Deuil

Deuil, nm – Maladie psychologique chronique qui se déclare suite à la perte d’un être cher.

Sidération consécutive au choc causé par le décès d’un proche. Paralysie de la pensée. Insensiblité. Léthargie. Perte des repères temporels. Impression d’irréalité. Profonde envie de dormir pour sortir enfin du cauchemar. Réveils douloureux.

Être en deuil, expression – Souffrir de la maladie de deuil.

Impossibilité d’intégrer la réalité du décès. Abstraction. Le malade se saisit de son téléphone et cherche à joindre la défunte. Aucune réponse. Elle a du partir faire des courses. Au quinzième appel, toujours aucune réponse. Ce n’est pas normal. Difficultés à trouver le sommeil.

Face à l’évidence, le malade se met à pleurer sans raison directe apparente, parfois à des moments totalement inopportuns. Sentiment d’extrême solitude. Ne trouve de réconfort en rien ni en personne. Déni. Accepter la mort de l’autre, c’est accepter de mourir soi-même un jour. Plutôt se suicider que d’admettre cette absurdité. Dépression.

Impossible quête de sens. Le malade accuse tout le monde, y compris lui-même, d’être coupable du décès. Recherche de causes extra-médicales. Grande colère renforcée par un fort sentiment d’impuissance. Frustration de ne pas être Dieu. Crise mystique. Tente vainement d’établir une communication avec la morte. Echec cuisant. Amplification de la colère qui s’auto-alimente. Le malade est en colère d’être en colère. A conscience que tout cela n’est pas très rationnel et s’énerve encore plus. Se demande comment tout le monde peut se lever le matin et vivre comme si la mort n’était pas au bout du chemin. Se proclame voyant aux royaumes des aveugles. Envie de tuer quiconque n’ouvrirait pas les yeux. S’énerve à nouveau quand il prend conscience du ridicule qu’il y a à se prendre pour un messie quand on s’adresse à un troupeau de bovins. Natation dans le grand bassin des contradictions.

Faire son deuil, Expression – Accepter la maladie et reconnaître que l’on en guérira jamais.

Tentative de reprise d’une vie en apparence normale. Réflexe de survie. Pour ne pas finir en hôpital psychiatrique, le malade réintègre une existence conforme, politiquement correcte et camoufle sa misanthropie derrière un masque de sympathie. Les gens autour de lui sont contents de voir qu’il va mieux. Les gens autour de lui oublient et commettent parfois dans les conversations des impairs qui ravivent la souffrance du malade. Celui-ci, soucieux de ne pas avoir l’air à l’ouest à nouveau, se tait et fixe le mur en attendant que l’on change de sujet de discussion. Cache aux malhabiles son profond mépris pour ces absences de tact. Se venge en pensant qu’ils tomberont eux aussi malades un jour. Il est des impairs que les gens endeuillés ne font pas, même quand ils ne connaissent pas la personne à laquelle ils s’adressent.

Endeuillé(e), adjectif – désigne une personne malade de deuil.

Effets secondaires. Sclérosions des pouvoirs empathiques du malade. A envie de rire quand untel déprime de ne pas avoir réussi un concours d’entrée en école de commerce. Trouve presque tout dérisoire. Réserve sa compassion aux seuls cas qui, à ses yeux, le méritent vraiment. A de plus en plus envie de n’en faire qu’à sa tête et tant pis pour les conséquences. Sentiment que rien ne pourra lui faire aussi mal que la disparition de la défunte. Satisfaction d’avoir reçu sa dose de souffrance nécessaire. Développement d’un humour particulièrement noir. Tolérance accrue sinon totale. La vie est un tel bourbier que définitivement chacun peut faire ce qu’il veut pour en alléger le poids. Plus rien n’effraie véritablement le malade qui a opté pour l’option « création » pour son cursus de résilience. Se fout totalement d’être compris ou soutenu dans ce qu’il a décidé d’entreprendre. Grande confiance en soi. Profond détachement matériel. A décidé récemment de tout faire pour se séparer de son corps.

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