
Passer sa vie en l’air sans trop se poser à terre, vivre en correspondance et au moment d’embarquer ne pas regarder en arrière et devenir un fantôme, un souvenir, une légende, demeurer éternellement en partance et voler plus léger qu’un nuage, débarrassé de tout bagage, de toute attache et voguer comme un bateau qui aurait perdu son ancre et se laisser flotter, sans rien regretter, sans rien espérer, vivre aujourd’hui, maintenant, pleinement et peu importe le reste, peu importent les gens, peu importent les choses, surtout ne rien posséder, ne pas s’encombrer, ne pas s’alourdir et sourire, échapper au temps, à l’usure, se laisser emporter par les vents et voler dans l’azur pour chaque jour s’inventer un futur et connaître enfin le vrai goût de la liberté.
La tentation est grande de disparaître, de rayer son nom des listes et de s’enfuir, sans faire suivre son courrier, sans donner d’adresse d’arrivée, de s’effacer des mémoires et de n’être plus rien qu’un total anonyme, un patronyme imprimé sur un passeport, un nom qui ne dirait rien à personne, un inconnu au milieu d’inconnus, un voyageur sans destination, sans famille et sans mémoire.
Mais il faut croire que je ne suis pas fait pour ça. Même si je passe ma vie à désapprendre ce que mon éducation ou la société ont tenté de me mettre dans la tête, même si je coupais toutes mes amarres et me débarrassais de tous les poids de mon existence, je sais que je resterai là, les deux pieds bien plantés sur le sol. Je ne suis pas fait pour voler, je ne suis pas fait pour la légèreté, je suis fait pour me lier, pour m’attacher, pour m’enraciner, pour cultiver l’espoir sur des ruines et souffrir dans les tempêtes et m’émerveiller d’un rien, et tomber pour me relever, et vivre les désillusions, les humiliations mais continuer toujours et me tenir debout et perdre des gens que j’aime et y croire toujours et quand je n’y crois plus pouvoir m’accrocher à toi le temps de reprendre les forces dont j’ai besoin pour repartir et à mon tour t’offrir mon soutien et avancer, toujours plus lourd, toujours plus humain, les yeux tournés vers le ciel et les étoiles.
C’est beau, et (un peu) triste.
tres joli texte effectivement