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Archive for the ‘ Life, Oh Life! ’ Category

Tropique du Capricorne

Je suis né le 4 janvier 1978 à 16h25 dans le XVIIème arrondissement à Paris. Voilà qui n’a rien d’exceptionnel. En y regardant d’un peu plus près, on peut voir qu’il ne s’est rien passé de notable le jour de ma naissance, à croire que ma venue au monde fut le fait le plus marquant de cette anodine journée d’hiver. Pourtant nul en dehors de mes parents ne sembla noter l’importance de mon apparition sur Terre et comment son avenir allait dorénavant être lié au mien.

Le véritable indice, que tout le monde aurait du dénicher, ne se trouve ni dans l’année, ni dans le jour, ni dans l’heure et encore moins dans le lieu de ma naissance. Il se situe dans ce qu’implique la combinaison de ces quatre paramètres : je suis Capricorne ascendant Cancer. Vous comprenez? Vous saisissez la formidable coïncidence? C’est un truc de fou qui m’enchante depuis le jour où j’en ai fait la découverte, je suis Capricorne ascendant Cancer!! C’est pas donné à tout le monde croyez-moi! Ca ne doit pas courir les rues les gens qui ont en signe et ascendant les deux tropiques de la Terre et qui, en d’autres termes, possèdent le monde en eux-mêmes!

Le monde dans les mainsBon je suis d’accord, cela peut sembler un peu tiré par les cheveux de prime abord et je suis le premier à reconnaître que cette simple coïncidence ne peut suffire à établir une vérité aussi irréfutable soit-elle. Mais il n’y a pas que ça. Il y a mon sang aussi ou, pour être plus exact, mes sangs, ceux qui se sont mêlés entre eux pour finalement couler dans mes veines, la preuve génétique que mon coeur fait battre le monde, les horizons mêlés qui métissent mon regard, le nord et le sud qui se sont l’un à l’autre fondus en moi, l’ouest et l’est assemblés qui font de mon âme un alliage d’ailleurs, Capricorne et Cancer les deux brins de mon hélice ADN qui tourne et voltige autour du Soleil!

En moi l’histoire du monde, les guerres, les révolutions -
En moi les horizons plus vastes que le ciel et les vaisseaux lancés à leurs poursuites sur mes mers intérieures -
En moi les tempêtes, les éléments et la douce fraîcheur des matins de juin -
En moi vos sourires, vos regards, vos caresses et vos vies -
En moi la lumière et la nuit, le sommeil et les rêves des peuples -
En moi les chants d’ici et d’ailleurs et je parle toutes les langues!

En moi, tout ça!
Et quand je partirai, plus rien!

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J’ai fait une blogogrève pendant toute une semaine, sans même m’en rendre vraiment compte. Pourtant j’étais parti à fond dans les billets en sablier chez Kozlika*. Je voulais vraiment faire le grand chelem et puis ça a fait pschiiiittttt… Le jeu n’y est absolument pour rien, je me suis juste coupé du net du jour au lendemain et n’y suis revenu véritablement qu’hier soir. Je n’y ai pas réfléchi, ça s’est passé tout à fait naturellement.

Evidemment si je précise qu’à l’épicentre de cette période de vide, on trouve le jour où Jo aurait du fêter ses 54 ans, cela devrait permettre de fournir quelques explications à ma désertion du net. Mais je les laisse à d’autres. Je note cependant que ce jour-là, le 1er avril (quelle blague!), j’étais malade comme un chien et que depuis je suis tout patraque. Les premiers qui diront que ça sent la somatisation auront sûrement raison mais doucement je leur dirai de faire comme si de rien. Merci.

J’aimerais ne pas parler de Jo aussi souvent ici. Je n’ai pas ouvert ce blog pour faire ma thérapie, je n’ai pas besoin de ça. D’ailleurs sa création précède la mort de Jo qui n’était pas prévue et surtout un tel appesantissement m’éloignerait des véritables raisons d’existence de cet endroit.

Tout ça pour dire que la machine est à nouveau en marche.

*Je profite de l’occasion pour remercier Kozlika, les dénicheurs d’amorces ainsi que leurs auteurs et tous les participants aux billets en sablier. Je ne suis pas un grand commentateur dans l’âme mais j’ai tout lu - et tiens, je ferai peut-être une sélection des textes que j’ai préférés… A voir!

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FervexIl y a des jours comme aujourd’hui où j’ai l’impression de me diluer jusqu’à devenir inexistant. Où je ne veux rien, où je n’attends rien, où je ne peux rien faire, cerveau bloqué sur un néant total, pensées plus calmes qu’une mer étale. Ce n’est pas un état dépressif mais plutôt comme si j’étais entre parenthèses, totalement incapable d’articuler deux idées entre elles, inapte à tout sauf pour sombrer dans un sommeil où mon encéphalogramme est plus actif que quand je garde les yeux ouverts. Je peine d’ailleurs énormément à écrire ce post, mon esprit décroche toutes les trente secondes mais cette activité a le mérite de nourrir auprès de mes collègues l’illusion que je travaille, chose qui est aujourd’hui totalement au dessus de mes forces.

Très clairement, mon état de santé est la cause de cette hibernation de ma pensée. Je suis complètement shooté au Fervex mon meilleur ami, j’extirpe des litres de morve de mon nez rouge d’irritation, je me déplace au radar. Je rentrerais bien chez moi pour me coucher mais rien que l’idée de me taper une heure de trajet dans les transports en commun, ça me retire toute envie de m’extirper de ma chaise. Ce qui est bien quand je suis dans cet état, c’est que rien ne peut m’atteindre, le monde s’agite autour de moi et je le laisse filer. Un coup de fil désagréable de ma banque? Ok je prends note, je vous rappelle quand j’ai enregistré ce que vous venez de me dire (et qui n’avait pas du tout l’air agréable). Un collègue veut me voir en réunion? Désolé pas possible on remet ça à plus tard et non désolé ce n’est pas négociable. L’apocalypse est pour dans deux heures? Ben tant pis je ferai rien de ce sursis à part dormir peut-être. On me propose d’aller visiter la Cité de l’Architecture ce soir? Navré vraiment mais… navré vraiment point.

De l’indifférence totale à l’état brut. Sans atermoiements, sans regrets, sans espoirs. La journée comme un rêve éveillé dont je ne serais que le spectateur. Le temps qui s’écoule à son véritable rythme, ni rapidement, ni lentement. Il est midi cinquante-trois. Ok, je prends note mais ça ne va rien changer. Je pourrais être une statue de pierre que cela ne changerait rien à la situation. Je ne suis même pas dans l’attente de quelque chose. Je suis juste posé là comme une plante verte et je prends seulement garde de l’arroser régulièrement car l’eau a tendance un peu à m’éveiller et à ne pas avoir l’air trop hagard.

Enfin voilà, la vie {un peu trop réelle} de Colin Ducasse, c’est aussi de grands moments passionnants à raconter…

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Il n’est pas de plus grand danger pour moi que la solitude.

Alors que je l’espère souvent, alors que je la rêve, quand elle pointe le bout de son nez, la solitude change ma vie en cauchemar. Et ce week-end, elle ne m’a pas lâchée une seconde, colocataire indésirable en mon appartement, elle s’est invitée dans mon salon avec sa sale gueule de travers. Assise dans mon canapé, armée d’un sudoku, elle n’a pas bougé deux jours durant au cours desquels elle a consciencieusement conserver mes clefs de par elle, porte fermée sur l’extérieur, sortie interdite, maintenant allez-y petites pensées, vous pouvez tourner en rond! Dans ces moments-là j’ai parfois l’impression que les murs de mon appartement s’éloignent les uns des autres et que des flaques d’ombre apparaissent même en pleine lumière, prêtes à me happer dans des gouffres sans fond. Je me déconnecte de la réalité pour entrer dans un cauchemar éveillé, rempli de vide et d’idées noires, ou tout prend des proportions gigantesques, où tout devient obstacle absurde et insurmontable.

Ce week-end, ça s’est mieux passé que d’habitude et j’en suis plutôt fier. J’ai slalomé entre les flaques de nuit sans trop y prendre garde et j’ai balancé toute la lumière de mon halogène sur les idées noires qui se manifestaient. Histoire de bien les regarder en face pour une fois. Je n’ai pas toujours réussi et ces deux journées passées en autarcie me laissent encore un goût amer dans la bouche mais dans l’ensemble j’ai plutôt bien résisté. De façon un petit peu ridicule, j’ai toujours gardé mon téléphone à portée de main. Je suis allé jusqu’à le mettre dans un sac plastique pour pouvoir l’emmener avec moi sous la douche. Il a très peu sonné mais je n’ai loupé aucun appel et ceux que j’ai reçus sont ceux que j’attendais. Pour la première fois, la solitude n’avait pas mis mon téléphone sous cadenas. Disons plutôt que je ne l’ai pas laissée faire cette fois-ci et même si j’étais pathétiquement scotché à l’écran du portable dans l’attente de messages de Chéri, il faut noter que le progrès est grand.

Et puis il y a eu ces appels, ceux qui ont bien failli me miner le moral et me renvoyer dans mes délires, ceux de Jeannot, Milly et Mamie. Petits dialogues entre solitudes, chacun seul dans son coin, chacun à affronter ses démons dans le silence, chacun à tenter d’établir un lien avec son interlocuteur pour faire revivre Jo le temps d’une conversation, pour se convaincre qu’on peut bien prendre des nouvelles des autres sans passer par son intermédiaire et qu’on a des choses à se raconter entre nous, pour finalement se taire et se dire qu’il nous en faudra du temps et de la volonté pour que l’on arrive à se parler vraiment. Drame dans le drame de la mort de celle qui était notre trait d’union, le pivot de la famille, le rouage qui faisait que ça marchait, un petit côté concierge qui rapportait aux uns ce que faisaient les autres et tous nous étions au courant de la vie de chacun et nous épargnaient de prendre directement des nouvelles. Le trait d’union s’est évaporé et chacun devient mot flottant détaché du mot composé famille.

Pour l’instant je me refuse à prendre la place de Jo, je ne veux pas de ce poids-là à porter. Je sais bien que je suis celui qui se sort le mieux de cette histoire et à tel point que je me demande depuis combien de temps je m’étais psychologiquement préparé à perdre ma mère. Jeannot se retrouve seul à la maison au milieu des vestiges de trente ans de vie commune avec Jo avec pour seul réconfort la présence de Simba; Milly, trois ans de moins que moi, exilée à l’autre bout de la France avec sa sensibilité à fleur de peau et sa culpabilité de ne pas avoir été suffisamment présente; Mamie à triple tour dans le passé, dans la douleur de la perte de sa fille, dans l’attente de son propre départ. Je ne tomberai pas dans le même piège que Jo et je ne peux surtout pas en faire plus que ce que je fais aujourd’hui. Le sol n’est pas encore suffisamment solide sous mes pas pour que je laisse quelqu’un s’appuyer sur moi. Il me faut déjà apprendre à me tenir debout tout seul et je pends garde à ne pas faire de Chéri une béquille, ce combat est le mien, qu’il ne vienne pas polluer notre belle histoire. Quand je l’aurai gagné et seulement alors, je pourrai pleinement devenir le fils de Jo. D’ici là, j’aurai bien d’autres victoires à remporter dans le silence de mon appartement.

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Tempête à Ouessant

Ces jours-ci le vent souffle fort sur la France et je me demande ce que je fais à Paris. Je sais mon coeur semblable aux houles déchaînées qui doivent claquer aux côtes du Finistère, je sais ma colère aussi grande que les vents furieux qui font battre les volets bleus, je sais mon âme offerte aux armées de nuages noirs qui fusent dans le ciel, jets d’encre sombre qui coule dans mes veines! Je serais bien mieux là-bas, en vigie sur la côte, non loin de la Maison de Jo, frappé de vent, de pluie, de mer, j’y laverais cette colère qui me larve l’esprit et me donne l’envie d’envoyer chier tout le monde - quand je ne rêve pas secrètement de les frapper jusqu’à plus soif. Tout ce que mon sang peut avoir de barbare ressort ces derniers jours, avis de tempêtes dans ma tête et je les sens putain oui je les sens ces humeurs ancestrales qui remontent en moi, océan en furie entre Molène et Ouessant, cyclone ravageur à La Réunion, sangs mêlés des îles, pompés par mon coeur, je pourrais les apaiser si j’étais là-bas, si je pouvais marier ma rage aux tempêtes hurlantes et freiner le galop de ma misanthropie aux crêtes des vagues grondantes. Je serais certainement plus facile à vivre et en tout cas c’est sûr, je n’aurais plus mal à la tête à force de retenir ma colère.

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Canal Saint-Martin, ParisC’est ici que j’ai commencé ma vie, à Paris sur les bords du canal Saint-Martin où mes parents louaient un studio qui, déjà à l’époque, leur coutait les yeux de la tête. De ce que me disait Jo, en 1978 ce quartier de Paris était loin d’être aussi bobo qu’aujourd’hui. Je n’en ai absolument aucun souvenir sachant que nous n’y sommes restés qu’à peine deux ans. Le loyer, l’éloignement du travail et l’annonce de l’arrivée de Milly dans la famille allait nous contraindre à déménagé en banlieue en 1979. Un regret longtemps ruminé par Jo. Un parmi plein d’autres.




Ile Marante, ColombesNous sommes alors arrivés à Colombes(92). Difficile de trouver une image sympathique de cette grise ville des Hauts-de-Seine. Alors je mets une photo du parc de l’Ile Marante où me parents m’emmenaient souvent. Une fois encore j’ai peu de souvenirs de cette époque si ce n’est justement des toboggans du parc. C’était une période dure pour mes parents qui, en tant qu’éducateurs, avaient des horaires compliqués et de longs trajets pour ce rendre au travail. Et puis je ne leur facilitais pas vraiment la tâche étant l’archétype du môme hurlant et démoniaque. Ils ont notamment essayé de me mettre à l’école maternelle vers mes deux ans. Echec cuisant. Le seul moyen de me calmer c’était de me mettre devant la télé. A dix-huit mois c’était bien parti! Heureusement pour eux, il ne s’agissait que d’une phase “enfant terrible” de ma part. Mais j’étais à ce point agité que mes parents se trouvèrent désarçonnés par le calme olympien de Milly. Je suis sûr - déformation professionnel de leur part - qu’ils ont du penser qu’elle avait un problème psycho. Peu après sa naissance, 1981, nous avons quitté Colombes…

Le Pecq… et nous avons définitivement migré vers cette chère banlieue de l’ouest parisien dont je n’ai pas fini de vous parler. Notre première et longue étape en terres d’Yvelines(78) fut Le Pecq. Nous y sommes restés de 1981 à l’été 1999. Si je suis critique de ce coin de la région parisienne, c’est parce que j’en suis parti et que j’ai réussi à m’en détacher. Globalement, ces années-là furent heureuses et nos vies à Jeannot, Milly et moi, y furent tendrement mais sûrement encadrées par Jo qui tenait le foyer d’une main de fer. Le choix d’aller habiter là était motivé par deux raisons principales: Le Pecq nous rapprochait considérablement du lieu de travail de Jeannot (Jo avait arrêté de travailler) et aussi (surtout?) cette ville dortoire et sans âme nous mettait Milly et moi à portée des établissements scolaires de Saint-Germain-en-Laye.

Saint-Germain-en-LayeLe Pecq est anecdotique dans l’histoire, ce qui compte, c’est St-Ger comme on l’appelle. Ville royale, ville bourgeoise, ville productrice de candidats aux grandes écoles. Je pense qu’il est dur d’imaginer ce qu’est Saint-Germain quand on y a pas vécu. La ville possède une identité forte et surtout, des règles qui lui sont propres. Pour survivre à Saint-Germain-en-Laye il faut ou le statut social ou l’excellence. Toute cette région vit presque en vase clos, déconnecté des réalités du monde à un point difficilement imaginable. Et nous nous retrouvions là, Milly et moi, membres de la classe moyenne inférieure mais salutairement doués à l’école. Les années qui s’écoulèrent là furent heureuses. Jeannot et Jo ont tout fait pour que nous nous fondions dans le paysage alors que pour eux ce fut le début d’une vie autarcique. On ne prononce pas le mot “sacrifice” dans la famille. Ce fut pourtant ce qui fut commis.

Brest1998. Je quitte le 78 pour passer trois années en école d’ingénieur à Brest au fin fond du Finistère nord. Bien qu’habitué à la Bretagne, le choc est grand pour moi au départ. Le climat est insupportable (en fait, quand on dit qu’il pleut tout le temps en Bretagne, sachez que c’est faux. C’est uniquement à Brest qu’il pleut tout le temps, je l’ai empiriquement vérifié) et je me retrouve entouré d’élèves-ingénieurs bourrins et culturellement affligeants. Il faut dire qu’avant mon départ, je passais le plus clair de mon temps à sortir sur Paris où je faisais mes premiers pas dans le monde de la nuit depuis environ 1995. Saint-Germain avait fait de moi un être pédant, Paris-la-nuit avait rajouté une couche de superficialité pétasse insupportable. A Brest, j’ai reposé les pieds sur Terre. J’y ai passé trois très bonnes années au cours desquelles des amitiés profondes se sont nouées, j’y fait mes premières armes en tant que comédien et me suis nourris du vent des tempêtes. Trois années pour quitter l’adolescence, entrecoupées de stages à l’étranger.

HambourgEté 2000, Hambourg, Allemagne. J’y passe plusieurs mois pour effectuer mon stage de deuxième année. Et je tombe à ce point amoureux de cette ville que quand je quitte l’école en 2001, je cherche un moment à aller y vivre. J’ai quelques difficultés à expliquer que mon attachement à Hambourg n’est lié en rien au fait que j’y ai vécu ma première relation sérieuse avec un autochtone qui s’appelait Stefan. Je n’associe rien aux personnes que j’aime ou que j’ai aimées. Les odeurs, les endroits, les atmosphères sont des choses que je distingue toujours des personnes. Mon histoire avec Stefan dura presque deux ans (relation à distance donc), nous avons complètement rompu les ponts et je garde pourtant Hambourg dans mon coeur sans pour autant éprouver de nostalgie. Je sais juste que dans cette ville je me sentais bien. Je m’y sentais moi. A ce jour, Hambourg demeure dans mon top 5 des villes où je voudrais vivre.

La HayePrintemps 2001, La Haye, Pays-Bas. Autant avant de partir pour Hambourg, j’avais fait un peu la gueule. Aller en Allemagne ne m’inspirait pas plus que ça. A l’arrivée, l’expérience fut formidable. Au contraire, quand il fut décidé que j’effectuerais mon stage de fin d’étude aux Pays-Bas, je sautais de joie… Pour me retrouver en enfer! De ces expériences, je garde profondément ancré en moi qu’il ne faut jamais écouter ses a prioris avant de se rendre quelque part. La Haye, ce fut l’horreur et plus globalement, les Pays-Bas car cela n’aurait rien changé si j’avais été à Amsterdam. Culturellement je n’ai pas du tout réussi à m’y faire, culinairement j’ai cru mourir - j’ai d’ailleurs perdu dix kilos là-bas, et je découvrais surtout un pays qui n’est en fait libéral que dans les textes. Je déteste faire des généralités alors je dirais que je n’ai pas eu la chance de tomber sur les bonnes personnes. Mais je continue de penser qu’elles doivent être très bien cachées au pays du gouda.

ParisAutomne 2001. Me voici de retour à Paris. J’ai 23 ans, mon diplôme en poche et une vie nouvelle qui s’ouvre à moi. Paris ne fut pas un choix délibéré. Mes années brestoises m’avaient lavé de mon parisianisme et j’étais ouvert pour aller poser mes valises n’importe où. Mais une proposition d’embauche plus tard et j’étais de retour dans la ville qui m’avait vu naître. Il ne lui fallut pas longtemps pour couler à nouveau dans mes veines et si je sais très bien que je pourrais vivre ailleurs, chaque jour qui passe me retient davantage à Paris. Cela fait sept ans qu’elle est mon présent. Je ne m’avancerais pas beaucoup en disant qu’elle sera aussi mon futur…

Oh, il y a aussi une autre ville mais celle-là, je la garde pour moi ;-)

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C’était hier, un début d’année 2008, je fêtais mes trente ans et perdais ma mère en l’espace d’un mois. Au moins je sais que je n’aurai pas de difficulté à compter les années passées à vivre sans Jo, le temps les égrainera , trente et UN, trente DEUX, trente TROIS, trente QUATRE, trente CINQ et ainsi de suite avec une régularité implacable. Moi qui n’aime pas m’embarrasser de souvenirs, je sais que là je ne pourrai pas y couper et que s’il m’arrive un jour d’oublier le 31 janvier 2008, c’est à mon anniversaire, le 4 janvier, que surgira dans ma mémoire, comme un coup de semonce perpétuel, l’insoutenable regard de ma mère agonisante. A mon tour maintenant de porter dans mon ventre celle qui m’enfanta. Et les années de séparation mesureront mon vieillissement comme pour les parents la croissance des enfants.

J’ai perdu la personne qui m’était la plus chère au monde et je me tiens encore debout. Il m’arrive d’éprouver de la tristesse mais aucun laisser-aller ne vient saper mes fondations. Les cendres de Jo sont un terreau où mon épicurisme s’enracine, elles sont la validation des mes orientations passées et tracent un chemin futur balisé de recommandations. Je me sens plus proche aujourd’hui de celui que j’étais quand j’avais dix-sept ans que du Colin de ces dix dernières années. Et c’est bien connu qu’à dix-sept ans, on n’est pas sérieux. La seule mais fondamentale différence est donc que je sais aujourd’hui de quoi je parle. Mes emportements, autrefois bâtis sur du vent, auront dorénavant de solides fondements. De mes vingt à trente ans, la vie se sera amusé à m’écorcher. D’égratignures en plaies béantes, de lamentations en vraies dépressions, j’aurais reçu je pense la dose nécessaire de souffrance. La mort de Jo ne m’est pas une blessure additionnelle. C’est juste ce qui pouvait m’arriver de pire dans l’existence, c’est la blessure qui efface toutes les autres et qui cicatrisera tatouage incandescent au revers de la peau. Avec Jo, c’est ma peur qui est morte et mes rêves, longtemps condamnés pour se plier à l’inconséquence ambiante, renaissent. Et tant pis si l’avoir en pâtit, j’ai dorénavant décidé d’être.

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D’excellente humeur ce week-end, je m’en vais guillerettement bruncher

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Quand vous me laissez seul, quand vous m’abandonnez pour poursuivre votre chemin, après les “au revoir” et les embrassades, quand nous repartons chacun de notre côté, mes frontières qui s’étaient étendues jusqu’à vous se rétractent. Je me réfugie en dedans et coupe les connexions avec le monde extérieur. J’avance au milieu des foules compactes sans même noter la présence des autres, armée d’ombres insignifiantes - et je deviens étranger. Je retourne en ma patrie, dans un univers plus vaste que le monde des hommes et je perds la vue, l’ouïe et la parole. Je suis équipé d’un radar qui m’assure d’un pilotage automatique sans faille qui me permet d’éviter les collisions ou les chutes. Mon corps n’est alors plus qu’un vaisseau qui me transporte.

Quand je me retrouve seul ainsi, quand vous ne forcez pas ma conscience à s’ouvrir à vous, au monde, au menu en dix pages du restaurant où nous avons décidé de dîner, à l’intrigue du film que nous sommes allés voir, à la discussion que nous avons eus sur Barack, Hillary ou Nicolas, quand je n’ai plus de raison de mettre le nez dehors, je me recroqueville à l’intérieur et je m’envole. Quand je suis ainsi, ne vous étonnez pas si je ne réagis pas dans le cas où nous nous retrouverions face à face. Mes yeux alors ne me servent plus qu’à définir des trajectoires, mes oreilles sont fermées à triple tour. Il faut me toucher. Le risque est alors de me voir pousser un cri, de me faire sursauter ou même frôler la crise cardiaque, mais il n’y a qu’ainsi que vous pouvez espérer rétablir le contact entre nous. Cela vous fera rire très certainement et je reposerai les pieds sur Terre pour vous.

Quand je suis seul, je vais très loin, je parcours des continents entiers, j’explore des océans sans fond et je découvre des planètes. Je ne sais pas comment dire ça autrement que par métaphores car je pense peu aux soucis de la vie quotidienne ou à mon existence de petit être mortel. Quand je suis seul je vais vraiment ailleurs, je me crée des mondes plus réels et moins triviaux. Ils sont une bulle d’oxygène pour moi, un moyen de ne pas me noyer dans le marasme ambiant, ils ont une importance bien plus grande que la réalité, ils sont aussi beaucoup plus réconfortants - mais moins que vous que j’aime à fréquenter et si je dois me faire violence parfois pour ne pas m’évader complètement, pour être avec vous, c’est que je sais que cela en vaut la peine. C’est que je sais que vous en valez la peine et qu’il est rassurant de savoir que vous pouvez me retenir.

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Ces derniers temps, je n’étais pas très motivé pour poster par ici - ou ailleurs. Pourtant j’ai pas mal écrit, j’ai fait quelques brouillons de choses que j’aimerais dire un jour. Mais pas envie finalement. Alors vous ne saurez pas aujourd’hui les liens qui m’unissent à Arthur Rimbaud. Ce n’est pas non plus tout de suite que que vous pourrez lire les motivations profondes qui m’ont fait ouvrir ce blog. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de les livrer un jour ces motivations. Enfin on verra. Repoussé à plus tard aussi l’article sur le désarroi que m’inspirent mes collègues, le choc que j’ai éprouvé en découvrant le théâtre de Sarah Kane, mon étrange et écrasante prédilection pour les proses féminines, la dure réalité de la vie sans Jo et l’article sur l’ennui et la non-envie de poster.

Mais tout est là, bits and pieces, ébauches plus ou moins bien avancées, de la matière pour l’avenir. Mais pas pour aujourd’hui.

En ce milieu de semaine, je suis dans un endroit honni. Les déplacements professionnels c’est sympathique quand ils sont synonymes de nouveauté mais quand ils ont la saveur d’un refrain tant de fois répété qu’il écorche les lèvres, à l’image de celui-ci, je me mets en stand by. C’est parfois dur d’expliquer aux autres que c’est du temps rempli de rien, de travail certes mais de rien avant tout, que pour eux la vie continue faite de sorties, de rencontres ou de soirées tranquilles à la maison. En déplacement dans un endroit que je connais par coeur, mes soirées sont des trous noirs qui s’ouvrent au plafond d’une chambre d’hôtel impersonnelle. Le temps mesure la distance qui me sépare de tout ce qui m’est cher, de tout ce qui remplit ma vie et sa lenteur aggrave le poids des absences. Avec l’expérience, j’ai appris à doser mes impatiences, à ne plus me lamenter des heures durant d’être aussi loin dans un lieu pourri entouré de gens pourris. Un peu de résignation teintée de fatalisme.

Pour quelqu’un qui ne voulaient pas écrire, j’ai quand même trouvé quelque chose à dire ce soir :-)
Peut-être bien parce que je reviens sur Paris demain…

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