En 1998, je quittais la maison familial pour aller faire mes études à Brest. Je ne devais plus jamais y revenir. A l’été 2000, mes parents déménageaient de l’appartement du Pecq pour aller habiter à Saint-Germain-en-Laye où je n’étais plus que de passage. Au moment de mon départ, je ne réalisais pas vraiment ce qui était en train de se jouer à l’intérieur de moi. C’était l’époque du grand chambardement, je ne restais pas deux ans au même endroit, passant pas mal de temps à l’étranger.
Puis ce fut le retour en région parisienne, l’occasion d’occuper un appartement à moi rien qu’à moi et où j’habite depuis près de six ans maintenant. Mais si l’on peut dire que, dans les faits, j’ai finalement posé mes valises dans ce deux-pièces du sud-est de Paris, je n’ai toujours pas fini de les trimballer dans ma tête. Six ans! On peut dire que le temps passe vite mais quand même, au bout de tout ce temps, je devrais me sentir comme à la maison… Ce n’est pas le cas et si j’ai écrit un jour que je n’avais plus vraiment de famille, voici dix ans que je n’ai pas de “chez moi”. Dans mon appartement, je n’ai jamais été que de passage, comme dans celui de Saint-Germain-en-Laye. Et si mon corps l’occupe, mon esprit lui ne s’y est jamais fait et même, mon incapacité maladive à rester seul a fait de cet endroit un lieu synonyme d’ennui mortel aux murs incrustés de mauvais souvenirs.
Je possède bien un refuge, là-bas, en Bretagne, la maison de Jo au cœur du Paradis où je ne crains jamais d’être seul car entouré de fantômes bienveillants, une bâtisse de mon âge si intrinsèquement liée à ma personne qu’elle fait partie de moi. Mais ce n’est pas “chez moi”. C’est, comme je l’ai écrit, un refuge, l’endroit du derniers recours où mon âme s’est installée mais où mon corps n’est que très rarement.
Alors “chez moi”, ça n’existe plus depuis 1998. Il n’y a pas à revenir en arrière, il fallait bien que je parte, il ne pouvait pas en être autrement, à mon tour de voler de mes propres ailes et d’aller faire mon nid ailleurs. En fait si j’y réfléchis bien, “chez moi”, ça n’a jamais existé. “Chez nous” avait un sens, pas “chez moi” et c’est probablement là le nœud du problème. Chez moi, c’est forcément chez nous, là où quelqu’un est là à m’attendre, là où je peux attendre quelqu’un, où je sais que tôt ou tard la porte s’ouvrira sur toi. A la vérité, je suis exténué de porter ces valises dans ma tête, je ne sais pas quand je les poserai, je ne sais même pas si je pourrai les poser un jour, je ne connais pas les conditions à réunir pour enfin les déballer et si cela doit arriver, j’espère conserver suffisamment de forces pour ne pas les lâcher d’ici là.
Un appel peut-être?
LOL nan nan, ce n’est pas un appel du pied à Chéri!!!
Ouai à peine.