Nous sommes au carrefour. Je le sens, je le vis
dans mon sang et dans ma chair
et l’époque est charnière.
Entre hier hier et demain, ma vie change aujourd’hui.
Ce matin, je suis sorti fumer une cigarette, sur les marches du 259W de la 132ème rue, une tasse de café à la main.
Et là , dans la lumière du matin new-yorkais, je me suis senti léger, heureux, insouciant comme je ne l’ai pas été depuis longtemps. Les soucis ne manqueront pourtant pas de m’assaillir quand je reposerai les pieds sur le sol français, mais tant que je demeure ici outre-atlantique, je suis comme entre parenthèses et tout revient lentement à sa place dans ma tête.
Dimanche dernier, j’ai marié ma plus vieille amie. Hier. On s’était un peu perdu de vue au cours de ces trois dernières années, en partie à cause de l’éloignement géographique mais aussi en raison de nos vies relativement et respectivement tumultueuses. Mais à l’arrivée j’étais là pour le mariage de celle qui jamais n’aurais du se marier. Ma plus vieille amie, du genre Miranda pour ceux qui connaissent Sex and the City, extrêment busy, complètement fucked up, working girl en stress permanent, un tempérament de pitt-bull à faire fuir tous les mâles, sex-addicted mais rien de plus, rien de trop personnel, la petite touche Samantha, la difficulté à s’engager, à s’impliquer trop personnellement dans une relation. Cela ne l’a pas empêché, dimanche dernier, de dire “oui” sous l’oeil des vitraux Matisse et Chagal d’une petite église proche de Sleepy Hollow. Ma plus vieille amie. La seule personne capable de faire le lien entre l’être que j’étais il y a quinze ans et celui que je suis aujourd’hui, la seule à avoir suivi le grand écart de ma personnalité, la seule avec qui l’histoire continue même si elle est en pointillés, même si nous faisons des pauses qui se comptent en années, ma plus vieille amie comme vestige d’un passé dont elle se souvient mieux que moi.
Aujourd’hui, dans l’escalier d’une maison de Harlem, devant la porte d’entrée, cigarette et café, une vieille black qui passe avec un caddie et me gratifie d’un “God bless you” inattendu, je suis dans la lumière du matin, à moitié réveillé, l’esprit encore embrumé et je suis bien. Chéri est au chaud, à l’intérieur et se réveille aussi doucement; je suis dehors, il fait froid mais mon amour me réchauffe le cÅ“ur. C’est un instant d’éternité comme l’on en vit parfois, où tout est en ordre, parfait, où rien n’est à changer, le monde tourne rond pour une fois et l’on aimerait bien que tout se fige et reste ainsi for ever.
Demain, lundi prochain, branle-bas de combat. Ce sera le retour à la réalité, course contre la montre et plus le temps de penser à rien, tout ira trop vite et la fatigue ne tardera pas à pointer le bout de son nez. Je le sais je serai épuisé quand l’ombre de Noël se profilera, je serai tellement las qu’avec un peu de chance j’oublierai dans le sommeil que je ne le fêterai pas cette année. Mon esprit occultera ces temps difficiles pour se concentrer sur un futur plus concret, plus réel, plus joyeux : l’emménagement avec Chéri dans l’appartement magique, nouveau virage dans mon existence, un settlement enfin, après dix années d’errance, l’arrivée de mon Mayflower à moi, l’ouverture d’un temps nouveau, un trait que l’on tire sans faillir sur ce qui est passé pour se tourner, avec détermination, vers l’avenir…















matorif m'a murmuré à l'oreille:
02/12/2008 Ã 17:47:34
youhou !! je suis content pour toi. C’est toujours un peu étrange de marier ses amis proches, j’ai eu la même impression récemment. J’espère que cette parenthèse enchantée se prolongera jusqu’à Paris !!