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Vaporisation

En ce moment, je n’appartiens plus vraiment au réel et Jo n’y est pour rien. C’est curieux d’ailleurs comment je pense peu à elle, je soupçonne là quelque processus d’évitement réflexe instinct de survie cacher la poussière sous le tapis épais de la conscience. Ceci dit, je préfère ne pas trop me pencher sur la question, avec moi il ne faut pas grand chose pour faire remonter morts et fantômes à la surface. N’insistons pas.

En ce moment donc, je ne sais pas, je me sens un peu flou sur les bords, je perds en consistance et peine à conserver toute notion de temps. Les jours se suivent en fondus enchainés, gris sur gris, froid sur froid, interminable sur interminable, identique sur identique, je dois me concentrer pour me rappeler quel jour on est. La seule bulle de certitude chaude et colorée, je la retrouve en soirée avec Chéri dans le nouvel appartement, en dehors du temps, en dehors de l’espace. Dès que j’en sors, j’ai l’impression que tout se fige autour de moi, je plonge dans un brouillard opaque, mes atomes se désolidarisent les uns des autres et je me vaporise, encéphalogramme plat et mort des sens de ma perception. Je disparais de la ville et du monde, je n’existe plus qu’en moi, nuage en migration pendulaire et mes pensées diluées vagabondent et digressent au gré des courants d’air dans les couloirs du métro. Elles s’aventurent souvent dans les endroits marécageux de mon cerveau et s’enfoncent dans l’eau mélasse noire et nagent dans leur nuit à la recherche de qui de quoi je ne sais pas. C’est agaçant de chercher sans savoir ce que l’on est censé trouver. Alors en attendant, j’erre.

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