Je ne suis pas là pour longtemps. Quand bien même je vivrais cent vingt ans, cela ne serait pas assez, cela ne serait pas longtemps. La vie c’est trop petit, c’est trop étroit, c’est une cellule de verre, un enfermement permanent involontaire aux murs duquel on accroche des posters, souvenirs et désirs, morphine auto-sécrétée qui, on l’espère, rendront la détention un peu plus supportable.
J’ai trop de temps de cerveau disponible, trop le temps de penser, trop le loisir de contempler les parois au delà desquelles s’agite le monde. Et je tourne en rond dans ma cellule, me heurte à ses limites, aimerais faire exploser le verre et dans la dépressurisation me dissoudre dans l’air, big bang de l’âme enfin libre d’aller où elle veut.
Un corps. Un esprit. Un monde. Un temps. C’est trop peu. J’ai toujours rêvé fractalisation, démultiplication, expansion de mon être dans toutes les dimensions. Je ne peux ni ne veux être seul dans mon seul corps, n’abriter que ma pensée propre dans mon seul esprit, n’être qu’ici alors que je pourrais être aussi là-bas et ailleurs, n’être que maintenant quand je voudrais être hier et demain.
Il ne s’agit pas d’un rêve d’immortalité. Je ne crains pas la mort et, même si je n’ai pas eu le choix, le contrat à durée déterminée que j’ai signé avec l’existence me convient. Ce qui me rend fou, claustrophobe, agressif, c’est mon peu d’espace, c’est l’impression d’être un insecte enfermé dans un bocal, un brasseur d’air confiné qui va s’amenuisant. Ma survie ne vient que de mon imagination qui m’invente d’autres moi, d’autres univers, d’autres vies en d’autres temps. C’est ma morphine, celle qui me tient calme et posé au centre de ma cellule, celle qui m’empêche de me jeter comme un fou contre ses murs transparents…
*Le titre de ce poste est emprunté au livre éponyme de Patricia Highsmith.
Comment ne pas être raide dingue d’un pareil fou à lier ? Aaaaaaah.
Et oui ! c’est le problème d’avoir trop de cerveau …. ;D
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