Pièce écrite et mise en scène par Yasmina Reza
Avec : Isabelle Huppert, André Marcon, Valérie Bonneton, Eric Elmosnino

C’est coup double en ce moment au Théâtre Antoine! Non seulement il s’y joue une pièce de Yasmina Réza mise en scène par l’auteure elle-même - rien que cela suffirait à motiver le déplacement! - mais en plus qui trouvons-nous dans la distribution? Isabelle Huppert la grande dans un registre auquel elle ne nous avait pas habitué…
Dans “Le Dieu du Carnage” on retrouve toute la patte de l’auteure de “Art!”, les bons mots qui fusent et qui font mouche, une situation banale qui dégénère, des alliances qui se forment et se déforment entre les personnages qui se livrent un véritable combat sur scène. Ici deux couples de parents vont s’affronter au sujet d’une bagarre qui a opposé leurs fils respectifs. Au début l’échange est affable, très politiquement correct mais rapidement ça dérape, les masques se lézardent et laissent apparaître les véritables visages. Même les couples ont du mal à amortir le choc, ils montrent des faiblesses, des tensions entre les partenaires de vie, des incompréhensions séculaires qui ressurgissent au fur et à mesure que les esprits s’échauffent.
Je n’ai pas trouvé que cette pièce était la meilleure de Réza mais je mentirais en disant que je n’ai pas pris de plaisir devant “Le Dieu du Carnage”. L’écriture y est magnifique et sert finement des situations aux relents de vécu, les vannes fusent et il est souvent difficile de ne pas éclater de rire. La mise en scène est plutôt impeccable et j’ai trouvé une certaine subtilité aux déplacements des quatre personnages qui sont sur scènes quasiment en permanence. Niveau interprétation on est dans du bon aussi malgré un léger déséquilibre entre les comédiens. Isabelle Huppert qui m’avait mis à genoux dans 4.48 Psychose confirme ici qu’elle peut définitivement tout jouer et qu’elle est la meilleure. C’est d’autant plus agréable que dans cette comédie, tout ne tourne pas autour d’elle et ça fait du bien de la voir dans un rôle où elle n’a pas à porter la pièce tout seule. Du grand talent sans tirer la couverture à elle, j’applaudis! Autre comédien remarquable, Eric Elmosnino campe merveilleusement un Alain flegmatique, agaçant et drôlatique. Face à eux, j’ai trouvé que Valérie Bonneton et André Marcon étaient un petit peu en deça mais sans réelle fausse note, juste peut-être un peu moins de conviction dans le jeu. Mais ne nous y trompons pas, à ce niveau de théâtre, c’est un peu comme pointer du doigt les défauts d’une toile de maître. Car quoiqu’on en dise, c’est bien la pièce à voir en ce moment.
C’est Quand ? Du mardi au vendredi à 20h45, samedi 17h et 20h45




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