J’ai mis toute ma vie dans vingt cartons, dont dix petits. Ça ne fait pas beaucoup et encore, j’ai réalisé en triant le contenu de mon appartement qu’à bien y regarder, j’aurais presque pu me débarrasser de tout. Je souffre d’un désintérêt total pour les choses auxquelles je ne m’attache que superficiellement. Preuve en est, le beau plateau de verre de ma table basse, quand il a éclaté sur le trottoir, ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Tant pis. Je t’aimais bien Table Basse. Adieu.
Quelques meubles, une télévision, quelques sacs de vêtements, vingt cartons et trois quarts d’heure pour vider l’appartement où j’ai vécu pendant six ans. Si j’en avais jeté d’avantage les amis venus à l’aide auraient sûrement trouvé ça bizarre. Paradoxalement pourtant, j’étais du genre à conserver, à entasser et à garder tout et n’importe quoi, j’ai longtemps eu du mal à jeter mais je me suis soigné depuis. Et au bout de six ans, mon appartement recélait un véritable capharnaüm de choses inutiles que j’ai finalement donné à manger aux poubelles jusqu’à les faire déborder. A l’arrivée, si une météorite s’était écrasée sur le camion de location rempli de ce que j’avais gardé, j’aurais trouvé ça ennuyeux mais pas dramatique. Tant pis. Adieu Les Choses.
Je ne dis pas que je n’aime pas être entouré par les objets. Je dis seulement que je ne m’y attache pas. Je ne les charge d’aucun souvenir et je n’arrive pas à voir en eux autre chose que ce qu’ils sont : des choses plus ou moins utiles, plus ou moins décoratives mais des choses avant tout, cassables, jetables, oubliables, périssables. Je ne regarde jamais les photos, je n’ai conservé aucune trace écrite, aucun journal intime, aucun devoir d’école, aucune lettre. Tout ce que je traîne de mon passé, je le porte en moi, cela procure une impression de liberté que j’apprécie beaucoup. Mes attaches ne sont pas dans ce que je possède, mais dans les gens qui font partie de ma vie. Ceux-là m’empêchent de partir à la dérive, ceux-là m’ancrent dans une réalité supportable, ceux-là tiennent une place beaucoup plus importante que vingt cartons de déménagement.

En 1997, je comptais déjà pas mal les années, un déménagement subit m’a fait prendre conscience que mon patrimoine tenait dans les coffres de trois voitures. Pas lourd. Mais je savais déjà que la vie ne se résumait pas à ça.
Néanmoins, racheter sans cesse des objets finit par coûter. Et perdre ou casser finit quand même par ressembler à de l’argent jeté par les fenêtres, même si rien n’est fait pour durer, j’en conviens.
C’est marrant, ça fait écho à des réflexions personnelles de ces derniers temps. Il y a eu d’abord un cambriolage au cours duquel on m’a volé peu de choses, mais deux objets auxquels je tenais – et je me suis aperçue qu’on se faisait finalement assez vite à l’idée. Pourtant, je suis justement du genre à m’attacher aux choses. Et un projet de déménagement qui me donne en ce moment des envies de tout trier, de jeter en masse des choses inutiles pour recommencer autre chose ailleurs. J’ai commencé le soir du cambriolage : j’ai jeté pas mal de gadgets et autres vieux bouts de papiers que mon « visiteur » avait mis à jour en retournant tous les tiroirs.
Saine conception. Bon emménagement !