Amélie Nothomb c’est comme le Beaujolais nouveau, ça revient tous les ans à la même période, un moment très particulier de l’année où toutes les librairies de France sont en ébulliton : c’est la rentrée littéraire. Et moi, tous les ans je reste fidèle à la dame qui mange des fruits pourris et j’achète son nouveau livre dans les jours qui suivent sa sortie. C’est avant tout une question de fidélité à l’auteur d’Hygiène de l’assassin que j’aime relire de temps en temps. Après, un nouveau Nothomb, c’est un peu comme une pochette surprise, on sait jamais trop à l’avance si on va aimer ce qu’il y a dedans. D’habitude ou j’aime bien (Métaphysique des tubes), ou je déteste (Acide Sulfurique), ou alors ça me laisse totalement indifférent (Robert des noms propres). Cette année, Amélie Nothomb innove en me livrant un livre dont je ne sais pas quoi penser en dehors des classiques “trop court” et “fin un peu bâclée” mais à force, c’est devenu une marque de fabrique.
J’ai lu ici ou là dans des critiques que l’étrangeté du Fait du Prince avait un côté kafkaïen. Je veux bien voir dans le côté un peu absurde et invraisemblable autant que curieux du livre la marque de Franz mais ce n’est pas la première référence qui m’ait sauté aux yeux. C’est plutôt cette dernière qui justement me trouble et m’empêche d’avoir un avis clair sur ce dernier opus. J’ai en effet vu planer dans ce bouquin les ombres de Tom Ripley et de sa créatrice Patricia Highsmith. Cela m’a sauté à la figure du fait 1) que je connais très bien l’oeuvre de Patricia Highsmith qui aura droit un jour à un post “Patricia et moi” 2) Amélie Nothomb elle-même parle de cette auteure et ce, dans Hygiène de l’assassin : “D’abord, il faut des couilles [pour être écrivain]. Et les couilles dont je parle se situent au-delà des sexes ; la preuve c’est que certaines femmes en ont. Oh, très peu, mais elles existent : je pense à Patricia Highsmith.”
Rétablissons donc un peu les parentés littéraires. Il y a du Kafka chez Highsmith et de l’Highsmith dans Le Fait du Prince. On y retrouve les thèmes de perte/usurpation d’identité dont le personnage Tom Ripley est le champion. Il y a cette idée récurrente dans le livre de Nothomb des baies vitrées aux travers desquelles on regarde en secret l’intérieur d’une maison – thème du voyeurisme plein de fois développé par Patricia Highsmith. Il y a la maîtresse de maison qui semble presque aussi inconséquente et évanescente qu’Héloïse la femme de Ripley, ignorante des activités de son mari, amenée à vivre une vie presque séparée de lui. et cette idée, fréquente chez Highsmith, de l’être innocent dans les faits qui devient coupable dans sa pensée. Dans cette moisson de références, il reste deux traits totalement propres à Nothomb : le thème du double (le livre parle d’un homme – Olaf Sildur – qui meurt chez un autre – Baptiste Bordave – suite à quoi ce dernier décide de prendre l’identité du premier ) et le style. C’est à partir de là où je ne peux plus vraiment rien dire car au jeu de la comparaison, Nothomb perd à mes yeux alors même que Le Fait du Prince possède des qualités et une atmosphère plus qu’attirantes. Malheureusement, Highsmith renvoie un reflet tellement plus riche, plus sombre, plus complexe, plus ironique, plus abouti de ce qui aurait pu être le synopsis d’un de ses livres que Le Fait du Prince paraît une bluette creuse à côté. Et quelque part, ça m’attriste de penser à ce que livre aurait pu être.
Le post” Patricia et moi” m’intéresserait beaucoup, je dois dire : je n’ai encore rien lu d’elle mais je tourne autour sans trop savoir par où commencer. Je ne demande qu’à être convertie.