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Cachez ces folles que je ne saurais voir

Tolérance : capacité à accepter que quelqu’un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d’une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.

Dans les commentaires du précédent billet, Roxane explique pourquoi elle considère la Gay Pride et surtout l’excentricité, l’excès qui s’y manifestent comme un frein à la lutte permanente des associations qui sont sur le terrain tout au long de l’année. Elle lance un appel à plus de sobriété, à plus de simplicité, à plus de sérieux aussi, afin de faire gagner aux causes LGBT une plus grande crédibilité. En fait elle pose le problème de l’impact de ce qui est montré sur le regard qui est posé sur les défilant(e)s de la Gay Pride. En y réfléchissant, c’est sur ce point précis que nos avis divergent.

Roxane nous dit que le problème vient de ce qui est montré. Que si on montrait moins, si on était plus sage, le regard qui est posé serait plus enclin à accepter les revendications. De mon côté je considère plutôt que le problème vient du regard qui est posé qui juge, sur la base de son propre référentiel moral, des gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font. Nous avons là un problème de tolérance, tout à fait humain et commun, que l’on rencontre tous les jours, dont chacun peut-être source un jour. Tous les a priori que l’on peut nourrir vis-à-vis d’untel ou d’une-telle, sur sa manière de s’habiller, de se coiffer, sur ses croyances, ses opinions, ses origines, toutes les petites choses qui nous choquent chez les autres, qui nous dérangent dans leurs manières ou nous déplait dans leurs discours, tout ce qui fait remonter un rejet de l’autre en nous et qui nous fait dire qu’autrui a un sacré problème, toutes ces défaillances que l’on critique ne proviennent, au fond, pas de l’autre. Le problème vient de notre refus d’accepter que l’autre soit différent. Et si un jour il “décidait”, sous la pression, de rentrer dans le rang, d’être conforme à ce que nous attendons de lui, nous ne réglons le problème qu’en apparence. Nous sommes heureux car l’autre ne nous dérange plus mais nous demeurons toujours aussi obtus et intolérant: ouf! nous pouvons conserver nos oeillères! Et l’autre de son côté va se mettre à engendrer de la frustration. L’autre est dans le déni apparent de sa propre identité, de ce qui le fonde et de ce qui fait ce qu’il est vraiment. Nous possédons tous, individuellement et collectivement, une hallucinante capacité à inverser les problèmes.

La Gay Pride offre “une mauvaise image” des homosexuel(le)s et des transexuel(le)s, disent certains. Quand bien même tout le monde ne serait pas en string frangé ou en latex, c’est “l’impression” que les gens garderont, c’est ce que les médias “montreront”, œillères sur caméra. Jusque dans le vocabulaire, nous sommes face à un problème de perception et c’est cela qui freine l’intégration totale des gouines et des pédés à notre société, pas le bear en cuir et tout poilu qui danse sur Dalida. Une fois par an, on nous autorise à défiler sous les façades de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Forcément on provoque, forcément on exagère. Mais surtout on s’affirme, on chante à la société qu’on n’a pas envie de paraître au monde tels que eux l’aimeraient. On martèle notre différence, on l’assume et on la vit au grand jour et de manière décomplexée. On dit qu’on ne changera pas ce qui est montré et que les choses ne changeront vraiment que quand le regard qui est posé deviendra indifférent (voire bienveillant?).

6 Responses to Cachez ces folles que je ne saurais voir
  1. Pascal
    June 24, 2009 | 08:10

    Les gens qui pensent que la gay pride donne une mauvaise image sont ceux qui pensent que les homos sont acceptables à partir du moment où ils ressemblent tellement à des hétéros qu’on ne les voit plus. A la limite je peux comprendre de la part d’un hétéro, ça rentre parfaitement dans ton analyse : l’incapacité à accepter que tout le monde ne soit pas comme soi. Mais quand j’entends ça de la part d’homos, je me dis qu’ils ont encore pas mal d’introspection à faire avant de s’accepter réellement… – et que la pression sociale est une putain de sacrée violence contre les individus.

  2. Gyom
    June 24, 2009 | 09:29

    Soyons honnêtes: bien sûr que l’idéal serait que les regards et les consciences changent. Que les gens deviennent plus critiques, qu’ils prennent le temps de se poser les vraies questions, etc. Mais tout ceci viendrait surtout d’une éducation qui les rendraient (qui nous rendraient) plus pertinents, et on voit bien que les faits vont très difficilement dans ce sens.
    Finalement, un argumentaire en faveur du flamboyant de la Gay Pride pourrait être: à force de montrer tant d’excès, les gens juste un tout petit peu hors-norme et finalement bien moins extrêmes comparés aux plumes et paillettes gagneraient à ce que les médias montrent l’excès. Qui ne s’est jamais entendu dire « ah bah au moins, toi tu fais pas aussi tapette que lui… ». C’est certes super-cynique et assez triste parce qu’aucune leçon n’a été apprise, mais je pense tout de même que la flamboyance de la Gay Pride est maintenant au moins un petit peu rentrée dans les mêmes et que par l’excès répété, les gens ne sont maintenant plus aussi choqués.

  3. orpheus
    June 24, 2009 | 23:47

    Tout pareil d’accord avec toi.
    Et tous les ans, c’est la même chanson… C’est lassant à la fin. Les mêmes arguments à deux balles. Ça se veut plein de raison et de bon sens et au final, il faut bien le dire, ça pue la honte, le mépris et la soumission à la normalisation du conformisme.
    Et que font-ils en attendant que d’autres se bougent ? Bien souvent, pas grand chose…
    Mais qu’ils se penchent un peu sur l’historique de la GayPride, ces ignares. Les mots de Craig Rodwell devraient leur être enfoncés dans le crâne à grand coup de platform-shoes, bordel.
    (et tous les ans, je m’énerve pour rien. faudra recommencer l’année prochaine)

  4. Roxane
    June 28, 2009 | 00:38

    “Les gens qui pensent que la gay pride donne une mauvaise image sont ceux qui pensent que les homos sont acceptables à partir du moment où ils ressemblent tellement à des hétéros qu’on ne les voit plus.”
    “Mais quand j’entends ça de la part d’homos, je me dis qu’ils ont encore pas mal d’introspection à faire avant de s’accepter réellement…”
    Sauf que j’ai une visibilité totale dans ma vie de tous les jours…
    Cette visibilité totale alliée à notre simplicité a même fait évoluer pas mal de chose dans notre quartier.
    .
    “Mais qu’ils se penchent un peu sur l’historique de la GayPride, ces ignares.”
    Sauf que durant toute l’année je bosse en assos et que je récupère parfois des filles dans un état lamentable à cause de leur impossibilité de parler en famille à cause de cette image-média.
    Avant de me traiter d’ignare, un peu de réalité, merci…
    .
    Oui, c’est bien l’image-média que je remets en cause.
    C’est aussi l’arrivisme de ceux qui profitent de cette occasion pour faire leur propre promo sur notre dos alors qu’ils n’apportent rien dans le travail de fond.
    C’est toutes les récupérations.
    C’est aussi toutes les situations personnelles qu’elle complique.
    C’est cette usurpation d’image qui ne correspond pas à notre réalité quotidienne.
    C’est la source de la démobilisation de ceux qui refusent d’y aller pour ne pas y être assimilés. Par la même, ça fait perdre du poids à nos revendications.
    .
    Tolérance : capacité à accepter que quelqu’un peut vivre, penser, baiser, croire, aimer, se comporter d’une façon différente de la sienne, sans pour autant nécessairement comprendre ou adhérer.
    .
    Et le droit de refuser de supporter une image qui n’est pas sa réalité?
    .
    Il est facile de jouer les bien-pensants (je reprends le terme) à dire que la lgp fait avancer les choses. Mais je suis loin d’être la seule dans le milieu associatif à considérer que l’image-média qu’elle véhicule occulte les réelles revendications. Nous sommes nombreuses à aussi estimer que les choses pourraient être plus avancées si dans nos actions, nous n’avions à en porter le poids.
    .
    Mais il est bien-pensant de dire qu’il n’y a aucune conséquence négative à cette image-média…

  5. Colin Ducasse
    June 28, 2009 | 02:48

    Roxane, le problème de l’image-média vient pour toi des gens sur qui le regard des autres se focalise et tu ne remets pas du tout en cause ce point-là. Tu préfères cacher la réalité et montrer aux gens ce qu’ils veulent voir. C’est de la dissimulation et ça ne fait pas avancer les mentalités. Je te renvoie sur ce point aux paroles de Bertrand Delanoë aujourd’hui à la Gaypride. Quand une photo est mal cadrée, va-t-on en faire le reproche au modèle ou au photographe?

    Tu rétorques : “Et le droit de refuser de supporter une image qui n’est pas sa réalité?” Sache que je ne renie pas ce droit, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Cela reste néanmoins de l’intolérance. Après ne me fais pas dire, ce que je ne dis pas. Je ne dis pas que la tolérance est une obligation morale vers laquelle tout le monde devrait tendre. Je le répète, chacun est libre, et j’imagine très bien que l’on puisse être intolérant et l’assumer. Cela ne cadre juste pas avec ma conception des relations humaines et du rapport à autrui et je ne pourrai probablement jamais te rejoindre là-dessus.

    Concernant ton dernier paragraphe, je te conseillerais de faire attention quand tu “reprends le terme” de quelqu’un, surtout quand tu ne le connais, auquel cas tu saurais que je suis allergique à toutes les formes de pensée mainstream, à tous les conformismes, à l’idée qu’il faut se comporter d’une certaine manière parce ce que tout le monde se comporte ainsi, etc…

    “Mais il est bien-pensant de dire qu’il n’y a aucune conséquence négative à cette image-média…” Je n’ai jamais dit que l’image-média n’avait pas de conséquence négative mais c’est tout le propos de ce billet qui fait le point entre “ce qui est montré” et le “regard qui est posé”.

    bien-pensant, adjectif: Très conformiste aux idées conservatrices [Péjoratif]. Synonyme: traditionnel

  6. Roxane
    June 28, 2009 | 10:06

    ” saurais que je suis allergique à toutes les formes de pensée mainstream, à tous les conformismes, à l’idée qu’il faut se comporter d’une certaine manière parce ce que tout le monde se comporte ainsi, etc…”
    Justement.
    Il n’y a pas plus conformiste que de ne rien vouloir changer à la forme et cette image-média alors que je gain serait ailleurs.
    Il n’y a rien de plus conformisant de l’image du transpédégouine pour le quidam moyen et les préjugés/clichés ne s’en voient que renforcés.
    .
    Désolée, mais des gays et trans que je croise dans la vie normale, et même dans certains lieux, très peu sont dans ces stéréotypes.
    .
    Voit on des chars de concours de T-shirts mouillés lors des manifs de motards? Du grass-track dans les pelouses? Ca fait pourtant partie de leur circus, mais c’est clairement séparé des renvendications.
    .
    Est ce si hérétique de vouloir que les revendications ne soient pas couvertes par ce qu’on sait que les média vont mettre en valeur et qui fera diversion?
    .
    Tu parles de Bertrand Delanoë, mais crois tu qu’il serait pris au sérieux si il faisait la campagne pour la mairie de Paris en drag-queen?
    .
    Alors oui, il y a aussi intolérance envers ce qui veulent que les choses avancent dans leur réalité. Je suis sur divers fora, la lgp est loin de représenter l’approbation de tout le monde sur le point de vue image, ou alors l’aspect festif est la seule chose retenue. Là, il y a boulette, mais comme il est plus simple de se voiler la face…

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