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Archive for the ‘ Life, Oh Life! ’ Category

Quand vous me laissez seul, quand vous m’abandonnez pour poursuivre votre chemin, après les “au revoir” et les embrassades, quand nous repartons chacun de notre côté, mes frontières qui s’étaient étendues jusqu’à vous se rétractent. Je me réfugie en dedans et coupe les connexions avec le monde extérieur. J’avance au milieu des foules compactes sans même noter la présence des autres, armée d’ombres insignifiantes - et je deviens étranger. Je retourne en ma patrie, dans un univers plus vaste que le monde des hommes et je perds la vue, l’ouïe et la parole. Je suis équipé d’un radar qui m’assure d’un pilotage automatique sans faille qui me permet d’éviter les collisions ou les chutes. Mon corps n’est alors plus qu’un vaisseau qui me transporte.

Quand je me retrouve seul ainsi, quand vous ne forcez pas ma conscience à s’ouvrir à vous, au monde, au menu en dix pages du restaurant où nous avons décidé de dîner, à l’intrigue du film que nous sommes allés voir, à la discussion que nous avons eus sur Barack, Hillary ou Nicolas, quand je n’ai plus de raison de mettre le nez dehors, je me recroqueville à l’intérieur et je m’envole. Quand je suis ainsi, ne vous étonnez pas si je ne réagis pas dans le cas où nous nous retrouverions face à face. Mes yeux alors ne me servent plus qu’à définir des trajectoires, mes oreilles sont fermées à triple tour. Il faut me toucher. Le risque est alors de me voir pousser un cri, de me faire sursauter ou même frôler la crise cardiaque, mais il n’y a qu’ainsi que vous pouvez espérer rétablir le contact entre nous. Cela vous fera rire très certainement et je reposerai les pieds sur Terre pour vous.

Quand je suis seul, je vais très loin, je parcours des continents entiers, j’explore des océans sans fond et je découvre des planètes. Je ne sais pas comment dire ça autrement que par métaphores car je pense peu aux soucis de la vie quotidienne ou à mon existence de petit être mortel. Quand je suis seul je vais vraiment ailleurs, je me crée des mondes plus réels et moins triviaux. Ils sont une bulle d’oxygène pour moi, un moyen de ne pas me noyer dans le marasme ambiant, ils ont une importance bien plus grande que la réalité, ils sont aussi beaucoup plus réconfortants - mais moins que vous que j’aime à fréquenter et si je dois me faire violence parfois pour ne pas m’évader complètement, pour être avec vous, c’est que je sais que cela en vaut la peine. C’est que je sais que vous en valez la peine et qu’il est rassurant de savoir que vous pouvez me retenir.

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Ces derniers temps, je n’étais pas très motivé pour poster par ici - ou ailleurs. Pourtant j’ai pas mal écrit, j’ai fait quelques brouillons de choses que j’aimerais dire un jour. Mais pas envie finalement. Alors vous ne saurez pas aujourd’hui les liens qui m’unissent à Arthur Rimbaud. Ce n’est pas non plus tout de suite que que vous pourrez lire les motivations profondes qui m’ont fait ouvrir ce blog. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de les livrer un jour ces motivations. Enfin on verra. Repoussé à plus tard aussi l’article sur le désarroi que m’inspirent mes collègues, le choc que j’ai éprouvé en découvrant le théâtre de Sarah Kane, mon étrange et écrasante prédilection pour les proses féminines, la dure réalité de la vie sans Jo et l’article sur l’ennui et la non-envie de poster.

Mais tout est là, bits and pieces, ébauches plus ou moins bien avancées, de la matière pour l’avenir. Mais pas pour aujourd’hui.

En ce milieu de semaine, je suis dans un endroit honni. Les déplacements professionnels c’est sympathique quand ils sont synonymes de nouveauté mais quand ils ont la saveur d’un refrain tant de fois répété qu’il écorche les lèvres, à l’image de celui-ci, je me mets en stand by. C’est parfois dur d’expliquer aux autres que c’est du temps rempli de rien, de travail certes mais de rien avant tout, que pour eux la vie continue faite de sorties, de rencontres ou de soirées tranquilles à la maison. En déplacement dans un endroit que je connais par coeur, mes soirées sont des trous noirs qui s’ouvrent au plafond d’une chambre d’hôtel impersonnelle. Le temps mesure la distance qui me sépare de tout ce qui m’est cher, de tout ce qui remplit ma vie et sa lenteur aggrave le poids des absences. Avec l’expérience, j’ai appris à doser mes impatiences, à ne plus me lamenter des heures durant d’être aussi loin dans un lieu pourri entouré de gens pourris. Un peu de résignation teintée de fatalisme.

Pour quelqu’un qui ne voulaient pas écrire, j’ai quand même trouvé quelque chose à dire ce soir :-)
Peut-être bien parce que je reviens sur Paris demain…

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Civilization IV

Notez, je vous prie, que j’aurais résisté longtemps avant de finalement céder sur un malheureux coup de tête hier soir dimanche, aux alentours de minuit. Je ne suis pas vraiment un accroc des jeux vidéos mais j’ai mes chouchous pour qui je craque régulièrement.

Il y a ainsi Sim City qui me pomper pas mal d’heures mais l’avantage de ce jeu c’est qu’au bout de deux heures, en général, j’ai besoin de prendre l’air tellement il m’étouffe.

Et puis il y a aussi la sacro-sainte série des Final Fantasy qui me feront acheter une Playstation 3 rien que pour jouer au treizième opus ainsi que les Kingdom Heart dans une moindre mesure. Dans ce cas, c’est surtout l’énergie qui me freine, au bout d’un moment je suis vidé et je suis obligé d’arrêter sous peine de rester à jamais prisonnier des mondes de FF.

Enfin et surtout, il y a Civilization. Alors avec lui, c’est no limit les enfants. J’aime tellement me prendre pour César que je n’arrive PAS à lacher une partie en cours. C’est pour ça d’ailleurs que je ne me suis jamais procuré Civilization IV, par peur d’être phagocyté par ce jeu. Mais il y a eu hier soir, à minuit, l’ouverture d’une faille spatio-temporelle où je pouvais télécharger CivIV pour pas cher (non je ne télécharge illégalement, je suis contre). Ni une ni deux, emballé c’est peser, c’est parti mon kiki.

Début de partie à minuit douze + erreur de jouer au lit = réveil très difficile avec clavier imprimé sur la face. Il a été estimé que j’ai du m’endormir totalement malgré moi aux alentours de 4h30 mais rien n’est moins sûr. Ce qui est certain c’est que je suis loin d’avoir assez dormi pour un lundi… J’appréhende beaucoup les prochaines soirées…

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“Le travail c’est la santé / rien faire c’est la conserver.”
— Henri Salvador

Donc Henri Salvador est mort, à l’âge de 90 ans. Bon j’ai un petit peu cherché à dire un truc là-dessus mais franchement, comme pour Carlos, je n’ai rien à dire. En plus lui il avait l’âge de trépasser, il a eu une belle vie bien remplie. Je n’étais pas du tout fan de ce qu’il faisait mais quand même, paix à son âme.

En revanche, cette disparition m’a remis en tête les paroles citées ci-dessus car au fond, je dois l’avouer, j’ai la vocation pour devenir rentier. Et encore, l’argent ne m’intéresse pas plus que ça. C’est surtout le temps dont j’aimerais profiter, le temps pour faire plein de choses qui ne coutent rien, le temps pour m’investir dans des projets personnels même conçus avec trois bouts de ficelle. Malheureusement, peux pas.

C’est pas faute de faire quelques appels du pied, notez le. Je glisse régulièrement à Chéri que je n’aurais aucun souci à devenir son homme au foyer. Là-dessus, la plupart du temps, il fait mine de ne rien entendre, apparemment complètement absorbé par son blog à lui ou par la revue de ses flux RSS. Quand il n’a pas d’autre choix que de m’écouter, il rétorque en général “c’est ça…” sur un ton “parle à ma main!”… C’est désespérant…

Je crois qu’il remet sérieusement en question ma capacité à tenir un home sweet home en ordre. Bon il est vrai que je suis loin d’avoir remporté le Bree Van de Kamp Award et que je me situe plutôt dans la catégorie Susan Mayers tendance ultra-bordélique. Il va falloir que je pallie mes lacunes dans le domaine et puis faire un peu de sport pour ressembler à Monsieur Propre, ça mettra un autre atout de mon côté. Après cela il ne pourra plus refuser d’assumer son rôle de soutien de foyer et je pourrai organiser mes journées matin-ménage et après-midi-réalisation de moi-même. Hum… Il va falloir que je dresse la liste des choses que je dois perfectionner…

Et en premier lieu, je vais attentivement observer comment il plie et range les affaires qui sortent de la machine à laver. Il semble que cette activité relève de vieilles pratiques ancestrales qui me sont inconnues mais je compte bien en percer un jour le secret…

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Parfois j’aimerais dire la vie ne m’a pas épargné mais je me retiens car je sais bien que mes malheurs ne constituent qu’un chapelet de drames ordinaires. Il serait présomptieux et indécent de prétendre le contraire. Je reçois ma dose de souffrance réglementaire, celle qui fera de moi un homme mon fils, c’est le lot commun, étapes obligatoires, péages au tribut plus que lourd mais que voulez-vous pour avancer faut raquer…

Parfois je me dis que j’aurais préféré une existence de paria, une enfance de gosse battu, papa qui tue maman à coups de bate de baseball, du tapinage place Dauphine, de la délinquance, de la drogue, des maladies, du sang, avoir la mort, le malheur et la merde pour compagnons de voyage. Ma colère aurait eu alors une base solide d’où se seraient échappé les ramifications de mes revendications les plus vénéneuses. Mes emportements sonneraient moins bourgeois, mes envies de tout foutre en l’air s’en trouveraient diablement justifiées.

Tenir ce genre de propos à vingt ans c’est normal. A trente ans ça devient de l’entêtement qui frôle l’obsession. Surtout quand il est hors de question de vous ranger dans la catégorie des victimes de l’existence. Pourtant plus j’avance et plus mes couteaux s’aiguisent et avec la mort de Jo, je retrouve mon intransigeance passée, ma haine de la compromission et de l’incohérence. Elles reviennent d’autant plus fortes que j’ai beaucoup dormi ces dix dernières années et je me réveille aujourd’hui entravé par des chaînes qui m’irritent au col et aux poignets.

Certes j’ai eu une existence sans heurt majeur, alternance de joies et de tristesses, d’hardiesses et de peurs, le lot commun, un casse-tête pour biographe tant le fil de ma vie se déroule en douceur. Il s’effiloche par moment, puis reprend de la force, fait quelques tout petit noeud mais il suffit de le soumettre à la lucidité pour savoir qu’au fond c’est plus ennuyeux qu’un jour de bruine à Brest. Il n’est pas question de s’abandonner aux lamentations ou à la résignation. Et si j’ai toujours été un bon petit soldat, c’est à l’intérieur qu’il faut regarder. Je suis un gant de velours à la doublure en lames de rasoir.

A 15 ans mon héros s’appelait Rimbaud. Je l’ai rêvé de ses fugues adolescentes à l’exil africain, de la pesanteur de Charleville à l’hôpital de Marseille. J’aimais ses transgressions qu’elles soient morales ou littéraires, j’aimais le suivre hors des chemins battus, j’aimais le savoir méchant et pourtant compatissant. J’ai tout lu, oeuvre et biographie, dans le confort de l’appartement du Pecq, élève modèle, un an d’avance, un ange pour tout le corps professoral. Mais mon regard s’affutait déjà et déjà je savais que le monde ne tournait pas rond. J’ai néanmoins continué à suivre des voies toutes tracées, marquant des pauses à certains carrefours, les yeux posés sur ces chemins de traverses que je n’ai jamais empruntés, continuant de faire ce que l’on attendait de moi, moins par esprit d’obéissance que par peur de me faire remarquer ou d’échouer. Mais mon respectable cursus n’a jamais exactement reflété mes cheminements intérieurs. Une suite de fourvoiements volontaires qui m’ont peu à peu fait perdre lucidité et sens critique pour me noyer dans la fadeur la plus totale.

Mais chassez le naturel il revient au galop. Moi lancé sur une autoroute sans bretelle de sortie, je perçois à nouveau, cachés derrière les arbres des bas-côtés, les chemins parallèles. Et je commence à freiner. Je sens les chaînes qui bloquent ma parole et mes gestes et je commence à tirer dessus avec précaution pour ne pas m’étrangler. Ma propre inconséquence m’exaspère au plus haut point. C’est d’elle dont je vais m’occuper en priorité.

Quand cela sera chose faite, quand je n’aurai plus à me reprocher ce que je reproche à tous, quand je me serai libéré de l’emprise des chaînes, je pourrai retourner le gant dedans dehors et laisser éclater au soleil la doublure de rasoirs. Je ne suis pas une victime de l’existence mais il est absolument hors de question que je fasse partie des moutons-bourreaux qui m’entourent. J’ai retrouvé ma vue, je veux retrouver ma voix et ma main. Ma colère n’a pas de fondement dans les quelques cicatrices que la vie m’a laissée, aussi profondes soient-elles. Ma colère est née d’être là où je ne peux décemment pas être. Comme un soldat qui découvrirait avec horreur et révolte qu’il fait partie d’un corps de criminels contre l’humanité. La dénonciation entraîne la mise à mort et la soumission, la perte d’intégrité.

Officialisation de mon statut d’agent-double.

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Robot at WorkUne tragédie familiale et dix jours de coma social plus tard, me voici de retour au boulot. Autant vous dire qu’à mon arrivée au bureau, j’ai aussitôt failli faire demi-tour pour partir en courant. Mon aversion pour la World Company devient dangereusement pathogène. Enfin, je dis “dangereusement” quand au plus profond de moi-même je m’en réjouis. Récit d’une journée un peu noire.

1) Ce matin, je comptais un petit peu sur Chéri pour me donner l’énergie de me lever. Il avait prévu de partir au boulot vers 8h-8h30 et je pensais pouvoir m’appuyer sur lui pour sortir hors du lit. Là-dessus, pas de souci, j’ai reçu des petits coups réguliers, Chéri m’indiquait l’heure tous les quarts d’heure mais lui-même avait finalement décidé de rester sous la couette. C’est une envie de meurtre qui m’a donné l’énergie me mettre debout ce matin :-)

2) Vient le temps d’affronter le monde extérieur et de reprendre le chemin du taf. Et c’est là, sur le quai du métro (trop tard pour faire demi-tour) que je m’aperçois que je n’ai pas avec moi mon kit du survivant : mon iPod et mon livre. Ces deux-là m’ont beaucoup servi ces derniers jours surtout dans les moments de solitude où il est facile de ruminer des pensées ténébreuses. Durant les derniers jours, difficile de me croiser sans mon shuffle dans les oreilles et sans un bouquin de préférable très très sombre pour me convaincre qu’il y a toujours pire que ma propre situation. Les Mouflettes d’Atropos et Le Cri du Sablier de Chloé Delaume ont ainsi eu droit à une seconde lecture en moins de six mois. Ca m’a fait un bien fou. Mais ce matin, nada, rien à me foutre dans les tympans ou sous les yeux. Je fais définitivement la gueule.

3) J’aurais du le mettre en 1) mais j’ai oublié : nous sommes lundi. J’ai déjà parlé ici de ma haine des dimanche. Elle n’a rien comparé à la rage que j’éprouve contre les lundi. C’est apocalyptique en temps normal alors en période de deuil, je connais pas de mots pour qualifier l’armageddon dont je rêve aujourd’hui.

4) Arrivé au boulot, je me fais la remarque que finalement, contrairement à ce qu’ils disent souvent, ils peuvent très bien se débrouiller tous seuls. L’avantage c’est que personne ne me fait chier. Le problème c’est que je n’ai rien à faire. Et là je ne joue pas le mec qui ne souhaite que d’être enseveli sous le travail pour oublier, pas du tout! En fait je me dis que j’aurais pu encore repousser mon retour et que putain j’ai pas envie d’être assis dans mon bureau à regarder couler la Seine. Sans compter que mon agrégateur frôle l’encéphalograme plat aujourd’hui, que gmail est asthmatique et que mes collègues sont toujours aussi peu funky.

Enfin voilà, il me reste encore deux ou trois heures à végéter pour les bienfaits de la World Company. Ca me rappelle les couleurs qu’un jour j’ai donné aux jours de la semaine. Je devais être en primaire alors et déjà j’avais décrété que les lundi seraient marrons-caca.

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Aujourd’hui était l’enterrement.

Très rapidement il était devenue évident pour Jeannot, Milly et moi que cette journée n’était pas pour nous mais pour les autres, les membres de la famille et les amis dont certains ont reçu la nouvelle du décès comme un coup de fouet, tant Jojo avait tenu à ce qu’on n’en parle pas. A la fin de sa vie, on peut dire qu’elle aura fait sa Dietrich en n’autorisant auprès d’elle que son mari, ses enfants, sa mère et son frère.

La journée n’a fait que confirmer ce sentiment et nous avons passé le plus clair de notre temps à attendre et, paradoxe, à consoler les vivants. Nous les victimes de la première ligne nous sommes retrouvés à passer des mains dans le dos, à dire des “ça va aller” et des “oui c’est moche la vie”. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’ironie de la situation nous a fait rire mais pas loin comme si Jeannot, Milly et moi avions été contaminés par la bitch attitude mythique de Jojo, les bien-pensants s’abstenir.

Tout ça pour vous amener à l’objet qui fut au centre de notre réelle préoccupation ces derniers jours : la playlist. D’office écartés, les requiems, Ave Maria et les chants grégoriens. C’est joli mais peu signifiant et nous cultivons un athéisme pointilleux face auquel la moindre notion à Dieu, au Diable, au ciel ou à l’enfer nous aurait donné de l’urticaire et à Jo encore plus. Exit aussi “Ne me quitte pas” de Brel et autres “Avec le temps”, pour le pathos vous repasserez, Jo en avait horreur. Du grand Jacques toutefois nous avons retenu un temps “Quand on que l’amour” finalement rejeté car trop généraliste. Il faut vous dire que nous n’avions prévu qu’un seul texte à dire - heureusement d’ailleurs vu la déclamation catastrophique chignon quignon non pignon pardon du maître de cérémonie - suivi de chansons à messages plus ou moins personnels. Deux raisons à cela : 1) les gens font dix fois plus attention aux paroles et c’est “comme si” c’était Jo qui parlait et non un tiers chagriné et tremblant ou un maître de cérémonie incertain et 2) Ca fait passer le temps plus vite et ça permet de dire un peu au gens à quoi penser pendant la demi-heure de recueillement. Pour le reste, ils auront ce qu’ils leur restent de vie pour penser à Jo.

En présentant la fameuse playlist au maître de cérémonie, nous avons bien senti qu’il y avait là quelque chose de pas très catholique dans notre choix et j’ai profondément regretté que Maman n’ait pas été fan de Metallica - tout j’aurais tout fait pour contratrier ce maître de cérémonie qui découvrait sous nos yeux comment fonctionnait la chaîne hi-fi. Finalement tout s’est bien déroulé. Nous nous sommes ratatinés sur nous-mêmes lors des chansons à nos yeux importantes et l’assistance a fait le reste audiblement touchée par la platine. La playlist était composé de sept chansons avec dans le désordre : 3 de Maxime Le Forestier (Si je te perds, La Visite, Frisson d’Avril - mois de naissance de Jo), Tien An Men de Calogero car nos petits combats valent aussi la peine, Ma plus belle histoire d’amour de Barbara merveille de chanson à double-tranchant du style “ma plus belle histoire d’amour c’est toi même quand tu m’as laissé tombée comme une merde”, La Fille du vent d’Olivia Ruiz car Maman elle avait son petit tempérament et Mais la vie… chantée par Maurane et Lara Fabian. Nous avions organisé les chansons de la plus triste à la plus positive genre on vous assomme au départ puis on vous fait remonter la pente.

A l’arrivée donc nous sommes satifsfaits du résultat mais il faut que vous sachiez que je vous ai parlé plus haut de la playlist officielle la sage bien que peu solennelle, la gentiment taquine, l’apaisante qui offre la paix à qui sait l’écouter bien. Il en existe une autre, une playlist off que nous distribuerons à un cercle plus restreint, une playlist un peu plus piquante que celle d’aujourd’hui et qui traduira mieux la force incroyable, la hargne de Jo et son sens de l’ironie, tout ce qui nous porte aujourd’hui et nous guidera demain. Je la mettrai en ligne ici-même quand elle sera finalisée. Elle comportera notamment une autre chanson de Barbara que nous avons diplomatiquement gardée pour nous et qui s’intitule “Les Rapaces” et dont le titre de ce billet est tiré. Si vous la connaissez, vous comprenez que ne pouvions pas la mettre aujourd’hui, de même que “Le Dîner” de Bénabar. Certains auraient pu prendre ces chansons pour eux… pas forcément à tort ;-)

Néanmoins certains titres seront conservés de la playlist officielle. Je vous laisse avec l’une d’elle.

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Voilà, c’est fini. J’ai dans la tête la voix de Marnie dans le film éponyme d’Alfred Hitchcock. Voilà, c’est fini. Le nénuphar aura été le plus fort, Jo est partie et nous, nous restons là, pantelants, chacun s’agite à sa manière, chacun fait au mieux. L’enterrement est prévu pour le milieu de la semaine prochaine.

J’ai été prévenu mercredi dernier, vers midi, alors que j’étais à Lorient pour le travail, à vingt minutes en voiture de notre maison de vacances. De notre maison, devrais-je dire. J’ai sauté dans le premier train. 3h40 dans le brouillard à ne penser à rien. Puis le métro, le RER et je suis arrivé à St-Ger, le Châtenay-Malabry de Jo qui pleurait quand elle écoutait cette chanson de Vincent Delerm. Je l’ai encodée pour vous mais moi je crois que je ne l’écouterai plus jamais. Je l’ai encodée pour vous, pour que vous ayez une petite idée de Jo, vous dire que cette chanson c’était un peu sa vie.

Je suis arrivé à St-Ger, il devait être vers 17h30, je suis allé à l’hôpital. Milly m’attendait à l’entrée. Nous n’avons pas échangé un mot et je l’ai suivie jusqu’à la chambre. Et là… Jo dans son lit, défigurée par le nénuphar. Son regard quand elle me vit me déchira les tympans. Ses yeux ont poussé un insoutenable cri silencieux quand j’ai franchi la porte de la chambre, j’ai vu le tableau de Munch, un regard qui me hurlait “Nooon! il ne faut pas! va-t’en!”, un regard de joie aussi, un regard d’amour éperdu. C’est ce regard qui fera de moi un autre, je le sais car il me poursuivra pour le restant de mes jours.

Ce fut une longue nuit pour nous tous. Nous avons joué aux chaises musicales autour de Jo qui respirait péniblement, incapable de prononcer un mot mais consciente. Elle a souri à chacun d’entre nous, elle a aussi souvent fais une moue célèbre dans la famille :”non mais franchement vous n’avez rien de mieux à faire?” Les infirmières nous faisaient du café et passait de temps en temps pour augmenter les doses de morphine. La nuit fut longue au chevet de Jo, nuit sous néons rythmée par sa respiration bruissante, et par les “Non!” qu’elle poussait à chaque inspiration. Non… Non… Non… Non… Elle s’est battue toute la nuit, je le voyais dans ses yeux où je plongeais les miens en souriant. Car je lui souriais, d’un vrai sourire - auprès d’elle mes larmes s’évaporaient - et elle y répondit quelque fois par un clin d’oeil. La nuit fut longue et s’arrêta net vers 5h20. Mon visage à trente centimètres du sien, je n’ai pas perdu une seconde de ses derniers souffles. Jusqu’au bout j’ai caressé sa joue, je lui ai murmuré de l’amour à l’oreille et je l’ai laissée s’agripper à mon regard. Mais rien n’aurait pu entraver l’oeuvre fatale du nénuphar et vers 5h20, Jo s’est éteinte auprès des siens, sans souffrance.

Je devais écrire ces mots et je devais vous les dire. Je les détruirai peut-être un jour ou bien les garderai pour moi. Ce n’est pas ainsi que je voulais vous parler de Jo, je ne voulais pas commencer par sa mort mais c’est ainsi, la vie ne fais pas semblant. Je vous parlerai d’elle souvent.

A Jo, ma petite maman, victime du nénuphar le 31 janvier 2008 à l’âge de 53 ans.

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Cendrier Non-Fumeur

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“Avec ceci?”
— La boulangère

Aujourd’hui. 13h35. Ma pause déjeuner. Je vais à la boulangerie m’acheter un sandwhich.

La Boulangère — Bonjour Monsieur!
Colin Ducasse — Bonjour!
LB — Vous désirez?
CD — Un suédois au thon, s’il vous plait.
LB — Avec ceci?
CD — Une tarte chocolat caramel.
LB — Avec ceci?
CD — … (je lui tends une canette de Coca Zéro)
LB — Avec ceci?
CD — C’est tout.
LB — (à une cliente qui vient d’entrer) Oh vous avez changé de coiffure, ça vous va bien! (à moi) Avec ceci?
CD (fermement)— C’est tout.
LB — (à la bonne cliente qui vient de faire une blague pourrave) Ha ha ha ha! (à moi) Avec ceci?
CD (très fermement) — C’est tout.
LB — 6 euros 20, s’il vous plaît.
CD — Voilà. (je tends les sous)
LB (après m’avoir rendu la monnaie) — Merci Monsieur!
CD (acerbe) — Avec ceci?

Vite, quitter la boulangerie rapidement, sans se retourner et ne jamais y revenir…

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