C’était il y a une semaine un cambriolage raté à la Bibounia. J’avais à peine quitté le bureau que je recevais un message de Chéri pour me dire que notre appartement avait été visité, je n’en sais pas plus je te tiens au courant. Une demi-heure de métro à me demander ce qui avait bien pu être dérobé, à dresser une liste mentale de tout ce qui était dérobable chez nous. Et quelque part, au delà de la pensée désagréable d’un inconnu rodant dans l’appartement, flottait en moi l’idée qu’au fond tout cela n’avait pas vraiment d’importance comme une preuve que je n’arrive vraiment pas à m’attacher aux choses. Je ne craignais que la disparition de mon ordinateur et encore, pour une raison tout à fait pragmatique : la présence sur son disque de toutes les musiques de Manque. Je me voyais déjà devoir les recomposer en catastrophe.
Au final, plus de peur que de mal, mais je me suis étonné du peu d’importance que je donnais aux objets que Chéri et moi avons pu accumulés ensemble depuis notre emménagement. Et je me suis rappelé de ce post aux commentaires amusants et dans lequel je disais que je n’avais plus de “chez moi” depuis longtemps et que je cherchais l’endroit où poser enfin mes valises. Je réalise aujourd’hui que je voyage dans la vie avec des bagages remplis de vent, de souvenirs, de pensées, de sentiments. Je ne transporte rien de tangible, aucune photo à accrocher aux murs, aucun objet précieux au sens propre ou au sens figuré, rien à quoi je tiendrais plus que tout. Un incendie pourrait tout emporter que cela ne m’affecterait pas plus que ça. Je serais probablement ennuyé mais là encore pour des raisons probablement pratiques.
Et j’ai compris alors que ce n’était pas mes valises mais mon cœur que j’avais tant envie de poser. Venise n’est pas en Italie / Venise c’est chez n’importe qui / Fais-lui l’amour dans un grenier / Et foutez-vous des gondoliers / Venise n’est pas là où tu crois / Venise aujourd’hui c’est chez toi / C’est où tu vas, c’est où tu veux /C’est l’endroit où tu es heureux. Et si je suis soulagé quand je rentre à l’appartement, ce n’est pas de retrouver le confort qui me permettrait d’oublier la journée mais de savoir que je vais y rejoindre Chéri, que c’est là notre point de rendez-vous et qu’auprès de lui je suis chez moi, cambriolage raté ou pas.
J’aime beaucoup cet article. Se sentir libre de tous ces trucs qu’on accumule pour les remplacer par la relation que l’on peut avoir avec quelqu’un, c’est se libérer de beaucoup de tracas. C’est évidement facile à dire quand on sait que quoi qu’il arrive, on a les moyens matériels de les remplacer et que les perdre ne signifie pas perdre le confort qu’ils apportent (parfois). Je crois que dans le passé, tu avais écrit un post expliquant t’être fait à l’idée que tu étais quantité négligeable dans ce monde et qu’à partir de là tu y avais trouvé un certain bonheur, puisqu’une certaine insouciance. Je ne peux m’empêcher de rapprocher ces deux billets. Ne pas s’attacher aux objets en tant que tels, se dire qu’ils ne nous survivrons pas plus que nous leurs survivrons, c’est le premier pas vers la sérénité de l’insouciance?
Tu as tellement raison : “Auprès de lui je suis chez moi”. Ta dernière phrase m’a bouleversé, sûrement par le vide qu’elle me renvoie.
Elle est magnifique cette dernière phrase, en effet
C’est beau d’être rempli à l’intérieur comme tu l’es. Tes valises sont toujours posées puisque tu les portes en toi.