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Parle à ma main

Fais pas la têteAu sein de la World Company, on s’amuse, on s’éclate, on se fend la poire dans les couloirs au moins autant qu’un jour de sinistrose pandémique. Il y a peu j’écrivais que je m’ennuie profondément au boulot. Ce n’est pas tout à fait exact, il y a une chose qui m’amuse profondément au bureau: faire la gueule. En effet, si je suis connu dans la World Company pour posséder un caractère égal avec lequel il est facile de composer, celui-ci n’est absolument pas synonyme de jovialité. Sur mon visage on aurait plutôt tendance à lire “je fais chier personne alors vient pas me casser les noix”. Je ne travaille pas pour me lier d’amitié avec mes collègues, des amis j’en ai déjà. J’ai aussi une vie sociale alors inutile de me proposer d’aller prendre l’apéro ou dîner en soirée, j’ai vu leurs têtes toute la journée, ça me suffit amplement et au-delà même.

Je fais la gueule donc, je ne souris jamais et quand ça m’arrive, c’est d’un sourire mauvais que se fend mon visage (genre je vais balancer une crasse). C’est un peu un rôle de composition construit au fil des années et paradoxalement, je conserve une interface utilisateur facilement appréhendable – si mon interlocuteur est clair, intelligible, constructif et franc. En revanche, si on me sort du charabia-bullshiet – chose couramment admise curieusement, je fais clairement comprendre que je n’ai pas de temps à perdre. Comprenez je fais la gueule mais je reste poli tout en disant les choses comme elles sont – et dans la World Company, la vérité fait parfois (toujours) très mal à entendre. En bref je tire la tronche mais je ne m’énerve jamais. C’est un masque très utile pour ne pas se faire importuner pour rien et qui permet d’avoir l’air très absorbé lorsque, par exemple, on est en train de rédiger un billet pour son blog adoré.

Je ne suis pas le seul à avoir une tête de chien méchant. Sauf que moi je ne mords jamais (enfin si parfois mais il faut m’avoir mordu avant, je n’attaque jamais). Je peux rendre mal à l’aise, culpabiliser voire doucement mépriser mais jamais je ne crie sur quelqu’un. Ce qui n’est pas le cas des autres tire-la-tronche. Et là j’ai à l’esprit une collaboratrice en particuliers. A la voir, toute menue, toute apprêtée façon chez Colette, on ne peut se douter de rien. On peut juste constater qu’elle n’a pas l’air très heureuse dans l’existence. Mais l’habit ne fait pas la midinette. En réunion elle se transforme en une espèce de roquet hystérique assez effrayant genre petit chien de film de d’horreur. La première fois que j’ai assisté à une de ces séances de remplissage d’excel, alors que je n’avais rien dit, rien fait, elle s’était mise à m’aboyer dessus.

Bon là je dois faire une autre pause pour vous expliquer une autre facette de ma tendre et douce personnalité : je ne supporte pas qu’on me crie dessus. Pas au sens où ça me rend mal, où je ne sais plus où me mettre, où, même sans être fautif, je me sens coupable, non. En fait quand on me crie dessus, ça fait sauter un fusible dans ma tête, celui de l’audition. Je n’entends plus rien. C’est systématique et si j’essaie de comprendre ce qu’on m’hurle à la face, ça me donne d’effroyables migraines, je ne le fais donc jamais. Je pars toujours du principe que c’est celui qui crie qui a un problème, pas moi. Je veux dire que quand on en vient à ne plus pouvoir s’exprimer autrement qu’en gueulant, sans poser les problèmes calmement et lucidement sur la table, c’est un peu difficile d’avoir une bonne discussion claire, intelligible et franche.

Donc le roquet que je voyais pour la première fois m’aboyait dessus, probablement contaminé par la rage depuis fort longtemps. Mécaniquement le fusible de mes oreilles sauta. Dans des moments comme ça, j’opte alors pour deux attitudes très différentes. Si l’aboyeur est identifié comme un être possiblement nuisible à mon train-train, je me mets à sourire. D’un vrai sourire benêt qui me donne un air totalement stupide. Dans ce cas, ou la personne en face finit par m’ignorer en me jetant des regards attérés, ou bien elle finit par se calmer et on peut se mettre à discuter clairement, intelligiblement et franchement. L’autre option que je prends, lorsque j’ai affaire à des pairs ou à des gens qui ne peuvent rien contre moi, c’est de quitter la salle en disant qu’on reparlera quand tout le monde sera calmé. Grand Duchesse style. Parce qu’au boulot, moi, je suis pas un rigolo!

Qu’on se le dise…

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