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Le masque

DexterC’est en regardant la série américaine Dexter, que j’ai réalisé l’un des rares plaisirs que je trouve à aller au travail. Il ne s’agit pas des cadavres que j’entrepose dans les sous-sols de l’entreprise mais du masque que je porte en permanence quand je suis au bureau, ce masque dont Dexter ne cesse de parler dans la série, cette distance qu’il met entre lui et les autres, cette voix qui dit à l’intérieur tout ce qu’elle ne dit pas à voix haute. Je me livre très peu auprès de mes collègues, je garde pour moi les vannes odieuses que je leur balance en esprit et, comme Dexter, je m’interroge souvent sur la meilleure manière de réagir quand il leur prend soudain l’envie de me conter des anecdotes personnelles qui ne m’intéressent absolument pas. J’ai parfois tendance à les considérer comme des extra-terrestres débarqués d’une autre galaxie tant nous n’avons rien en commun et tant je ne veux rien partager avec eux. Alors je joue à parler le même langage qu’eux, je jubile à répondre à leurs questions en formulant des réponses à double sens qui satisfassent tout le monde, j’invente au besoin, donne de fausses pistes, réinvente mes joies et mes soucis, tout ça pour le plaisir de mener les gens en bateau. A moins que ce ne soit comme dans le cas de Dexter. Peut-être que je ne fais ça que pour survivre à un environnement qui n’est pas le mien et qu’il vaut mieux rester tapi derrière un masque plutôt que de m’exposer à de possibles dangers. Mais il n’en reste pas moins que cela m’amuse beaucoup quand je vois dans leurs regards que je suis un mystère à leurs yeux. En fait, en y repensant vraiment, j’étais déjà ainsi au collège à jouer le rôle du parfait élève auprès des professeurs sans pour autant être fayot et en étant toujours assis au dernier rang avec les cancres. Un seul prof n’a jamais marché dans mon petit jeu, il nous enseignait l’histoire-géo en terminale et me haïssait. Un peu à la manière du Sergent Doakes vis-à-vis de Dexter. Mais en dehors de ce cas-là, qui fut très formateur, j’ai toujours réussi à jouer ma mascarade avec succès. Et elle m’amuse toujours autant.

2 Responses to Le masque
  1. McM
    Mai 25, 2009 | 11:10 am

    Tu sais que tu fais peur ?

  2. Macsym
    Mai 25, 2009 | 8:04 pm

    Tout pareil !
    La jubilation de la recherche de réponse ambigüe
    Le plaisir d’être l’être mystère dans leur image lisse des relations sociales
    La retenue des putisages odieux que je tais
    L’impression de m’ennuyer à écouter parfois (souvent) leurs histoires…

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