêche assurément de sombrer dans la monotonie.
- En 2009-2010, nous organiserons deux week-ends en province, voire à l’étranger, pour intégrer les nouvelles recrues et assurer la cohésion du groupe
- La cotisation annuelle sera fixée entre 500 et 700 euros par personne pour l’année (payable par trimestre). Cette cotisation nous permet de louer des salles de répétitions et de représentations, de payer les intervenants extérieurs, d’acheter/louer les costumes/accessoires/décors/lumières nécessaires aux représentations et peut-être un jour d’investir dans notre propre matériel.
- Nous ne nous limitons à aucun style/genre de pièce de théâtre et les projets personnels sont privilégiées. Possibilité de création ou de participer à une création.

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Concernant la saison 2009-2010:
Chacun travaillera essentiellement sur deux projets. L’un aura pour objectif de représentation le mois de décembre 2009, l’autre la période juin-juillet 2010. Tout le calendrier ainsi que les projets seront décidés ensemble à la rentrée de mi-septembre.

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Tu es intéressée?
Nous ne recherchons pas de profils particuliers. Nous acceptons tous les niveaux et tous les âges ou gabarits sous réserve que le courant passe entre nous et que la motivation est là. Il vaut quand même mieux que tu sois déjà un peu à l’aise dans ton corps ou avec les autres mais une fois encore, si la motivation est là, tout est possible.

Pour postuler ou en savoir plus, tu peux me contacter directement en m’écrivant à colin.ducasse@gmail.com.

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Hildebrand Van de Pioch et Maximilien Crickboom

Hildebrand Van de Pioch et Maximilien Crickboom
Représentation du KWTZ de Sacha Guitry (26 juin 2009)

Cachez ces folles que je ne saurais voir

Tolérance : capacité à accepter que quelqu’un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d’une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.

Dans les commentaires du précédent billet, Roxane explique pourquoi elle considère la Gay Pride et surtout l’excentricité, l’excès qui s’y manifestent comme un frein à la lutte permanente des associations qui sont sur le terrain tout au long de l’année. Elle lance un appel à plus de sobriété, à plus de simplicité, à plus de sérieux aussi, afin de faire gagner aux causes LGBT une plus grande crédibilité. En fait elle pose le problème de l’impact de ce qui est montré sur le regard qui est posé sur les défilant(e)s de la Gay Pride. En y réfléchissant, c’est sur ce point précis que nos avis divergent.

Roxane nous dit que le problème vient de ce qui est montré. Que si on montrait moins, si on était plus sage, le regard qui est posé serait plus enclin à accepter les revendications. De mon côté je considère plutôt que le problème vient du regard qui est posé qui juge, sur la base de son propre référentiel moral, des gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font. Nous avons là un problème de tolérance, tout à fait humain et commun, que l’on rencontre tous les jours, dont chacun peut-être source un jour. Tous les a priori que l’on peut nourrir vis-à-vis d’untel ou d’une-telle, sur sa manière de s’habiller, de se coiffer, sur ses croyances, ses opinions, ses origines, toutes les petites choses qui nous choquent chez les autres, qui nous dérangent dans leurs manières ou nous déplait dans leurs discours, tout ce qui fait remonter un rejet de l’autre en nous et qui nous fait dire qu’autrui a un sacré problème, toutes ces défaillances que l’on critique ne proviennent, au fond, pas de l’autre. Le problème vient de notre refus d’accepter que l’autre soit différent. Et si un jour il “décidait”, sous la pression, de rentrer dans le rang, d’être conforme à ce que nous attendons de lui, nous ne réglons le problème qu’en apparence. Nous sommes heureux car l’autre ne nous dérange plus mais nous demeurons toujours aussi obtus et intolérant: ouf! nous pouvons conserver nos oeillères! Et l’autre de son côté va se mettre à engendrer de la frustration. L’autre est dans le déni apparent de sa propre identité, de ce qui le fonde et de ce qui fait ce qu’il est vraiment. Nous possédons tous, individuellement et collectivement, une hallucinante capacité à inverser les problèmes.

La Gay Pride offre “une mauvaise image” des homosexuel(le)s et des transexuel(le)s, disent certains. Quand bien même tout le monde ne serait pas en string frangé ou en latex, c’est “l’impression” que les gens garderont, c’est ce que les médias “montreront”, œillères sur caméra. Jusque dans le vocabulaire, nous sommes face à un problème de perception et c’est cela qui freine l’intégration totale des gouines et des pédés à notre société, pas le bear en cuir et tout poilu qui danse sur Dalida. Une fois par an, on nous autorise à défiler sous les façades de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Forcément on provoque, forcément on exagère. Mais surtout on s’affirme, on chante à la société qu’on n’a pas envie de paraître au monde tels que eux l’aimeraient. On martèle notre différence, on l’assume et on la vit au grand jour et de manière décomplexée. On dit qu’on ne changera pas ce qui est montré et que les choses ne changeront vraiment que quand le regard qui est posé deviendra indifférent (voire bienveillant?).

Je ne suis ni fier, ni drag, ni bear en cuir mais j’irai

A la fin du mois se tiendra la grand mess des pédés, des gouines et des trans, un événement auquel j’assiste systématiquement même si ce n’est que pour une heure ou deux et ce, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tombe des météorites ou qu’il me pousse un baobab dans la main. Dans mon esprit, c’est moins une question de fierté que de devoir.

Je ne suis pas proud d’être gay, je n’en ai pas honte non plus. Mon homosexualité est un état de fait, une qualité que j’assume et que je ne pourrais jamais renier mais elle ne suffit certainement pas à me définir. Pour donner un exemple en comparaison, je ne suis pas fier d’être brun mais j’aime bien mes cheveux. Je suis. Tout simplement. C’est l’un des arguments que l’on entend souvent dans la bouche des homos qui ne veulent pas aller à la Gay Pride: “je sais qui je suis, je me sens bien dans mes espadrilles (il parait qu’elles sont de retour), je n’ai pas besoin de défiler au milieu d’un zoo bigarré pour me sentir exister et puis, il faut l’avouer je ne me reconnais pas là-dedans, et puis c’est devenu hyper mercantile, et puis ça donne une image ultra-réductrice des gays, et puis je n’aime pas l’esprit communautaire, et puis…” Essayons de creuser un peu…

La Gay Pride donne une mauvaise image des gays, ce n’est qu’un défilé de clichés parfois choquants pour nos amis les esprits bien-pensants. A ça, je réponds : foutaise! Ce genre de discours ne peut-être tenu que par des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une marche des fiertés. Il faut être aveugle pour ne pas voir que cette manifestation est une réunion de gays, de lesbiennes et de trans de tous les styles. Tout le monde n’est pas monté sur des platform shoes ou engoncé dans une combinaison SM en cuir. On peut aussi y croiser Monsieur Paulin expert-comptable depuis 36 ans et habillé avec la mode de ses vingt ans, double foyer devant les yeux et distribution capillaire douteuse. Il y a même des hétéros, si, si! En fait, je crois qu’il n’existe aucune autre manifestation publique qui mixe autant les genres, les origines ethniques et les différences sociales. La Gay Pride ouvre les yeux des gens sur les différences – et je ne parle pas de ceux qui défilent mais des badauds sur les côtés, gentil petit couple avec poussette, papy et mamy assis sur un banc à côté de la Grande Geneviève en string et paillettes, jeunes filles en fleur qui se rincent l’oeil devant les éphèbes des chars, etc, etc… Ce n’ai pas la manifestation qui enfile les clichés. Ce sont les grands médias qui traite l’événement comme s’il s’agissait de la Fête des Fous ou tout autre numéro de freak. Quant à la soi-disante obscénité parfois pointée du doigt, j’aurais tendance à penser que le problème ne se situe pas dans quelques jolies paries de fesses ou de seins exposés à l’air frais mais plutôt dans les esprits psycho-rigides de ceux qui se disent choqués (mais qui se rincent l’oeil quand même).

L’aspect communautaire renvoie un impression de secte et de lobby, la Gay Pride n’aide pas à sortir du ghetto. Bon alors sur ce point, j’aimerais bien que quelqu’un m’explique ce qu’est “LA communauté gay” parce que de mon côte je ne vois pas une mais des communautés qui ne se fréquentent pas forcément en dehors de la Gay Pride, qui n’ont pas forcément grand chose à se raconter, qui ne partagent pas les mêmes goûts musicaux. Je veux dire un jour on aura bien un char des homos qui aiment faire du tricot derrière celui des trans qui plantent les choux avec les genoux (pas facile en platform shoes, c’est un vrai sport). Je veux surtout dire par là que, comme beaucoup de gays, je n’ai pas un sentiment d’appartenance à une quelconque communauté. Les homos représentent une population d’une telle complexité humaine, d’une telle diversité qu’on ne peut pas tous les enfermer dans le même cénacle. J’irais jusqu’à dire qu’en mélangeant ainsi les communautés, la Gay Pride fait dans l’anti-communautaire. Nous n’avons pas tous les mêmes intérêts, pas tous les mêmes raisons de défiler, certains viennent pour faire la fête, d’autres pour revendiquer, d’autres par curiosité, d’autres parce que leur connexion internet est tombée en rade et qu’il faisait beau dehors et enfin(surtout?) d’autres(la majorité?) viennent aussi pour se trouver un choupinou ou une choupinette. Il faut être lucide, nous ne sommes pas tous porteurs d’idéaux pour la société française, nous n’avons pas tous de justification politique à notre présence à la Gay Pride. Nous sommes là uniquement parce que nous avons envie d’y être.

Moi j’irai à la la Marche des Fiertés car j’ai dans le sang un je-ne-sais-quoi de Robespierre, je suis un puriste de l’Etat de Droit, un ayatollah de la République qui veut croire quand on lui dit Liberté, Egalité, Fraternité. Or la devise de la France ressemble plus aujourd’hui à une douce utopie qu’on piétine à tout va qu’à un idéal de société à atteindre. Plus que jamais, elle mérite que l’on se batte pour elle et à aucun autre moment de l’année je ne perçois mieux sa possibilité qu’à la Gay Pride où les gays, les lesbiennes et les transexuel(le)s dansent pour être libre de vivre tels qu’ils sont, pour réclamer leur droit à l’égalité devant la loi et montrant dans toutes leur diversité une union face à l’adversité, fiers du chemin accomplis et toujours mus par ce qu’il reste à achever, rappelant la fragilité de ce que d’aucuns considèrent comme des acquis et commémorant la mémoire de ceux qui ont permis que de telles marches se tiennent tous les ans dans le monde entier. J’irai à la Gay Pride car j’y vois quelque chose de plus large que la simple affaire d’une communauté mais bien celle d’une société dont on dit à chacun de ses membres : “Tu peux devenir qui tu es vraiment”. Car il est une chose dont je suis persuadé : ce ne sont pas ceux qui défilent qui sont coulés dans le moule infiniment correct d’une imaginaire majorité morale.