Décidément l’automne ne me réussit pas. Pourtant tout marche plutôt bien dans ma vie, mon amour de Chéri que j’aime que j’aime que j’aime tant, mon boulot qui m’accapare beaucoup mais pour qui je retrouve un regain d’intérêt, des tas de trucs sympas prévus jusqu’à la fin d’année, la Bretagne, New York, Berlin, et le théâtre qui me comble de joie mais je sens déjà poindre l’ombre du trou noir qui suivra ses réjouissances. Je suis dans l’appréhension pure, quelque chose qui m’empêche de profiter d’ici et maintenant et les jours s’enchainent et je les traverse comme un zombie.
Ce soir, j’avais envie de me bourrer la gueule, histoire de bien remettre les choses en place, de me réveiller demain avec la gueule de bois et d’arriver en retard au bureau avec la mine verdâtre. Mais pas seul évidemment je n’en suis pas encore là, j’ai envoyé un nombre incalculable de SMS pour trouver des compagnons de beuverie et forcément en voulant faire ça à la dernière minute, personne de disponible étant donné que, bien entendu, je n’ai voulu dire à personne que j’en avais besoin car à chaque journée qui passe j’ai de plus en plus de mal à réfréner mes larmes, car à chaque jour nouveau je sens la boule à l’intérieur de moi qui cherche à exploser, à cracher des flammes, à brûler tout brûler pour finalement ne laisser derrière elle qu’un champ de cendres amères et que j’ai besoin de péter un cable pour que ça cesse.
Il est 21h00 pile, j’ai l’impression qu’il est deux heures du matin et je suis en train de me descendre un bouteille de whisky tout seul – finalement j’en suis là – et je n’ai pas arrêté de pleurer devant le dernière épisode de Clara Sheller – car oui, grâce à Chéri, j’ai pu déjà la regarder et franchement, je vous conseille vivement cette deuxième saison – et là je bloque. Je ne sais plus pourquoi j’écris ce billet. Je sais, je sais que la souffrance me redonne ma voix et ravive mon language, je sais je sais que c’est là que j’écris le mieux, ça vient tout seul, ça sort, ça sort, je sais ça, les mots sont mes meilleurs compagnons de naufrage, rien à faire, ils arrivent tous seuls, ils s’organisent tous seuls et moi je n’ai qu’à écrire de façon quasi-automatique.
J’ai froid, j’ai très froid, inutile de se couvrir, ça vient de l’intérieur, le froid vient de l’intérieur. Je suis glacé, le bout des doigts insensibles je tapent un peu frénétiquement sur le clavier, j’essaie de ne pas penser, faut que ça sorte, faut que ça sorte sinon ça n’aura servi à rien que je me bourre la gueule tout seul et au passage je maudis ceux-là qui n’ont pas pu se libérer pour moi mais je ne suis pas du genre à chouiner pour qu’on me tienne compagnie car c’est ça, en plus, le fond du sujet, j’ai juste besoin de compagnie pour boire, je pourrais partir, sortir, aller dans des bars mais pour Chéri je ne le ferai pas, on ne sait jamais comment ce genre de soirée peut finir. Je précise : ce n’est pas pour Chéri que je ne sors pas écumer les comptoirs mais bien parce que je n’en ai pas envie, pas tout seul. Je ne sais plus si j’écris ce que je pense ou si j’écris purement, c’est très perturbant. Il n’y aura pas de relecture, sorry d’avance pour les fautes, sorry d’avance pour ce billet mais je tiens quand même à te dire bravo si tu es venu jusqu’ici, sache qu’il y a de fortes chances que cela finisse en eau de boudin. Tu es prévenu, tu peux partir, lire des choses beaucoup plus importantes ailleurs, car ce que j’écris n’a aucune importance, ce n’est que vital. Mais pas pour moi.
Les mots, les mots, ces faux amis qui se tiennent aux encornures de ma vie, les mots me sont hautement néfastes que je les écrivent ou que je les disent quand je déambule au théâtre, les mots me saignent quand ils veulent s’exprimer, les mots me tuent, me vident. Ça peut paraitre du charabia ce que je dis, je suis conscient du délire, ne me prenez pas pour une drama-queen en descente d’ecstasy, ça peut sembler exagéré mais je suis profondément convaincu, je l’ai toujours été, que je ne pourrais faire quelque chose des mots qu’au péril de ma vie car c’est sur la frontière que j’existe. Quand je n’y suis pas, j’évolue fadaise au milieux des médiocrités. Quand je ne me tiens pas au bord du gouffre, je ne vis tout simplement pas et je m’interroge aujourd’hui et j’ai peur car je sens que je ne suis pas prêt à payer le prix fort.
J’ai toujours détesté le confort, l’habitude, la conformité, autant d’anesthésiants qui empêchent de vivre vraiment. Et on ne vit vraiment que dans deux états: quand on est amoureux (de quelqu’un ou de quelque chose) et quand on est en lutte pour survivre. Je me tiens au centre d’un triangle.
Au premier sommet se trouve Chéri et vous n’avez pas idée comme je tiens à lui. A chaque fois qu’on parle d’amour, c’est avec jamais et toujours chante Barbara alors oui, forcément cela peut faire sourire car l’amour ne dure pas toujours, paraît-il, mais peu importe votre opinion, il y a quelque chose de fondamentalement nouveau dans ce que je ressens pour lui et qui n’a aucun précédent dans mon histoire de Sainte Marie-couche-toi-là.
Au deuxième sommet il y a le théâtre, il y a l’autre, mille vies à incarner, mille plongées en apnée tout au fond de mon âme. Prenez mon corps et retournez le sur lui-même comme un gant et découvrez mes entrailles offertes aux projecteurs. C’est de l’exhibitionnisme à l’état pur, oubliez le pervers et son imperméable, je montre dix fois plus que ma bite quand je joue – et pourtant je reste habillé. C’est sans complexe aucun que je pourrais aller nu sur une scène. Exposer son corps est une formalité au regard du déballage de soi que la comédie représente. Le théâtre, c’est de la viande placée sous les projecteurs.
Je réalise alors que tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas le troisième sommet. S’il n’y avait pas les mots. S’il n’y avait pas la certitude – et là je veux bien être taxé de présomptueux – la certitude de quelque chose d’énorme. Mais comment vous dire ? C’est comme une évidence avec laquelle je joue, que je contourne, que je retarde en bon procrastineur que je suis, que j’expérimente à petite dose, à chaque fois que je peux mais que je retiens dès que ça devient trop réel. Quel rapport avec le reste ? Quel rapport avec le fait que je ne fêterai pas Noël et qu’il me faudra tout mon amour pour Chéri pour ne pas me jeter du Pont Neuf (là vous pouvez dire que je suis drama-queen) ? C’est en fait la même chose. Les mots sont ma vie et je n’existe pas en dehors des mots. [à cet instant précis, je fais une pause whisky-clope car je sens que je touche quelque chose d'important.] Il ne faut pas se méprendre. Ce que je viens de dire ne concerne pas ce blog. Je n’attends pas de mon blog qu’il m’apporte l’existence que je n’ai pas – car personne n’a d’existence en soi. Ce que j’ai dit concerne l’écriture, la trace que l’on laisse encre de sang sur papier épidermique (et là, comme Laurence Ferrari, je sens que je perds des spectateurs). L’écriture, pour moi la seule vraie, est celle-ci, suivez l’image: un homme qui se tiendrait devant un pupitre, une plume d’oie à la main, dont l’encre proviendrait, via un tube, de l’aorte du dudit homme. Mais quel rapport avec Janvier qui se profile à l’horizon ? Tout ou presque…
L’écriture n’autorise pas l’existence des deux autres sommets. Hors, elle seule est capable d’assurer ma survie (mentale). L’écriture se fout éperdument de ma santé physique et prospère dans ma déliquescence.
L’écriture me demande de souffrir quand tout va bien pour moi, ce qu’elle considère comme un état anormal.
L’écriture est mon refus d’une vie de mouton lobotomisé, elle est mon acte révolutionnaire.
L’écriture me promet de donner un sens à ma vie dans la mesure où je ne vis pas au-delà de quarante ans (âge limite pour tout artiste maudit qui se respecte)
L’écriture me dit “tu verras, quand Chéri te largueras, comme tu reviendras vers moi”
L’écriture est ma mort assurée
Mon avenir
Ma peur
Ne pas vivre pour rien, ne pas faire comme Jo
Vivre peu, mais vivre vraiment
Ne pas vivre pour rien, ne pas faire comme Jo
Vivre à fond
Souviens-toi de Jo, de ses rêves évanouis
Dans trois mois elle sera toujours morte
Mais toi tu seras vivant
Merde, ça arrive à tout le monde de perdre ça mère! Ça arrive tôt ou tard!
Mais ça t’est arrivé à toi hier et ça sera encore là demain, et après-demain et pour l’éternité
…
Ce n’est pas une anecdote
…
Ce n’est pas une simple phrase dans ta biographie
…
C’est ce qui te feras devenir Colin Ducasse si tu viens à moi
Ben si ça c’est de l’eau de boudin, le charcutier est très doué. Et je veux bien en boire tous les jours !
“Cette herbe rouge c’est sinistre !”
Bon ben… on peut pas faire grand chose, sauf être là. Continue d’écrire, on continue à lire.