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Les deux visages de Janvier

Janus

Avant, Janvier m’appartenait. Souvent sinistre, gris et froid, ce mois qui ouvre l’année nouvelle sur les gueules de bois lancinantes, consécutives aux festivités de décembre, constituait mon royaume. Enfant de Janvier, j’aimais cette période de l’année car en son quatrième jour je voyais moi aussi mon âge s’incrémenter. Très tôt, j’ai assumé ma capricornitude. Je serais froid, distant, voire glacial quitte à paraître hésitant, timide ou méprisant (il faut me voir dans les soirées où je n’ai pas envie d’être). Janvier, mon terrain de jeu, le rappel au monde de ma naissance à l’heure où tout s’ouvre à nouveau. Mon anniversaire tombait systématiquement le jour ou la veille de la rentrée des classes, c’était l’époque du recommencement après la trêve hivernale et même si je ne vais plus à l’école depuis longtemps, cette impression de nouveau départ, je l’ai tout le temps.

Mais pour la première fois de ma vie, j’appréhende la venue de Janvier, j’aimerais que ce mois devienne une faille temporelle, un trou noir, un oubli dans le calendrier, je voudrais supprimer Janvier, ne plus vieillir, ne plus me souvenir, arrêter les horloges et que le temps, enfin, s’arrête.

Car si Janvier s’ouvre sur ma naissance, il se fermera désormais sur le décès de ma mère. Ouverture sur naissance et fermeture sur mort, la boucle sera bouclée et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Mon âge continuera de gagner une année et il en ira de même avec l’absence et, surtout, avec les souvenirs qui ressurgiront, le retour en catastrophe sur Paris, la chambre d’hôpital, le regard infernal, insupportable de Jo quand elle m’a vu arriver, le regard hurlant qui me disait de partir, le cri silencieux qui me déchira l’âme. Ce n’est pas la mort, ce n’est pas l’absence qui me ronge, c’est ce visage déformé par la maladie, la peur incontrôlable dans ses yeux et l’impossibilité de Jo à l’exprimer. Si j’ai mal parfois de ne plus l’avoir près de moi, s’il m’arrive encore, par réflexe, de vouloir lui téléphoner quand je suis las et que j’aimerais entendre sa voix pour qu’elle me redonne du courage, tout cela n’est rien à côté de ce que nous avons vécu cette nuit-là et de ce souvenir que malgré tous mes efforts je n’arrive pas à oublier. Ouverture sur bonheur et fermeture sur horreur. Les deux visages de Janvier.

Le 4 janvier 2009, j’aurai 31 ans. Trente et UN.
Le 31 janvier 2009, cela fera un an que Jo nous aura quittés.

Janvier désormais sera à double tranchant.

6 Responses to Les deux visages de Janvier
  1. Olivier Autissier
    Octobre 25, 2008 | 20:03

    Tu sais, j’ai mis des années avant de perdre ce réflexe d’avoir envie de lui téléphoner. Et parfois encore, ça me traverse l’esprit. Alors que ça fait plus de 13 ans maintenant.

  2. Sophie
    Octobre 28, 2008 | 12:10

    xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

  3. Chondre
    Octobre 28, 2008 | 21:44

    Mon père redoutait également son anniversaire car il correspondait au jour du décès de son propre père. Il nous était interdit le le lui souhaiter.

  4. Franck
    Novembre 3, 2008 | 17:38

    C’est le mois de septembre qui est inscrit en noir à mon agenda perso depuis plus de 20 ans, 23 ans exactement, depuis que mon père s’est suicidé le jour de mes 21 ans. Et puis cette année, parce qu’un Chevalier est entré dans ma vie, et moi dans la sienne, rien, la vie normale, un septembre normal, avec des weeks-ends de ballades dans des coins de l’Île de France toujours sympa. Voilà. Le temps n’y suffit pas toujours, c’est dur, c’est difficile, mais le bonheur est parfois au coin de la rue. Bref, cette année, je n’ai pas pensé “wake me up when september ends” ; je te souhaite la même chose pour january !

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