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Les jours sans fin

- A 4 h 48
Quand la santé mentale fera sa visite
pour une heure et douze minutes j’ai tout mon jugement.
Sarah Kane, 4.48 Psychose

Aujourd’hui j’ai passé un dimanche comme je les hais, inutile, interminable et gris, infiniment gris malgré le haut soleil de juin qui chauffait les toits de Paris, malgré mes battements de coeur pour Chéri, malgré les milliards de tâches que j’aurais du accomplir, qui auraient du occuper mon esprit et l’empêcher ainsi de piétiner sur place.

J’ai passé le temps dans un état de procrastination totale, incapable de faire quoi que ce soit, énervé contre tout le monde – moi y compris et je me suis d’ailleurs vertement insulté en commandant une pizza alors que j’ai bien dix kilos à perdre à voir les photos de la Gay Pride sur lesquelles je ressemble à un cachalot.

Je connais bien cet état-là, cette impression de tourner en rond dans sa cage, de tourner encore et toujours à en avoir le vertige ou la nausée, l’enchaînement des cigarettes, les heures perdues pour rien sur Internet alors qu’à côté se tiennent imperturbables la pile des choses à faire et celle des choses qui permettraient de se changer les idées. Au lieu de quoi je suis resté à ruminer, immobile dans mon appartement, regardant les minutes se dissoudre dans l’air.

Ce n’est pas nouveau, cela m’arrive régulièrement et statistiquement ce genre de blocage survient plus souvent le dimanche. Ce qui a changé depuis la mort de Jo, c’est la morbidité de l’air dans ces moments-là, un sentiment accru de solitude, aiguisé comme une lame plantée dans le front qui empêcherait l’esprit de se débloquer pour retourner à un mode de fonctionnement normal, c’est l’absurdité du monde qui saute aux yeux, à la gorge et auquel on n’a pas envie, mais alors pas envie du tout d’apporter sa contribution. C’est une journée sans échappatoire, les portes sont fermées qui donnent d’ordinaire accès à mes royaumes imaginaires, pensées coincées au fond d’une rue sans issue barrée d’un mur trop haut pour être franchi aujourd’hui et le regard s’englue dans la réalité, mauvaise journée qui fait bien de se terminer, doucement aidée d’un peu de vodka – et qui demain revêtira les formes floues d’un mauvais rêve.

Miroir
Miroir

2 Responses to Les jours sans fin
  1. Laurent
    June 30, 2008 | 23:59

    Où pouvons nous trouver les photos du Colin Ducasse qui fait figure de cachalot ?

  2. Colin Ducasse
    July 1, 2008 | 16:58

    Certaines sont visibles sur FB, les autres ont été impitoyablement jetées aux flammes!!!! :-)

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