Cette nuit, j’ai fait un rêve.
Jo revenais parmi nous.
Ce n’était pas comme si elle n’était jamais morte.
C’était un retour.
L’étrangeté de cette réapparition nous était à tous évidente mais nous faisions comme s’il était tout à fait normal qu’elle soit de nouveau là. Nous voulions tous y croire même si une petite voix dans nos têtes ne pouvait pas s’empêcher de nous murmurer qu’une chose pareille est inconcevable.
La vie reprenait un cours normal. Nous ressortions du cauchemar dans lequel nous pataugions depuis des mois.
Tout était redevenu plus léger, plus vivable, plus surmontable.
Nous n’osions pas l’interroger et quelque part nous nous en fichions de savoir ce qui s’était passé. Elle était là et c’est bien tout ce qui comptait.
Elle est venait visiter l’appartement que Chéri et moi avions choisi. Elle prenait des mesures dans toute les pièces. Nous discutions décoration et je lui demandais s’il était possible de donner un style gustavien à une commode. C’était possible.
Avec Jeannot, ils étaient pris d’une frénésie de voyages. Ils visitaient tous ces endroits qu’ils mentionnaient souvent sans jamais y avoir mis les pieds. Je recevais des cartes postales du monde entier et pendant ces absences, je gardais le chien. Elle prenait même des cours d’anglais pour pouvoir se débrouiller n’importe où.
Au bout d’un moment, plus rien ne nous paraissait étrange et la mort s’effaça de notre mémoire. La vie continuait avec ses hauts et ses bas, ponctuée de ces petits aléas qui nous évitent l’ennui.
Le temps ne s’était jamais arrêté.
Et mon réveil s’est mis à sonner.
Pendant quelques secondes, je me suis senti léger tel que je ne l’ai pas été depuis longtemps. Pour une fois, j’ai eu l’énergie de sauter hors du lit d’un coup, sans traîner mais quelque chose, alors, le silence ou le froid m’a rattrapé.
Et le sol s’est ouvert sur un gouffre sans fond sans rien pour freiner ma chute interminable.

Je connais ces rêves et ces réveils.