Hier soir, j’ai quitté mon travail vers 19h, direction Gambetta pour la petite séance de théâtre hebdomadaire. C’est ainsi tous les lundis soirs et ça doit être le seul moment de la semaine où je ne prête aucune attention aux gens qui m’entourent dans les transports en commun. Tout le long du trajet que je connais absolument par cœur, je réfléchis à l’organisation de la séance du soir ou bien je pense à mon texte. Cette année, après avoir passé un an à ne faire que de la mise en scène, je retrouve enfin le plaisir de jouer vraiment et pour l’occasion, je me suis fait plaisir en m’assignant un passage de 4.48 Psychose de Sarah Kane (pour les anglophones, le seul texte valable que j’ai trouvé sur cette pièce impossible à résumer). Pour faire simple, cette pièce parle d’une dépression clinique qui conduit une personne au suicide sans que rien ne puisse entraver son désir de mourir. Tout est vu de l’intérieur d’un esprit malade et requiert une très grande concentration. Tout ça pour dire qu’hier soir, j’allais comme un zombie dans les couloirs du métro, le regard obstinément fixé au loin, les lèvres en mouvement sur des mots inaudibles. Or, le chemin que je parcours pour aller de mon bureau au théâtre, je pourrais le faire les yeux fermés et hier soir, j’étais à ce point concentré sur mon texte que j’occultais totalement le monde autour de moi.
C’est arrivé à Auber, au moment de monter dans une rame de la ligne 3. Automate, je suis monté dans la voiture en marmonnant, le regard toujours perdu sur je ne sais quoi. Quand une petite altercation commença entre deux femmes dont les voix fissurèrent les murs de ma rêverie consciente.
“Non, mais madame vous pourriez-vous lever quand même, vous voyez bien que monsieur est aveugle!”
J’étais revenu sur terre et clairement je sais que j’avais l’air hébété genre “Qu’est-ce qui se passe ? Où suis-je ? Que fais-je ? Où vais-je ?”, le temps de réaliser que la femme parlait de moi et venait de faire se lever une dame pour me donner sa place assise. Je dus platement rassuré tout le monde, la femme qui voulait faire sa BA du jour était vexée et celle qui s’était levée énervée. J’ai finis le reste du trajet, les yeux fixés sur le plan des stations qui s’égrenaient jusqu’à Porte de Bagnolet.
Je ne sais pas si je peux en rire, mais ça m’amuse beaucoup.