
Avec Bruno Wolkowitch, Christiane Cohendy, Delphine Rich, Didier Flamand, Julien Alluguette, Astrid Bergès-Frisbey, Joséphine Fresson, Alain Stern, Jeoffrey Bourdenet, Benjamin Bodi, Lucas Anglares, François Peyre
En lisant le synopsis d’Equus et alors que je nage dans les remous psycho-dĂ©pressifs de Sarah Kane, je ne pouvais qu’ĂŞtre tentĂ© par cette pièce de théâtre qui se joue en ce moment au Théâtre Marigny:
Alan Strang , un jeune homme fragile psychologiquement est obsĂ©dĂ© par un cheval qu’il adore et qu’il voit comme un dieu… Après un coup de folie au cours duquel il crève les yeux de six chevaux, il se retrouve face Ă un psychiatre, le docteur Martin Dysart qui va pĂ©nĂ©trer dans les profondeurs de cet esprit torturé…
Il y avait aussi la curiositĂ© de voir une pièce qui a beaucoup fait parler d’elle l’an dernier Ă Londres du fait de la prĂ©sence de Daniel Radcliffe dans le rĂ´le d’Alan Strang et qui est Ă mon avis la raison majeure du retour au goĂ»t du jour d’Equus, créée pour la première fois en 1973 et Ă©norme succès de l’Ă©poque Ă Broadway. Dès lors, je m’attendais vraiment Ă passer un bon moment de théâtre… sauf que la sauce n’a pas du tout pris.
Je n’ai rien Ă redire sur les comĂ©diens qui, confirmĂ©s ou inconnus, m’ont tous semblĂ© très bons mais que j’ai malheureusement sentis totalement esclaves d’une mise en scène qui a vu les choses en grand pour un texte qui n’en demandait probablement pas tant. Car mon premier souci est venu de lĂ , du texte qui m’a fait pousser des soupirs d’exaspĂ©ration du dĂ©but Ă la fin de la reprĂ©sentation. Les personnages sont des clichĂ©s ambulants, certaines rĂ©pliques sont totalement tĂ©lĂ©phonĂ©es et d’autres tombent comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai pas une seconde adhĂ©rer aux personnages et lĂ encore je tiens Ă dire que la faute n’en revient pas aux comĂ©diens. Il y a le scĂ©nario, d’une part, digne d’un tĂ©lĂ©film amĂ©ricain et de sa psychologie de bazar et il y a, d’autre part, la direction d’acteur qui loin de rehausser la platitude du texte semble la mettre en exergue. Les mots sont sans brillance dans Equus, sans magie. On pourrait mettre ça sur le compte de l’aspect clinique revendiquĂ© de cette pièce mais cela sonne faux, terriblement faux. Cette pièce n’a ni cĹ“ur, ni tripes. Elle n’a pas d’unitĂ© mais n’est pas pour autant chaotique, ce qui aurait pu ĂŞtre intĂ©ressant aussi. Dès le dĂ©but, le psychiatre a des Ă©tats d’âme, se laisse embarquer par son patient, il n’y a pour ainsi dire aucune progression du personnage dont le fond du discours pose une problĂ©matique pourtant fascinante sur le rapport Ă la normalitĂ©. Sauf qu’on ne comprend pas vraiment d’oĂą elles sortent ces tirades, comme si l’auteur avait absolument cherchĂ© Ă placer un message dans son texte sans trop se creuser la tĂŞte pour l’amener de façon subtile. Le spectateur n’est pas vraiment amenĂ© Ă suivre le cheminement des pensĂ©es de ce docteur qui balance ses interrogations et ses grandes vĂ©ritĂ©s sans qu’on ait eu le temps d’adhĂ©rer. Equus nous livre une morale gratuite (n’entendez pas “morale” au sens bien ou mal), facile dans un texte qui ne prend aucun risque rĂ©el. En parlant de folie au théâtre, bien sĂ»r je n’ai pas pu m’empĂŞcher de faire la comparaison avec 4.48 Psychose de Sarah Kane que je travaille en ce moment, pièce Ă laquelle Equus fait parfois Ă©cho. Mais c’est sans aucune comparaison. 4.48 est ardu, parfois incomprĂ©hensible, chaotique, très prĂ©cisĂ©ment clinique mais elle a une âme, son texte un pouvoir d’attraction et de fascination vertigineux et surtout, surtout, elle est hautement humaine et vraie. Avec Equus, j’ai eu l’impression de patauger dans l’artificiel qui, Ă la limite, pourrait passer pour un exercice de style mais de style, la pièce de Schaffer n’en a pas. Sans parler de Sarah Kane, on peut se reporter Ă Tennessee Williams, Ă tous les ĂŞtres dĂ©viants qui peuplent son théâtre. Tout y est chaud, organique et touche au plus près la condition humaine. Avec Equus, on assiste Ă une reprĂ©sentation de Psychologie Magazine.
Mais bon, laissons de cĂ´tĂ© le texte pour un moment, je sens que sinon je pourrais en pondre un livre et intĂ©ressons-nous un peu Ă la mise en scène. On ne peut en effet pas tout mettre sur le dos des mots de l’auteur. Après tout au théâtre, ceux-ci sont de la glaise, ils sont mallĂ©ables, les phrases sont dĂ©formables, on peut leur donner la forme que l’on veut, on peut les vider de leur sens ou au contraire les charger de sens, de non-dits ou du mystère. Pensez aux mille manières qu’il y a de dire “Ce matin je suis allĂ© au parc”. Bon lĂ , je sais que je fais une digression mais plus j’avance et plus je suis persuadĂ© qu’une bonne mise en scène est une mise en scène au service du texte. Quand je dis au service je ne sous-entend pas esclave du texte loin de lĂ . La mise en scène devrait toujours mettre le texte en avant, en relief, elle devrait comme ce n’est pas le cas dans Equus, combler les lacunes ou les flottements du texte et non satisfaire les dĂ©lires esthĂ©tiques et intello-frigides du metteur en scène. Quand le théâtre cesse d’ĂŞtre vecteur d’Ă©motions ou quand il n’a pas de brillance verbale, il ne m’intĂ©resse pas sauf s’il est ainsi pour dĂ©montrer par l’absence. J’ai dit que la pièce de Schaffer n’avait pas vraiment d’âme et je reproche Ă Didier Long de ne pas en avoir insuffler avec sa mise en scène qui est au demeurant très belle, le deus ex machina fonctionne bien sans fioritures inutiles, Ă cela rien Ă redire, le spectacle est agrĂ©able Ă voir. Elle aurait Ă©tĂ© Ă mon avis parfaite si derrière la direction d’acteurs avait Ă©tĂ© moins froide. Le psychiatre dĂ©clame ses tirades avec une lĂ©gèretĂ© surprenante, sans vraiment prendre le temps de poser ses mots, les Ă©motions sont esquissĂ©es, avortĂ©es sans ĂŞtre menĂ©es au bout car dĂ©jĂ une autre idĂ©e vient pointer le bout de son nez. C’est pourtant lĂ que la pièce aurait pu prendre de l’Ă©paisseur, que les doutes loin d’ĂŞtre anodins du mĂ©decin auraient pu prendre une toute autre ampleur. Quelqu’un qui se pose des questions existentielles Ă la vitesse d’un TGV alors 1) j’ai du mal suivre 2) j’ai du mal Ă croire. Et je reprĂ©cise : Bruno Wolkowitch n’y est pour rien. Delphine Rich non plus, c’est une comĂ©dienne que j’adore, mais malheureusement son personnage de magistrate je n’y ai pas cru non plus : trop de dĂ©sinvolture, trop de lĂ©gèretĂ© pour un personnage qui justement se concentre sur les prioritĂ©s, sur l’essentiel, qui reprĂ©sente l’autoritĂ©, la droiture et la justice. Quant Ă Julien Alluguette qui interprète le perturbĂ© Alan Strang, j’ai vu un comĂ©dien qui jouait bien. Comprenez que je n’ai pas vu le personnage, ce qui est un peu gĂŞnant. Il s’agite beaucoup mais dans ses contorsions j’ai vu les fils du marionnettiste, je n’ai pas senti que ça venait de l’intĂ©rieur et je n’ai pas vu de folie mais des manifestations factices.
Bon je finirai ma revue par les chevaux… Parce qu’il y a des chevaux dans la pièce, personnifiĂ©s sur scène par de jolis choupinous qui font des pirouettes. LĂ je suis exagĂ©rĂ©ment sarcastique, l’idĂ©e n’Ă©tait pas si mal mĂŞme si cela donne Ă la pièce un cĂ´tĂ© “pĂ©dĂ©” pas vraiment nĂ©cessaire quand le texte nous livre dĂ©jĂ des scènes de nuditĂ© plutĂ´t gratuites… A moins que l’on mise beaucoup sur le marais pour remplir la salle…
C’est Quand ? du mardi au samedi Ă 20h30 • les dimanche Ă 16h00 • [Relâche 16 novembre matinĂ©e]















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MatooBlog » m'a murmurĂ© Ă l'oreille:
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Michel m'a murmuré à l'oreille:
13/10/2008 Ă 20:15:18
Excellente critique, qui rappelle les ‘bons’ ingrĂ©dients de la rĂ©ussiste théâtrale : le verbe, l’intrigue, la progression dramatique, les caractères, les sentiments… Je cherchais des arguments pour voir ou ne pas voir cette pièce, dont le thème pouvait m’intĂ©resser… eh bien, je n’irai pas. Merci!