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Archive for the ‘ Remue-Méninges ’ Category

Parfois, quand je parle, je ne reconnais plus ma voix.

Elle prend des accents qui me sont étrangers, elle use de mots qui ne sont pas les miens, elle sort pourtant bien de ma bouche cette voix, mais elle énonce des idées qui ne me sont pas propres et pour cause: dans ces moments-là, je parle avec votre voix et je manie la langue d’autrui, la langue que tout le monde parle, que tout le monde connaît, consensuelle, bien-pensante, unanime, celle qui dit “bouh” aux Jeux Olympiques de Pékin, celle qui s’émeut devant le sort de Chantal Sébire, celle qui mouton obéit au troupeau et qui surtout ne doit pas se faire remarquer. C’est fort déplaisant de parler avec la voix des autres, ça parasite mes idées, ça paralyse mes propres pensées, ça me force à m’exprimer, au nom de la sociabilité, sur des sujets sur lesquels je n’ai rien à dire ou sur lesquels je ne suis d’accord avec personne dans mon entourage. C’est énervant putain c’est très énervant car ma voix à moi est certainement plus pleine de sens, de vérité et d’humanité que la vox populi pour la simple et unique raison qu’elle vient de moi et de personne d’autre. Attention, je ne dis pas que j’ai particulièrement raison quand je m’exprime avec ma voix. Je vous parle ici de recul et d’authenticité. Je n’ai d’ailleurs que très peu d’opinions arrêtées, je me sens souvent totalement inapte à prononcer un jugement ou à prendre une position donnée, sachant que la plupart du temps les sujets nous sont présentés de façon fort raccourcis, sans exposition claire de tous leurs tenants et aboutissants. Ma misanthropie rampante a fini par me mettre d’instinct en garde contre le discours de la majorité qu’une partie extrémiste de mon cerveau qualifie de crétinisante.

Après, je ne suis pas la Suisse non plus. Je ne suis pas neutre et mon cerveau est ainsi déformé qu’il aime à déplacer les points de vue pour s’interroger. J’ai remarqué qu’autrui, dans sa considération collective, était remarquablement prompt à la critique mais souvent je me demande si ses invectives ne sont pas dirigées vers les mauvaises cibles. Prenons par exemple le cas de Chantal Sébire qui a fait pleurer la terre entière. Si je comprends tout à fait les motivations qui ont conduit cette femmer à médiatiser sa détresse, je ne peux pas m’empêcher de m’interroger: l’affaire aurait-elle eu un tel retentissement si Madame Sébire n’avait pas été défigurée? Probablement que non et c’est ce qui me dérange fortement dans cette histoire, l’impression d’assister à un remake pour de vrai d’Elephant Man, une poule aux oeufs d’or pour les médias, une bonne occasion de se montrer compatissant pour autrui, un véritable cirque régi par l’émotionnel, une détresse personnelle ensevelie sous un énième débat sur l’euthanasie. Chantal Sébire se suicide, ça tombe à pique, autrui peut à nouveau compatir sur le sort de cette pauvre femme et en quelques jours on ne parle plus de loi sur le suicide assisté, next! L’inconstance et l’inconsistance de la pression populaire est tout à fait admirable.

Aujourd’hui, la voix des autres se cristallise sur la question du boycott des Jeux Olympiques 2008 à Pékin. Comme si le régime chinois était le véritable problème. Je suis tout à fait mal placé pour dire si le boycott pourrait avoir un quelconque effet bénéfique sur le comportement des autorités chinoises vis à vis des droits de l’homme mais, en revanche, que nous ayons du attendre ces JO pour protester aussi ouvertement contre le régime de Pékin, ça m’interpelle. Le vrai problème à mon sens, c’est que le CIO ait accordé l’organisation des jeux à ce pays, que la Chine tient le monde occidental par les couilles et que celui-ci a bien trop peur d’avoir mal. Le vrai problème n’est pas là-bas. Il est ici, chez nous, quand nous donnons crédits à des gouvernements qui entretiennent l’hypocrisie et le cynisme ambiant. On peut s’indigner des famines en Afrique, on peut bien envoyer du riz ou des médicaments pour tenter de sauver les petits enfants mais à l’arrivée, on ne fait que soigner les effets sans se préoccuper des causes qui, elles, se situent chez nous. Pour moi c’est pareil pour la Chine. Que ce soit pour vendre des armes ou décrocher des marchés, les motivations de nos dirigeants sont nauséabondes mais il faut bien avouer que nous les laissons faire et que nos cris d’orfraies n’y changeront rien tant que nous ne porterons pas d’action plus radicale à leur encontre. En attendant, les Jeux Olympiques vont bel et bien se tenir, avec ou sans nous cela ne changera rien en Chine, et vous savez quoi? Une fois passée la cérémonie de clôture: next!

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C’était hier, un début d’année 2008, je fêtais mes trente ans et perdais ma mère en l’espace d’un mois. Au moins je sais que je n’aurai pas de difficulté à compter les années passées à vivre sans Jo, le temps les égrainera , trente et UN, trente DEUX, trente TROIS, trente QUATRE, trente CINQ et ainsi de suite avec une régularité implacable. Moi qui n’aime pas m’embarrasser de souvenirs, je sais que là je ne pourrai pas y couper et que s’il m’arrive un jour d’oublier le 31 janvier 2008, c’est à mon anniversaire, le 4 janvier, que surgira dans ma mémoire, comme un coup de semonce perpétuel, l’insoutenable regard de ma mère agonisante. A mon tour maintenant de porter dans mon ventre celle qui m’enfanta. Et les années de séparation mesureront mon vieillissement comme pour les parents la croissance des enfants.

J’ai perdu la personne qui m’était la plus chère au monde et je me tiens encore debout. Il m’arrive d’éprouver de la tristesse mais aucun laisser-aller ne vient saper mes fondations. Les cendres de Jo sont un terreau où mon épicurisme s’enracine, elles sont la validation des mes orientations passées et tracent un chemin futur balisé de recommandations. Je me sens plus proche aujourd’hui de celui que j’étais quand j’avais dix-sept ans que du Colin de ces dix dernières années. Et c’est bien connu qu’à dix-sept ans, on n’est pas sérieux. La seule mais fondamentale différence est donc que je sais aujourd’hui de quoi je parle. Mes emportements, autrefois bâtis sur du vent, auront dorénavant de solides fondements. De mes vingt à trente ans, la vie se sera amusé à m’écorcher. D’égratignures en plaies béantes, de lamentations en vraies dépressions, j’aurais reçu je pense la dose nécessaire de souffrance. La mort de Jo ne m’est pas une blessure additionnelle. C’est juste ce qui pouvait m’arriver de pire dans l’existence, c’est la blessure qui efface toutes les autres et qui cicatrisera tatouage incandescent au revers de la peau. Avec Jo, c’est ma peur qui est morte et mes rêves, longtemps condamnés pour se plier à l’inconséquence ambiante, renaissent. Et tant pis si l’avoir en pâtit, j’ai dorénavant décidé d’être.

AndromedeIl y a des moments où je laisserais bien tout tomber. Plus envie mais alors plus envie du tout de faire le moindre effort, ça ne sert à rien de s’agiter, ça ne sert à rien, ça ne change rien. Ma tête alors penche au dessus des vides et lourde si lourde rêve de chute interminable sans panache, sans parabole, une ligne droite vers le sol et BAM! prendre la fuite comme ça, pour une fois prendre une décision à moi, emmerder tout le monde et BAM! crâne éclaté sur le bitume, rideau! un écran de télé qui s’éteint.

Ces pensées noires disparaissent toujours aussi vite qu’elles me viennent à l’esprit et sont dans le fond réconfortantes car confirment que j’ai toujours la possibilité d’en finir quand je veux. Que de ça je suis encore maître. Qu’il n’y a que ça dont je sois vraiment maître. C’est violent, très violent mais avant tout thérapeutique. Je m’appartiens toujours et ça, ça me requinque le moral à tous les coups. Et je repars!

Pas plein d’espoir, non, l’espoir c’est un peu pour les naïfs enfin c’est ce que je dis aujourd’hui, l’espoir c’est de l’immobilité, un voile brumeux qui tord la vision. Je crois beaucoup plus à la colère, à la rage, à la volonté, aux buts que l’on se fixe et aux moyens que l’on met en oeuvre pour les atteindre. L’espérance est passive et peut dans ce cas virer au pathétique. Alors je dis rarement “j’espère”, je dis plutôt “je veux”. Une seconde corps au dessus du vide pour vérifier juste vérifier que si je voulais ça, je pourrais. Sauter des quais du métro, de ma fenêtre du sixième étage, d’une falaise en Bretagne. Sentir qu’au fond j’ai au moins cette liberté là encore de décider pour moi. Et l’instant d’après je tourne le dos au vide, je repars coeur plus léger, corps moins entravé par ces autres chaînes qui s’agrippent à moi.

Je n’ai pas un tempérament suicidaire mais en ce moment, je tourne beaucoup dans ma tête que je ne m’appartiens pas. Que j’appartiens aux autres à qui je dis trop facilement oui, à mon boulot, à ma famille. J’appartiens à mon agenda et je le déplore mais je m’inquiète encore plus de voir que s’il se trouve une période où je n’ai rien de prévu, je n’en fais absolument rien du tout, végétant dans mon appartement. Je suis d’accord c’est assez consternant. Je me plains d’une chose dont je ne peux pas me passer. Parfois j’aimerais envoyer chier tout le monde fuck you ciao bye bye leave me alone et tout annuler désolé le numéro que vous avez composé n’est plus en service actuellement… Donnez-moi deux heures et vous me trouvez en train de donner des coups de fil pour voir qui serait intéressé pour aller prendre un verre. C’est désespérant. Alors parfois, de me dire que je pourrais vraiment dire stop rasoir aux poignets, ça me rassure et ça me donne la force de tirer sur les autres chaînes pour m’en débarasser ou en inverser le sens.

A commencer par la première : je vais travailler à me rendre un peu plus disponible à moi-même.

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Hier soir je festoyais avec mon amie Grigri Lénergie au dessus de deux pizzas géantes et surcaloriques et tandis que nous devisions sur le sens de l’existence, elle en est venue à parler de son patron qui a la fâcheuse manie de tout le temps lui raconter sa vie dans ses moindres détails. Indécence? Autosatisfaction? Dépression? Nous nous interrogions sur les motivations qui pouvaient bien pousser cet homme à ainsi s’épancher auprès de Grigri. Rapidement nous avons écarté les problèmes d’ego boursoufflé ou de neurasthénie profonde pour conclure que cet individu n’avait personne à qui parler en dehors de son petit cercle familiale et qu’il avait très vraisemblablement une vie sociale nulle comme un grand nombre de ces individus que notre société nomme les “cadres” et dont malheureusement, Grigri et moi faisons partie.

Et d’enchaîner sur ces êtres qui ont enchaînés hautes études, mariage, enfants, postes à responsabilité vampirants, apparemment sans se poser véritablement de question sur la personne qu’ils souhaitaient être vraiment au fond. Des hommes et des femmes censément intelligents qui ont foncé tête baissée dans des voies toutes tracées la plupart du temps par d’autres, œillères bien vissées aux tempes, sans remise en question à part quelque fois à quarante ans mais n’est-ce pas trop tard déjà, prisonniers d’une cage qu’ils se sont bâtis eux-mêmes, non sans l’aide d’un système bien établi de règles et de valeurs. Cette discussion fit quelque écho à mes petites réflexions sur le désir d’enfant, qui chez ces gens est souvent le résultat d’une pression sociale importante, et sur le problème de se retrouver sur un chemin qui n’est pas le sien et d’en avoir conscience.

Ce qui me tue justement c’est que ce type de comportement aveugle et sourd est fortement représenté chez les gens les mieux formés scolairement de notre belle République. Sauf qu’il me semble que l’on ensigne fort peu à développer son sens critique dans les grandes écoles. Combien, je me souviens, de garçons et de filles arrivent en classes préparatoires uniquement parce qu’ils sont bien notés? Qui veulent faire ingénieur par exemple sans avoir la moindre notion de ce que cache ce mot, sans désir particulier pour une école donnée (à part les prestigieuses s’entend) et dont l’unique but est d’en intégrer une quelle qu’elle soit? Des moutons en troupeaux récompensés par du confort social au détriment le plus souvent d’un réel épanouissement personnel. Il n’y a qu’à quand ils quittent le boulot.

Grigri m’a dit avoir pitié de ces gens-là. J’ai pu éprouvé cela un temps aussi, mais ça ne sert à rien d’essayer de leur ouvrir les yeux, ça ne fait que les affoler, les aigrir et même parfois ça les rend agressifs. Et puis je ne peux tout simplement plus éprouver la moindre compassion pour ces individus qui, au-delà du fait qu’ils se tissent une vie de regrets, entretiennent avant tout un système qui cherche à broyer les personnalités.

Parfois j’aimerais dire la vie ne m’a pas épargné mais je me retiens car je sais bien que mes malheurs ne constituent qu’un chapelet de drames ordinaires. Il serait présomptieux et indécent de prétendre le contraire. Je reçois ma dose de souffrance réglementaire, celle qui fera de moi un homme mon fils, c’est le lot commun, étapes obligatoires, péages au tribut plus que lourd mais que voulez-vous pour avancer faut raquer…

Parfois je me dis que j’aurais préféré une existence de paria, une enfance de gosse battu, papa qui tue maman à coups de bate de baseball, du tapinage place Dauphine, de la délinquance, de la drogue, des maladies, du sang, avoir la mort, le malheur et la merde pour compagnons de voyage. Ma colère aurait eu alors une base solide d’où se seraient échappé les ramifications de mes revendications les plus vénéneuses. Mes emportements sonneraient moins bourgeois, mes envies de tout foutre en l’air s’en trouveraient diablement justifiées.

Tenir ce genre de propos à vingt ans c’est normal. A trente ans ça devient de l’entêtement qui frôle l’obsession. Surtout quand il est hors de question de vous ranger dans la catégorie des victimes de l’existence. Pourtant plus j’avance et plus mes couteaux s’aiguisent et avec la mort de Jo, je retrouve mon intransigeance passée, ma haine de la compromission et de l’incohérence. Elles reviennent d’autant plus fortes que j’ai beaucoup dormi ces dix dernières années et je me réveille aujourd’hui entravé par des chaînes qui m’irritent au col et aux poignets.

Certes j’ai eu une existence sans heurt majeur, alternance de joies et de tristesses, d’hardiesses et de peurs, le lot commun, un casse-tête pour biographe tant le fil de ma vie se déroule en douceur. Il s’effiloche par moment, puis reprend de la force, fait quelques tout petit noeud mais il suffit de le soumettre à la lucidité pour savoir qu’au fond c’est plus ennuyeux qu’un jour de bruine à Brest. Il n’est pas question de s’abandonner aux lamentations ou à la résignation. Et si j’ai toujours été un bon petit soldat, c’est à l’intérieur qu’il faut regarder. Je suis un gant de velours à la doublure en lames de rasoir.

A 15 ans mon héros s’appelait Rimbaud. Je l’ai rêvé de ses fugues adolescentes à l’exil africain, de la pesanteur de Charleville à l’hôpital de Marseille. J’aimais ses transgressions qu’elles soient morales ou littéraires, j’aimais le suivre hors des chemins battus, j’aimais le savoir méchant et pourtant compatissant. J’ai tout lu, oeuvre et biographie, dans le confort de l’appartement du Pecq, élève modèle, un an d’avance, un ange pour tout le corps professoral. Mais mon regard s’affutait déjà et déjà je savais que le monde ne tournait pas rond. J’ai néanmoins continué à suivre des voies toutes tracées, marquant des pauses à certains carrefours, les yeux posés sur ces chemins de traverses que je n’ai jamais empruntés, continuant de faire ce que l’on attendait de moi, moins par esprit d’obéissance que par peur de me faire remarquer ou d’échouer. Mais mon respectable cursus n’a jamais exactement reflété mes cheminements intérieurs. Une suite de fourvoiements volontaires qui m’ont peu à peu fait perdre lucidité et sens critique pour me noyer dans la fadeur la plus totale.

Mais chassez le naturel il revient au galop. Moi lancé sur une autoroute sans bretelle de sortie, je perçois à nouveau, cachés derrière les arbres des bas-côtés, les chemins parallèles. Et je commence à freiner. Je sens les chaînes qui bloquent ma parole et mes gestes et je commence à tirer dessus avec précaution pour ne pas m’étrangler. Ma propre inconséquence m’exaspère au plus haut point. C’est d’elle dont je vais m’occuper en priorité.

Quand cela sera chose faite, quand je n’aurai plus à me reprocher ce que je reproche à tous, quand je me serai libéré de l’emprise des chaînes, je pourrai retourner le gant dedans dehors et laisser éclater au soleil la doublure de rasoirs. Je ne suis pas une victime de l’existence mais il est absolument hors de question que je fasse partie des moutons-bourreaux qui m’entourent. J’ai retrouvé ma vue, je veux retrouver ma voix et ma main. Ma colère n’a pas de fondement dans les quelques cicatrices que la vie m’a laissée, aussi profondes soient-elles. Ma colère est née d’être là où je ne peux décemment pas être. Comme un soldat qui découvrirait avec horreur et révolte qu’il fait partie d’un corps de criminels contre l’humanité. La dénonciation entraîne la mise à mort et la soumission, la perte d’intégrité.

Officialisation de mon statut d’agent-double.

“Ceux qui veulent ne peuvent pas toujours et ceux qui peuvent ne veulent pas toujours.”
— TarValanion

En ce moment ça parle beaucoup bébés autour de moi, ceux qui en ont, ceux qui vont en avoir, ceux qui voudraient en avoir et ceux qui non! Et puis il y a l’histoire de la condamnation de la France par la CEDH et ce post chez TarValanion qui a actionné certains rouages de mon cerveau.

Aujourd’hui, si vous me posiez la question, je vous dirais que oui je suis pour le mariage gay et pour l’adoption par des homosexuels bien que n’ayant ni l’envie de me marier, ni celui de pomponner. Je suis pour au nom de notre sacro-saint principe d’Egalité entre les individus. Mais la phrase de TarValanion que je cite plus haut m’a néanmoins poussé à réfléchir à ce que l’on appelle communément le “désir d’enfant”.

Je vais être très franc, pour moi c’est très obscur cette histoire. Le désir d’enfant c’est un peu comme la foi en Dieu. Ce qui est clair c’est que on l’a ou on l’a pas. Ce qui l’est moins c’est que ceux qu’ils l’ont sont totalement incapables de l’expliquer. Il est difficile de faire la part des choses entre la motivation personnelle réelle et le poids de la société, la reproduction des schémas comportementaux, bref le bourrage de crâne. Etant actuellement en guerre contre le formatage des esprits, je vais partir du principe que la personne qui souhaite un enfant dispose véritablement de son libre-arbitre. (Parenthèse-dédicace pour les femmes : je vous rappelle que vous ne naissez pas femmes mais que vous le devenez. J’ai l’impression que Simone de Beauvoir doit se retourner souvent dans sa tombe ces derniers temps. fin de ma parenthèse-dédicace.)

En fait déjà je tique sur la formulation. “Désir d’enfant”. Ca a le mérite d’être clairement subjectif. On n’a jamais entendu parlé pas de “besoin d’enfant”. Le choix d’enfanter est donc le fruit d’une motivation intérieure. Par ailleurs, je tiens aussi à souligner que j’écarte également l’horloge biologique des femmes souvent invoquée pour expliquer le désir d’enfant. Ce n’est pas l’horloge qui crée ce désir c’est la peur de ne pas voir son désir assouvi avant qu’il ne soit trop tard. Car l’heure tourne ma bonne dame, l’heure tourne! Et puis les hommes aussi peuvent éprouver le désir d’avoir un enfant. J’en reviens donc à ma question première qui pour moi est la seule et vraie question que l’on doit se poser : comment-pourquoi éprouve-t-on le désir d’avoir un enfant?

Je ne veux pas vous cacher le fond de ma pensée et bien que n’ayant pas la réponse à mon interrogation, j’ai l’intuition que la réponse fait mal. Je dis donc que nous écartons toute pression extérieure, toute contrainte biologique, que l’individu lambda possède tout son libre-arbitre, qu’il ne subit aucune forme d’influence de la part de son entourage (Vous connaissez? le perfide “quand c’est que je suis grand-mère?” de maman…). Déjà, je tiens à tirer mon chapeau à Lambda, il/elle est à une étape avancée du développement de sa conscience. Il est plus libre que Max, Lambda et il veut un enfant.

Vous noterez que je dis Lambda comme s’il était seul au monde. Il/elle pourrait très bien être en couple avec Delta, là n’est pas la question. Je m’intéresse ici au désir individuel d’enfant que chacun peu nourrir. Je vais écarter les cas d’égoïsme (je désire un enfant comme je désire une nouvelle voiture, il perpétuera mon nom), les cas de transfert (cet enfant sera ce que je n’ai pas pu être - très lié à l’égoïsme) et les cas pratiques (les allocations familiales). Et il reste quoi? C’est là que quiconque veut intervenir dans ma réflexion est bienvenu. Car tout ce que j’ai listé précédemment constitue ce que j’appellerais un faux-désir d’enfant, un désir quasi-illégitime à mes yeux et basé sur de mauvaises raisons. Je tiens encore à rappeler que je parle de désir individuel. L’enfant qui s’inscrit dans un projet de couple, constitue une autre problématique pour moi. Donc je répète, il reste quoi? Je n’arrive à identifier qu’une seule et bonne raison mais elle exclut la procréation et elle s’appelle altruïsme.

Lambda a plutôt bien réussi sa vie, est confortablement installé matériellement et souhaite offrir un cadre serein et beaucoup d’amour à un enfant déjà victime de l’existence. Un désir d’enfant né d’un pur désir d’aider. Cela sous-entend que ce désir n’est pas inné et s’est acquis au fil du temps, qu’à vingt ans Lambda ne disait pas “plus tard j’aurai des enfants” ou alors qu’il est revenu sur cette position pour un jour ressentir réellement ce désir.

Voilà un peu où j’en suis de mon côté et le dossier est loin d’être fermé alors si vous avez une autre façon de voir les choses, un autre éclairage à apporter, n’hésitez pas!

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“Je m’étonnais surtout d’être de ce troupeau”
— Jacques Brel

Alors ça, je me le répète quasiment tous les soirs de semaine quand je rentre du boulot, englouti dans les flots humains déversés par les tours de la Défense. Je suis l’un des rares à ne pas courir dans les couloirs de peur de rater mon train, ça me permet de les regarder à loisir, de complètement me désolidariser et de m’interroger sur ma présence parmi eux. Car voilà, quoique je dise, moi aussi je suis le flot, moi aussi je quitte mon boulot, moi aussi j’ai eu une journée de merde et pour moi aussi ça recommencera demain. La seule différence c’est que je vais à mon rythme, musique dans les oreilles, la tête emplie de papillonpensées, les yeux grand ouverts, je regarde les gens et eux, non.

C’est terrifiant ce regard de bovin qu’ils arborent, cette démarche bulldozer qu’ils ont, front penché en avant et tous habillés pareils! Et moi au milieu de tout ça? — Il me semble relativement évident qu’une erreur a été commise quelque part…

Existence - Service des Réclamations
A l’attention de Monsieur Ducasse

Cher Monsieur Ducasse,
Suite à votre courrier du 15 courant, nous sommes au regret de vous annoncer que votre plainte n’est malheureusement pas recevable. Le dossier que vous nous avez transmis, bien que fort complet, n’a pas permis de mettre en évidence une quelconque erreur d’aiguillage de notre part. Il semblerait que, si faute il y a eu, elle provienne de vous-même.

Damned… Un peu mortifié je regarde passer les moutons. Je crois qu’il ne me reste pour le moment qu’une solution. Rentrer dans les rangs…

… et devenir agent double en mission d’infiltation!

“Laver nos amours à la machine”
— Alain Souchon

J’assiste au spectacle navrant de la chute des marchés financiers avec une réelle indifférence malgré les inévitables conséquences qui s’en suivront probablement, qu’elles soient réelles ou prétextées. Quelque part, je rêve un peu d’un bon krach boursier à la 1929, un truc bien gros, bien méchant, bien fatal, un truc qui pousserait les gens dans la rue, qui les ferait réagir enfin, un truc comme une révolution qui leur ferait prendre en main leur avenir même si c’est illusoire, même si ça ne dure qu’un temps, une révolution pour qu’ils se rappellent que le véritable pouvoir est entre leurs mains et pas dans celles des dirigeants. Mais j’ai un peu peur que les gens soient un peu trop attachés à leur nouvelle télé HD écran plasma, un peu trop lobotomisés, frileux, anesthésiés, conformes ET panurgesques.

Les gens n’ont plus de rêves qui leur soient réellement propres, qui leur viennent du fond des tripes, qui les définissent. Les rêves d’aujourd’hui sont de reproduction, débités à la chaîne, entassés dans les rayons des supermarchés et exposés par les supports publicitaires. Les gens ne rêvent pas à ce qu’ils voudraient être, ils songent à ce qu’ils veulent avoir, ils tendent leurs mains vers des leurres. Quand ils parlent, les mots qui s’échappent de leurs bouches sont ceux de millions d’autres personnes, dictés par des éminences grises, programmés à l’avance. Ils disent “je” mais c’est “nous” que l’on entend vraiment. C’est un comble, nous vivons aujourd’hui dans une société hautement individualiste mais où chacun dit, mange, pense, boit, rêve, vit la même chose que son voisin. C’est du “diviser pour mieux régner” absolument génial.

De mon côté, c’est officiel, je suis rentré dans un mode de résistance, passive pour l’instant, le temps de retrouver mon propre langage, de me dépolluer l’esprit, d’arrêter d’écouter les faux prophètes pour parvenir à percevoir ma propre voix dans tout ce brouhaha, pour que mes “je” soient bien les miens, issus de mes tripes à moi, sans aspartame, colorant ni conservateur, 100% pur jus.

Savoir enfin ce “je” veut…

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