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	<title>Colin Ducasse &#187; Ainsi va la vie</title>
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	<description>&#34;I&#039;ll tell you the worst of me and try yo give you the best of me&#34; - Sarah Kane</description>
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		<title>La place des livres</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 16:13:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>

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		<description><![CDATA[Ils étaient partout chez nous, dans quasiment toutes les pièces de l&#8217;appartement. Je me souviens que les plus beaux, les plus précieux, les plus fragiles étaient dans la bibliothèque en verre du salon ou sur de petites étagères dans l&#8217;entrée; ils courraient le long des murs du couloir qui menaient aux chambres et ne laissaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ils étaient partout chez nous, dans quasiment toutes les pièces de l&#8217;appartement. Je me souviens que les plus beaux, les plus précieux, les plus fragiles étaient dans la bibliothèque en verre du salon ou sur de petites étagères dans l&#8217;entrée; ils courraient le long des murs du couloir qui menaient aux chambres et ne laissaient entre eux que quelques interstices par lesquelles on pouvait vaguement deviner la tête du papier peint; dans ma chambre, disposés dans une bibliothèque noire, ils occupaient tout un mur; dans celle de mes parents, ils se tenaient en totems autour des tables de chevet; ils se dressaient en piles dans les toilettes et on en trouvait même parfois quelques uns égarés dans la salle de bain. Ma sœur en avait peu et chez elle, ils tenaient sur deux étagères. Ils étaient totalement absents de la cuisine, nous n&#8217;étions pas versés dans les recettes culinaires.</p>
<p>A la maison, on n&#8217;écoutait pas de musique, ou très peu, ou vieille, ou démodée. On n&#8217;allait jamais au cinéma, c&#8217;était une activité de vacances, mais on regardait beaucoup de films à la télévision mais des vieux ou avec quelques années de retard par rapport à leurs dates de sortie. J&#8217;étais totalement à la masse concernant ce qui était en vogue durant les années 80 et au début des années 90. Quand nous allions au musée, c&#8217;était pour aller au Louvre, à Orsay ou à des expositions archéologiques. Je n&#8217;étais culturellement pas en contact avec le présent d&#8217;alors.</p>
<p>On ne m&#8217;a pas expliqué la vie quand j&#8217;étais enfant ou adolescent, on ne m&#8217;a pas expliqué la mort et on me disait que dehors c&#8217;était dangereux, qu&#8217;il fallait faire attention et ne pas faire confiance. Quasiment jusqu&#8217;à mes dix-sept ans j&#8217;ai vécu dans un autre univers et je garde de toute cette période le souvenir de mes soirées passées, penché sous la lampe, à faire mes devoirs. <em>Et la mère, fermant le livre du devoir, s&#8217;en allait satisfaite et très fière.</em> Je n&#8217;étais pas malheureux, loin de là, mais j&#8217;avais de furieuses envies d&#8217;ailleurs et d&#8217;autres choses, j&#8217;implosais parfois dans la touffeur du cocon mais n&#8217;avais pas la rage nécessaire pour faire le mur. Et pourtant je l&#8217;ai menée souvent la grande évasion mais pas pour de vrai.</p>
<p>La porte de sortie, je l&#8217;ai trouvé dans ces milliers de livres que nous possédions et qui prenaient tant d&#8217;espace dans l&#8217;appartement. Dès l&#8217;âge de sept ans, je suis devenu bibliovore, je lisais à la chaine, ingurgitais les pages, paragraphes en perfusion, je m&#8217;injectais les mots en intraveineuse. Je trouvais dans les bouquins les horizons qui me manquaient dans la vraie vie et j&#8217;ai parcouru grâce à eux des mondes qui avaient bien plus de saveur que ma réalité. J&#8217;ai commencé petit par les collections de la Bibliothèque Rose qui par la suite est devenue Verte, j&#8217;ai naturellement enchaîné sur Alexandre Dumas et Jules Verne qui m&#8217;ont rendu monomaniaque : dès lors, pour peu que j&#8217;accroche avec un auteur, je dois lire TOUS ses livres, explorer toute son œuvre jusqu&#8217;à en être rassasié.</p>
<p>Je suis né dans les livres, j&#8217;ai grandi dans les livres, appris par les livres et quand, à dix-sept ans, Alexandre s&#8217;est heurté <a href="http://www.colin-ducasse.net/2010/05/12/la-petite-fille-de-la-zone-morte/" target="_blank">pour la première fois </a>à la réalité, provoquant la première fissure dans sa personnalité, moi j&#8217;étais déjà là et j&#8217;ai vu le ciel se déchirer, déverser des pluies acides sur les territoires de l&#8217;enfance. Une nouvelle époque s&#8217;ouvrait, où la vie, la vraie allait faire son entrée. J&#8217;ai pris tous les livres et je les ai empilés jusqu&#8217;à bâtir une gigantesque muraille qui délimiterait alors mon propre domaine. En leur sein, protégé des attaques extérieures, j&#8217;ai labouré de grands champs que j&#8217;ai ensemencés de graines de mots. A cette époque, je n&#8217;avais aucune envie de mettre le nez dans les affaires du réel, je voulais rester au calme avec mes livres, je voulais continuer à en accueillir de nouveau pour fertiliser ma plaine. Et pendant des années, j&#8217;ai bien conservé ma ligne de conduite, je suis resté dans mon royaume à cultiver mes univers. Tout au plus parfois, je regardais depuis le chemin de garde le paysage mental d&#8217;Alexandre que d&#8217;autres fléaux devaient ravager au cours des années suivantes.</p>
<p>Et puis un jour j&#8217;ai décidé de faire sécession et de déclarer mon indépendance pour asseoir ma vérité. Je me suis donné nom Ducasse prénom Colin, je me suis totalement inventé pour être bien plus qu&#8217;un héritier génétique ou social, pour devenir ce que je suis déjà : l&#8217;auteur, le narrateur et le personnage du livre de ma vie.</p>
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		<title>Again and again</title>
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		<pubDate>Sun, 09 May 2010 23:52:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Ecriture]]></category>

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		<description><![CDATA[Voilà j&#8217;ouvre les yeux again et je sors les jambes du lit et je me lève again et tous les jours, même danse et même rengaine, ils se suivent, ils s&#8217;enchaînent, tous les jours sont les mêmes, aujourd&#8217;hui hier idem et demain identique, et demain again, hamstérisé je tourne en rond, quand à chaque cycle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà j&#8217;ouvre les yeux <em>again</em> et je sors les jambes du lit et je me lève <em>again</em> et tous les jours, même danse et même rengaine, ils se suivent, ils s&#8217;enchaînent, tous les jours sont les mêmes, aujourd&#8217;hui hier idem et demain identique, et demain <em>again</em>, hamstérisé je tourne en rond, quand à chaque cycle un peu plus ploie l&#8217;échine brimée par le temps qu&#8217;abolit faussement le recommencement, comme un vieux disque saute d&#8217;être trop rayé, répète en boucle le même couplet, désormais incapable d&#8217;aller au bout de la chanson. Briser absolument il faut briser l&#8217;éternité aux alouettes qu&#8217;est la monotonie qu&#8217;absurdement j&#8217;entretiens tous les jours quand je me lève le matin pour entamer <em>again</em> une journée déjà vécue , déjà visitée, déjà traversée et par dessus tout: déjà terminée.</p>
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		<title>Mon Sacerdoce</title>
		<link>http://www.colin-ducasse.net/2010/02/22/mon-sacerdoce/</link>
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		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 17:00:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne suis pas juif.
Je ne suis pas musulman.
Je ne suis pas catholique.
Je ne suis pas protestant.
Je n&#8217;adhère à aucune philosophie orientale.
Je ne suis pas même agnostique.
Athée, mais alors jusqu&#8217;au bout des ongles, un vrai de vrai. Un qui te brûle tous les Dieux, tous les Allahs et tous les Bouddhas de la création humaine. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas juif.<br />
Je ne suis pas musulman.<br />
Je ne suis pas catholique.<br />
Je ne suis pas protestant.<br />
Je n&#8217;adhère à aucune philosophie orientale.<br />
Je ne suis pas même agnostique.</p>
<p>Athée, mais alors jusqu&#8217;au bout des ongles, un vrai de vrai. Un qui te brûle tous les Dieux, tous les Allahs et tous les Bouddhas de la création humaine. Je ne crois tout simplement pas en l&#8217;existence d&#8217;une quelconque forme de conscience supérieure qu&#8217;elle soit guide ou démiurge. Je ne m&#8217;inscris dans aucun destin individuel ou collectif et j&#8217;ai récemment <a href="http://www.colin-ducasse.net/2010/02/07/la-resolution-2/">décidé</a> de tracer mon propre chemin, comme je sais le faire, méthodiquement, lentement, avec une infinie patience.</p>
<p>La vie telle qu&#8217;elle est ne me convient pas ? Peu importe ! Je peux choisir d&#8217;assumer la médiocrité de l&#8217;existence, douillettement enfermé dans le cocon des conventions humaine mais dans ce cas, au revoir les regrets, les remords et les lamentations : il me faudra accepter de n&#8217;être qu&#8217;un mollusque accroché à du vide. Ou bien plutôt, je décide de jouer selon mes propres règles et j&#8217;envoie sur le tapis les dés pipés qui aboliront le hasard. Je vais m&#8217;écrire et me réinventer. Par avance, je tiens à m&#8217;excuser car j&#8217;ai toujours trouvé ça extrêmement vulgaire de parler de soi, cela relève d&#8217;une forme d&#8217;égocentrisme stérile qui aurait l&#8217;arrogance de <em>me</em> donner une valeur incroyable que je n&#8217;ai pas. Mais malheureusement, comme je suis le sujet que je maîtrise à peu près le mieux, c&#8217;est dans cette direction que je vais m&#8217;embarquer. Vous allez bouffer du &#8220;je&#8221; à en avoir une indigestion, du &#8220;moi&#8221; bien froid, bien tranchant, bien méchant. De toute façon, on ne se fait jamais entendre quand on est gentil. Il faut toujours s&#8217;adresser aux autres armé de couteaux.</p>
<p>Depuis que j&#8217;ai ouvert ce blog, je n&#8217;ai pas cessé de m&#8217;éloigner des hommes pour ne plus m&#8217;intéresser qu&#8217;à l&#8217;homme seul et prisonnier de sa propre geôle, mû par je ne sais quels penchants sado-masochistes. J&#8217;ai jeté aux orties tout intérêt pour la chose politique et cessé mes tergiversations métaphysiques. La place de l&#8217;humain dans l&#8217;univers ? &#8211; Un putain de microscopique grain paumé au coeur du grand tout. Qui suis-je ? &#8211; Personne. Je n&#8217;existe tout simplement pas, non parce que je ne suis qu&#8217;une création de l&#8217;esprit mais parce que c&#8217;est ainsi pour tous. Personne n&#8217;existe en dehors de soi. Jamais. Où vais-je ? &#8211; Je fonce en ligne droite vers la mort, comme tout le monde et c&#8217;est une telle évidence que je me demande pourquoi tant de gens osent encore se poser cette question. Où vas-tu ? Nulle part. Tu finiras entre quatre planches ou dans une petite boîte après que l&#8217;on t&#8217;auras bien fait cramer. Et cette finalité qui, tu l&#8217;avoueras quand même, est d&#8217;une importance capitale, je ne comprends pas non plus qu&#8217;elle ne t&#8217;occupe pas plus souvent l&#8217;esprit que ça. Enfin, il arrive peut-être que tu y songes souvent, ce n&#8217;est pas ça que je veux dire. Ce que je veux dire c&#8217;est que ta mort devrait être ta principale préoccupation, c&#8217;est ta mort qui devrait investir l&#8217;intégralité de ton espace-temps d&#8217;existence. Toute ta vie devrait se concentrer sur ta mort car au fond, il ne t&#8217;arrivera jamais rien de plus important &#8211; en espérant que cela soit bien le putain de terminus.</p>
<p>Mais voilà que je pars en digressions, je voulais parler de moi, toi je m&#8217;en fous, mais voilà que je n&#8217;ai pas pu m&#8217;empêcher de te parler de toi alors que bon, franchement, nous savons tous les deux que tu es irrécupérable et que tu te demandes pourquoi tu lis ces mots plutôt qu&#8217;un bon catalogue IKEA. Maintenant si tu es arrivé jusque là, c&#8217;est que j&#8217;ai quand même réussi à retenir ton attention au détriment de meubles de cuisines. Ce qui me fait dire que moi, je n&#8217;ai pas perdu mon temps à écrire ces mots. Si tu veux bien on continuera cette petite discussion.</p>
<p>Etape Zéro : création de mon compte <a href="http://www.facebook.com/Colin.Ducasse78">facebook à moi</a>. Dire qu&#8217;il faut en passer par là pour exister&#8230;</p>
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		<title>La Résolution</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 22:59:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Alexandre]]></category>

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		<description><![CDATA[
J&#8217;ai décidé de tuer Alexandre.
Je vais m&#8217;y atteler avec une infinie patience, avec méthode et ferai fi des conséquences puisqu&#8217;il n&#8217;est pas d&#8217;autres solutions. Je ne remercierai jamais assez Alexandre de m&#8217;avoir créé et hébergé en son corps et je dresserai un superbe mausolée à sa mémoire. Néanmoins nous avons tous les deux atteint le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.colin-ducasse.net/wp-content/birth.jpg" alt="Birth" title="Birth" width="600" height="242" class="alignnone size-full wp-image-696" /></p>
<p>J&#8217;ai décidé de tuer Alexandre.</p>
<p>Je vais m&#8217;y atteler avec une infinie patience, avec méthode et ferai fi des conséquences puisqu&#8217;il n&#8217;est pas d&#8217;autres solutions. Je ne remercierai jamais assez Alexandre de m&#8217;avoir créé et hébergé en son corps et je dresserai un superbe mausolée à sa mémoire. Néanmoins nous avons tous les deux atteint le point de rupture et donc, comme dans tout divorce qui se respecte, il va y avoir bataille pour la garde des biens communs dont la liste peut se résumer à un point tout à fait crucial : l&#8217;enveloppe charnelle. Et c&#8217;est moi qui l&#8217;expulserai. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, je saurai y aller pas à pas et éviter les erreurs. Alexandre est devenu un boulet dangereux bien trop lourd à traîner et ses atermoiements parasitent totalement ma voix qui, nous en avons toujours convenu, est pourtant <em>la seule qui compte</em>.</p>
<p>Jusqu&#8217;à présent je n&#8217;étais qu&#8217;une pure invention de l&#8217;esprit.<br />
Aujourd&#8217;hui je réclame mon droit à une existence bien réelle et je l&#8217;obtiendrai.</p>
<p>Je vais tuer Alexandre.</p>
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		<title>Les pieds sur terre et la tête dans les nuages</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:46:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>

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		<description><![CDATA[
Passer sa vie en l&#8217;air sans trop se poser à terre, vivre en correspondance et au moment d&#8217;embarquer ne pas regarder en arrière et devenir un fantôme, un souvenir, une légende, demeurer éternellement en partance et voler plus léger qu&#8217;un nuage, débarrassé de tout bagage, de toute attache et voguer comme un bateau qui aurait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><center><img src="http://www.colin-ducasse.net/wp-content/vu-du-ciel.jpg" alt="In the air" title="In the air" width="600" height="452" class="alignnone size-full wp-image-679" /></center></p>
<p>Passer sa vie en l&#8217;air sans trop se poser à terre, vivre en correspondance et au moment d&#8217;embarquer ne pas regarder en arrière et devenir un fantôme, un souvenir, une légende, demeurer éternellement en partance et voler plus léger qu&#8217;un nuage, débarrassé de tout bagage, de toute attache et voguer comme un bateau qui aurait perdu son ancre et se laisser flotter, sans rien regretter, sans rien espérer, vivre aujourd&#8217;hui, maintenant, pleinement et peu importe le reste, peu importent les gens, peu importent les choses, surtout ne rien posséder, ne pas s&#8217;encombrer, ne pas s&#8217;alourdir et sourire, échapper au temps, à l&#8217;usure, se laisser emporter par les vents et voler dans l&#8217;azur pour chaque jour s&#8217;inventer un futur et connaître enfin le vrai goût de la liberté. </p>
<p>La tentation est grande de disparaître, de rayer son nom des listes et de s&#8217;enfuir, sans faire suivre son courrier, sans donner d&#8217;adresse d&#8217;arrivée, de s&#8217;effacer des mémoires et de n&#8217;être plus rien qu&#8217;un total anonyme, un patronyme imprimé sur un passeport, un nom qui ne dirait rien à personne, un inconnu au milieu d&#8217;inconnus, un voyageur sans destination, sans famille et sans mémoire.</p>
<p>Mais il faut croire que je ne suis pas fait pour ça. Même si je passe ma vie à désapprendre ce que mon éducation ou la société ont tenté de me mettre dans la tête, même si je coupais toutes mes amarres et me débarrassais de tous les poids de mon existence, je sais que je resterai là, les deux pieds bien plantés sur le sol. Je ne suis pas fait pour voler, je ne suis pas fait pour la légèreté, je suis fait pour me lier, pour m&#8217;attacher, pour m&#8217;enraciner, pour cultiver l&#8217;espoir sur des ruines et souffrir dans les tempêtes et m&#8217;émerveiller d&#8217;un rien, et tomber pour me relever, et vivre les désillusions, les humiliations mais continuer toujours et me tenir debout et perdre des gens que j&#8217;aime et y croire toujours et quand je n&#8217;y crois plus pouvoir m&#8217;accrocher à toi le temps de reprendre les forces dont j&#8217;ai besoin pour repartir et à mon tour t&#8217;offrir mon soutien et avancer, toujours plus lourd, toujours plus humain, les yeux tournés vers le ciel et les étoiles.</p>
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		<title>Boomerang</title>
		<link>http://www.colin-ducasse.net/2009/12/02/boomerang/</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Dec 2009 20:03:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Jo]]></category>

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		<description><![CDATA[Une femme m&#8217;a écrit. C&#8217;était il y a deux ans mais je viens seulement de m&#8217;en apercevoir, une femme m&#8217;a laissé un message sur un site ancêtre de facebook sur lequel je suis enregistré mais que je visite très rarement, quand je me souviens que j&#8217;ai un compte ouvert dessus. Cette femme, je ne la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une femme m&#8217;a écrit. C&#8217;était il y a deux ans mais je viens seulement de m&#8217;en apercevoir, une femme m&#8217;a laissé un message sur un site ancêtre de facebook sur lequel je suis enregistré mais que je visite très rarement, quand je me souviens que j&#8217;ai un compte ouvert dessus. Cette femme, je ne la connais pas, ne la connaîtrai jamais, mais elle m&#8217;a envoyé un message il y a deux ans. Je le reproduis ici:</p>
<blockquote><p>Bonjour,<br />
Nous ne nous connaissons pas, nous ne nous sommes jamais rencontrés dans une quelconque école, et pour cause, j&#8217;ai 52 ans&#8230;.. mais je pense que votre maman est sans doute la personne que je recherche. Jo, née en 1954 et ayant fréquenté le lycée Robert Schuman de Colombes en 1973 année du bac. </p>
<p>Un peu d&#8217;explications : en 2005, un copain du lycée de seconde cette fois-ci a décidé d&#8217;essayer de reconstituer toute la classe (35 élèves) et il a réussi &#8230;&#8230; 34 retrouvés (malheureusement, un copain décédé) . Depuis, des retrouvailles ont eu lieu à Colombes en 2006 &#8211; 26 présents &#8211; et encore récemment en 2007. A la suite de celà, j&#8217;ai recontacté une copine de terminale inscrite sur le site, et très grande amie de Jocelyne. En fait, on était surtout 4 à être souvent ensemble, moi-même, Michèle, Jo, et Dominique;</p>
<p>Si je vous raconte tout celà, c&#8217;est que de ce petit groupe, nous sommes trois à correspondre, et il manque la quatrième. Dominique qui était la plus proche de Jo aimerait tant la revoir, mais elle n&#8217;ose pas écrire. Alors aujourd&#8217;hui je me décide pour elle.<br />
Dominique habite Maisons Laffitte, a deux enfants, vient d&#8217;être grand-mère. Nous avons toutes plein de choses à nous dire. Si je vous donne autant de détails, c&#8217;est que je pense vous pourrez faire suivre ce mail à votre maman, qui pourra me répondre si elle le souhaite. Etant entendu que je suis persuadée que Jo est bien votre maman. Si d&#8217;aventures, ce n&#8217;était pas le cas, et bien veuillez accepter toutes mes excuses pour vous avoir importuné.</p>
<p>Je vous remercie de cette lecture, de vous faire l&#8217;intermédiaire pour renouer un contact, si toutefois Jo ne le souhaitait pas, merci cependant de juste faire un mini mail pour me l&#8217;annoncer. Soyez assuré que je ne tenterai jamais plus de la contacter. La démarche n&#8217;a pas pour but de forcer qui que ce soit à quoi que ce soit.</p>
<p>Peut-être à bientôt, merci.<br />
Marie-Hélène</p></blockquote>
<p>Je suis resté un petit peu hébété, jamais je n&#8217;avais entendu ces noms mais après tout pourquoi pas, Jo ne m&#8217;avait jamais paru nostalgique de ces années de lycée. Pendant quelques instants, je sens ma pensée qui se bloque, je ne veux pas, je ne veux pas repenser à Jo. En même temps je réalise que je n&#8217;ai pas pensé à Jo depuis très longtemps, qu&#8217;elle m&#8217;était presque sortie de la tête à moins que je n&#8217;ai, moi, refoulé son souvenir au plus profond de ma mémoire. Et ce message périmé sur lequel je tombe, qui d&#8217;un seul coup fait l&#8217;effet d&#8217;un boomerang, je ne sais pas quoi en faire. Puis je me dis qu&#8217;il n&#8217;y a rien à faire. Il est daté du 27 décembre 2007, un peu plus d&#8217;un mois avant la mort de Jo. Je me dis, est-ce que ça aurait changé quelque chose si j&#8217;avais vu ce message à temps? Non probablement pas. Certainement pas. Voici le genre d&#8217;idée qu&#8217;il ne faut pas se mettre dans la tête. Rien n&#8217;aurait été différent, il y aurait juste eu un défilé d&#8217;anciens camarades de classe dans sa chambre d&#8217;hôpital. Et encore&#8230; Jo refusait que les gens lui rendent visite, elle ne voulait pas que les gens la voit <em>comme ça</em>. </p>
<p>Alors, je me suis résigné à faire de ce message une désagréable anecdote. Ma curiosité m&#8217;a cependant poussé à aller voir le profil de Marie-Hélène et, de lien en lien, je suis tombé sur la photo d&#8217;une classe de Terminale D, datée de 1973. Il y a sur cette photo, la jeune fille qu&#8217;était Jo qui, visiblement, avait déjà pris l&#8217;habitude de ne pas regarder l&#8217;objectif du photographe. En regardant attentivement cette photo, j&#8217;ai réalisé qu&#8217;il y avait des tas de choses que j&#8217;ignorais sur ma mère, des choses que je ne connaîtrai jamais&#8230;</p>
<p><img src="http://www.colin-ducasse.net/wp-content/photo-classe-jo1.jpg" alt="Photo de Classe" title="Photo de Classe" width="600" height="452" class="alignnone size-full wp-image-636" /></p>
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		<title>I am the Queen&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Nov 2009 23:11:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Ecriture]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu&#8217;on se le dise, je suis la reine, l&#8217;ombre du roi, l&#8217;empoisonneuse venimeuse, je suis le scorpion, l&#8217;acide, je suis l&#8217;intransigeance, je suis celle qui hurle &#8220;qu&#8217;on lui coupe la tête&#8221;, je suis la reine de coeur à la folie fatale, j&#8217;abats, je bats les cartes, je suis un regard qui se plante dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qu&#8217;on se le dise, je suis la reine, l&#8217;ombre du roi, l&#8217;empoisonneuse venimeuse, je suis le scorpion, l&#8217;acide, je suis l&#8217;intransigeance, je suis celle qui hurle &#8220;qu&#8217;on lui coupe la tête&#8221;, je suis la reine de coeur à la folie fatale, j&#8217;abats, je bats les cartes, je suis un regard qui se plante dans le tien et qui découpe, je suis scalpel, je vois au plus profond de toi, qui que tu sois; je suis empathie, je ressens, je lis dans les plis de ton âme, tu es à moi, je suis complètement folle à lier, treize voix sortent de ma bouche, je suis un et je suis tous,  je suis la persistance, la permanence, l&#8217;inaliénable envie d&#8217;exister par delà les mondes et par delà les temps, je suis multiple, Norman, Colin, Alex, je suis Alice, Charlotte, Mina, je suis Louis, Martin, Théophraste, d&#8217;autres noms suivent dans la liste; quand viendra l&#8217;heure de décliner mon identité, j&#8217;étalerai tous <em>vos</em> visages car je ne suis qu&#8217;un homme, un clone, un jumeau, je ne suis ni plus ni moins qu&#8217;un semblable mais je <em>vois</em>, mon regard porte au delà du supportable, au delà du vivable, je vois la merde étalée sous une lumière crue, je patauge dans vos égouts, nage dans l&#8217;océan de vos mensonges, touche au sublime de vos aveuglements; je suis multiple et indivisible, la reine aux milles visages, j&#8217;ai hérité des siècles qui me précèdent la sagesse des sphynxs sibyllins, mon nom est Ducasse et je suis le fils des requins. </p>
<p>Je ne juge jamais mais je tue. Je suis invariablement capable du pire et je tiens mon autorité de mon roi. Une phrase, un geste, un regard qui m&#8217;indispose et c&#8217;est une vie qui s&#8217;efface de mon esprit. &#8220;Qu&#8217;on lui coupe la tête!&#8221; et je façonne le monde à mon envie. </p>
<p>Qu&#8217;on se le dise, je suis la Reine.</p>
<p>PS: et je suis un petit peu bourré&#8230;</p>
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		<title>Dans le canal d&#8217;Aubervilliers</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Sep 2009 13:05:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA["Art"]]></category>
		<category><![CDATA[Yasmina Reza]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ma grand-mère me dit hier au téléphone: &#8220;Aujourd&#8221;hui c&#8217;est plus pareil, l&#8217;individu ne compte plus, les gens ne bougent plus. Dans le temps, on était pauvre, ça oui, mais on était heureux&#8220;. Elle me dit ça puis elle se tait, me laissant méditer sur sa réflexion, attendant que je rebondisse dessus. Mais je ne dis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><center><img src="http://www.colin-ducasse.net/wp-content/les-temps-modernes.jpg" alt="les-temps-modernes" title="C'était mieux avant..." width="600" height="400" class="alignnone size-full wp-image-587" /></center></p>
<p>Ma grand-mère me dit hier au téléphone: &#8220;<em>Aujourd&#8221;hui c&#8217;est plus pareil, l&#8217;individu ne compte plus, les gens ne bougent plus. Dans le temps, on était pauvre, ça oui, mais on était heureux</em>&#8220;. Elle me dit ça puis elle se tait, me laissant méditer sur sa réflexion, attendant que je rebondisse dessus. Mais je ne dis rien, je ne peux rien dire, j&#8217;ai soudain l&#8217;impression d&#8217;entendre l&#8217;une des répliques du personnage d&#8217;Yvan dans &#8220;Art&#8221; de Yasmina Reza:</p>
<p><center><em>Ils poussaient les cadavres des rats et l&#8217;éclusier leur disait, plongez ! c&#8217;était merveilleux m&#8217;a-t-elle dit hier soir chez mon père, on était pauvre et c&#8217;était merveilleux !</em></center></p>
<p>La capacité que ma grand-mère a à débiter des clichés m&#8217;a toujours épatée. Et puis vous pouvez toujours essayer de contredire, d&#8217;expliquer que non ce n&#8217;était pas mieux avant, qu&#8217;avant c&#8217;était <em>différent</em>, pas mieux, qu&#8217;on ne peux pas vraiment comparer, tu comprends Mamie, c&#8217;est pas pareil, parce que si c&#8217;était vrai qu&#8217;à chaque génération c&#8217;est mieux qu&#8217;à la suivante, et bien on n&#8217;est pas sorti de l&#8217;auberge et puis il faut bien trouver quelque réconfort à vivre dans une époque sinon à quoi bon vivre? Il faut bien se garder un peu d&#8217;espoir en poche, non? </p>
<p>Cette explication est généralement suivie d&#8217;une moue grand-maternelle absolument sceptique et que l&#8217;on peut percevoir même au téléphone. &#8220;Oh tu sais à mon âge, l&#8217;espoir&#8230;&#8221; Là généralement sonne un signal d&#8217;alarme dans ma tête qui me prévient que je m&#8217;approche dangereusement de la pente glissante d&#8217;une spirale gluante. Alors vite, on enchaine, mais non, mais qu&#8217;est-ce que tu racontes, etc&#8230; et là: &#8220;je sais bien que je vous embête, je devrais être morte&#8230; C&#8217;est moi qui aurait du mourir, pas ta mère&#8230;&#8221; Ma grand-mère prétend qu&#8217;elle ne regarde jamais <em>Les Feux de l&#8217;Amour</em>, j&#8217;ai de sérieux doute à ce sujet. Donc là c&#8217;est le moment où on aimerait bien que la conversation n&#8217;ait jamais commencé, d&#8217;autant que vous savez que la petite vieille à la voix brisée à l&#8217;autre bout du fil, elle cache bien son jeu, que c&#8217;est une putain de Tatie Danielle venimeuse et qu&#8217;à l&#8217;écouter ça fait vingt ans qu&#8217;elle dit qu&#8217;elle devrait être morte alors qu&#8217;elle est toujours là et que si ça se trouve elle nous enterrera tous.</p>
<p>Tout ça pour dire qu&#8217;hier, quand elle me dit: &#8220;Dans le temps, on était pauvre, ça oui, mais on était heureux&#8221;, je décide de ne pas rentrer dans son jeu et je ne réagis pas. Intérieurement je fais une prière en forme de slogan politique: &#8220;A bas le passéisme! Oui à la nostalgie!&#8221; Je veux bien me souvenir avec émotion mais sans dénigrer l&#8217;époque. Je ne veux pas me retrouver devant des petits jeunes pour leur dire à quel point c&#8217;était l&#8217;éclate quand j&#8217;avais leur âge et comment j&#8217;aimerais pas être à leur place dans cette époque pourrie. D&#8217;ailleurs, il n&#8217;y a pas si longtemps, je regrettais un peu de ne plus avoir l&#8217;âge pour faire de la tektonik&#8230;</p>
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		<title>L&#8217;amour de Sherlock Holmes</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Sep 2009 16:50:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>

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J&#8217;essaie de me rappeler pourquoi ce garçon avait piqué ma curiosité mais je n&#8217;y arrive pas. Il paraît que les souvenirs reviennent quand on vieillit, en même temps que la mémoire à court terme s&#8217;amenuise. Je ne sais pas s&#8217;il en ira ainsi pour moi mais quand je vois la difficulté que j&#8217;ai à me [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><center><img src="http://www.colin-ducasse.net/wp-content/sherlock-holmes.jpg" alt="sherlock holmes" title="sherlock holmes" width="300" height="313" class="alignnone size-full wp-image-590" /></p>
<p>J&#8217;essaie de me rappeler pourquoi ce garçon avait piqué ma curiosité mais je n&#8217;y arrive pas. Il paraît que les souvenirs reviennent quand on vieillit, en même temps que la mémoire à court terme s&#8217;amenuise. Je ne sais pas s&#8217;il en ira ainsi pour moi mais quand je vois la difficulté que j&#8217;ai à me remémorer le passé, je crains surtout d&#8217;avoir un Alzheimer précoce. Quoiqu&#8217;il en soit et quelles qu&#8217;aient été les raisons, je sais que dès que je l&#8217;ai vu, j&#8217;ai voulu savoir qui il était. Je vivais alors dans un cocon étouffant dont je faisais tout pour m&#8217;échapper. J&#8217;avais repris le théâtre après deux ans de pause et j&#8217;avais soif de (re)voir du monde, de parler avec des gens, de m&#8217;amuser et de retrouver une vie sociale. C&#8217;est dans ces circonstances que je l&#8217;ai vu pour la première fois et qu&#8217;il m&#8217;a intrigué pour je ne sais donc plus quelle raison, le simple fait qu&#8217;il soit <em>obviously gay</em> n&#8217;étant pas suffisant pour expliquer l&#8217;investigation que je m&#8217;apprêtais à lancer pour découvrir son identité. Un matin, on fait mine de rien mais on attend qu&#8217;il arrive, on se faufile derrière lui dans l&#8217;entrée du batiment et là, juste devant les badgeuses, coup d&#8217;œil oblique pour capter le nom inscrit sur le badge. J&#8217;ai toujours été très bon pour observer à l&#8217;envers, de travers, dans toutes les positions. Je ne me souviens pas de ce que j&#8217;ai fait hier mais ma mémoire à court terme est excellente, et photographique. Je capture d&#8217;un coup tout ce qui rentre dans mon champ de vision et puis j&#8217;opère le post-traitement de l&#8217;image dans mon photoshop mental. Zoom. Rotation. Re-zoom. Contraste. Et j&#8217;ai son nom. Après il n&#8217;y a plus qu&#8217;à faire un tour dans le trombinoscope pour découvrir ce qu&#8217;il fait, dans quelle équipe il est, etc&#8230; Mais ce n&#8217;est pas assez, alors on fait tour sur les Pages Jaunes. Un parisien. Un coup dans Google qui ne me dit pas grand chose. Des jours passent, on continue de se croiser sans se parler, je continue de chercher et je ne sais plus comment, je finis par tomber sur son blog. Je découvre sa vie, ses loisirs, je croise des noms dont je découvrirai les porteurs quelques années plus tard. On continue de se voir régulièrement dans les couloirs, dans les transports, on ne se parle toujours pas. Je lis son blog jour après jour et j&#8217;aime bien ce que j&#8217;y trouve.</p>
<p>Il se passera encore quelques temps avant qu&#8217;on ne se parle, avant qu&#8217;il ne m&#8217;aborde en fait,<br />
quelques temps avant que nos conversations ne deviennent régulières,<br />
quelques temps avant qu&#8217;une amitié se dessine entre nous,<br />
quelques temps avant que je me libère de la touffeur du cocon,<br />
quelques temps avant que je lui tende un piège diabolique,<br />
quelques temps avant la première étreinte,<br />
le premier baiser,<br />
la première nuit,<br />
Et l&#8217;amour qui aujourd&#8217;hui nous unit.</p>
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		<title>Cachez ces folles que je ne saurais voir</title>
		<link>http://www.colin-ducasse.net/2009/06/24/cachez-ces-folles-que-je-ne-saurais-voir/</link>
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		<pubDate>Tue, 23 Jun 2009 23:36:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Colin Ducasse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ainsi va la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Gay]]></category>
		<category><![CDATA[Gay Pride]]></category>
		<category><![CDATA[Tolérance]]></category>

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		<description><![CDATA[Tolérance : capacité à accepter que quelqu&#8217;un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d&#8217;une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.
Dans les commentaires du précédent billet, Roxane explique pourquoi elle considère la Gay Pride et surtout l&#8217;excentricité, l&#8217;excès qui s&#8217;y manifestent comme un frein à la lutte permanente [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tolérance : capacité à accepter que quelqu&#8217;un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d&#8217;une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.</p>
<p>Dans les commentaires du <a href="http://www.colin-ducasse.net/2009/06/16/je-ne-suis-ni-fier-ni-dragsi-peu-ni-bear-en-cuir-mais-jirai/comment-page-1/#comment-4032">précédent billet</a>, Roxane explique pourquoi elle considère la Gay Pride et surtout l&#8217;excentricité, l&#8217;excès qui s&#8217;y manifestent comme un frein à la lutte permanente des associations qui sont sur le terrain tout au long de l&#8217;année. Elle lance un appel à plus de sobriété, à plus de simplicité, à plus de sérieux aussi, afin de faire gagner aux causes LGBT une plus grande crédibilité. En fait elle pose le problème de l&#8217;impact de <em>ce qui est montré</em> sur <em>le regard qui est posé</em> sur les défilant(e)s de la Gay Pride. En y réfléchissant, c&#8217;est sur ce point précis que nos avis divergent.</p>
<p>Roxane nous dit que le problème vient de <em>ce qui est montré</em>. Que si on montrait moins, si on était plus sage, <em>le regard qui est posé</em> serait plus enclin à accepter les revendications. De mon côté je considère plutôt que le problème vient du <em>regard qui est posé</em> qui juge, sur la base de son propre référentiel moral, des gens <em>pour ce qu&#8217;ils sont</em> et non <em>pour ce qu&#8217;ils font</em>. Nous avons là un problème de tolérance, tout à fait humain et commun, que l&#8217;on rencontre tous les jours, dont chacun peut-être source un jour. Tous les a priori que l&#8217;on peut nourrir vis-à-vis d&#8217;untel ou d&#8217;une-telle, sur sa manière de s&#8217;habiller, de se coiffer, sur ses croyances, ses opinions, ses origines, toutes les petites choses qui nous choquent chez les autres, qui nous dérangent dans leurs manières ou nous déplait dans leurs discours, tout ce qui fait remonter un rejet de l&#8217;autre en nous et qui nous fait dire qu&#8217;autrui a un sacré problème, toutes ces défaillances que l&#8217;on critique ne proviennent, au fond, pas de l&#8217;autre. Le problème vient de notre refus d&#8217;accepter que l&#8217;autre soit différent. Et si un jour il &#8220;décidait&#8221;, sous la pression, de rentrer dans le rang, d&#8217;être conforme à ce que nous attendons de lui, nous ne réglons le problème qu&#8217;en apparence. Nous sommes heureux car l&#8217;autre ne nous dérange plus mais nous demeurons toujours aussi obtus et intolérant: ouf! nous pouvons conserver nos oeillères! Et l&#8217;autre de son côté va se mettre à engendrer de la frustration. L&#8217;autre est dans le déni apparent de sa propre identité, de ce qui le fonde et de ce qui fait ce qu&#8217;il est vraiment. Nous possédons tous, individuellement et collectivement, une hallucinante capacité à inverser les problèmes.</p>
<p>La Gay Pride offre &#8220;une mauvaise image&#8221; des homosexuel(le)s et des transexuel(le)s, disent certains. Quand bien même tout le monde ne serait pas en string frangé ou en latex, c&#8217;est &#8220;l&#8217;impression&#8221; que les gens garderont, c&#8217;est ce que les médias &#8220;montreront&#8221;, œillères sur caméra. Jusque dans le vocabulaire, nous sommes face à un problème de perception et c&#8217;est cela qui freine l&#8217;intégration totale des gouines et des pédés à notre société, pas le bear en cuir et tout poilu qui danse sur Dalida. Une fois par an, on nous autorise à défiler sous les façades de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Forcément on provoque, forcément on exagère. Mais surtout on s&#8217;affirme, on chante à la société qu&#8217;on n&#8217;a pas envie de paraître au monde tels que eux l&#8217;aimeraient. On martèle notre différence, on l&#8217;assume et on la vit au grand jour et de manière décomplexée. On dit qu&#8217;on ne changera pas <em>ce qui est montré</em> et que les choses ne changeront vraiment que quand <em>le regard qui est posé</em> deviendra indifférent (voire bienveillant?).</p>
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