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TADAAAMM TADA-POUM! Bon j’ai beaucoup souffert mais voici ma contribution aux Matriochkas - à replacer dans son contexte, évidemment.
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CHAPITRE 8

Combien de temps s’était-il écoulé depuis qu’elle avait abandonné Domi et Stéphane dans ce bar bondé de la rue Vieille du Temple ? Combien de temps depuis les appels insistants, ceux qu’elle n’avait pas entendus, ceux qu’elle avait laissés volontairement passer alors que le monde autour d’elle dansait et riait ? Combien d’alcool ingurgité entre la première sonnerie et ce moment fatal où, dépourvue de volonté, elle était sortie dans la rue pour décrocher ? Combien de minutes était-elle restée, l’air totalement hébétée sur le trottoir, la voix infernale qui susurrait l’enfer à son oreille ?

Marie perdait le fil de la chronologie. Le grand type qui l’avait appelé Talie c’était avant ou après qu’elle ait dit au revoir à ses amis ? Avant ou après d’avoir donné ses clefs à Stéphane qui n’avait plus de métro pour rentrer dans sa banlieue ? Avant ou après le téléphone ? Et ensuite, combien de bars avait-elle pénétrés, combien de verres avait-elle avalés dans l’espoir d’oublier, combien de kilomètres de bitume ses jambes avaient-elles déroulés sous elle dans la nuit chaude et murmurante de la ville? Combien, combien, combien…

Marie, les yeux au ciel, titubait, rimmel étalé sur les joues, adressant des prières inaudibles aux étoiles. Tout autour se jouait la danse des réverbères, les immeubles penchaient comme prêts à s’écrouler sur elle, le monde éclatait dans un kaléidoscope d’ombres et de lumières et les mots qui résonnaient dans son crâne à le faire exploser ! Tu étais la meilleure Talie… Les mots-couteaux plantés dans son cÅ“ur à elle et pour de vrai cette fois… Les mots-poison distillé dans les méandres de son cerveau. Ma pauvre Marie, tu es si stupide parfois… Les mots-balles de ping-pong qui rebondissaient à ses temps douloureuses, échos infinis de son humiliation. Marie s’arrêta net et se mit à hurler dans la rue :

« ASSEZ ! ASSEZ ! ASSEZ !»

Et le silence se fit total. Au bout de la rue un couple élégant dansait un tango, la femme avait une taille fine et parfaite, s’enroulait et se déroulait dans les bras de l’homme qui, à chaque passage, l’embrassait dans le cou. Ma pauvre Marie, tu es si stupide parfois… Serge et Sofia. Tellement faits l’un pour l’autre, tellement pareils. Elle avait une sorte d’attirance morbide pour les couteaux truqués… Ils dansaient dans la rue sous les yeux de Marie. Un couple impeccable vraiment, au sourire éclatant et qui faisaient saigner les pavés sous leurs pas de danse. D’un coup, Marie sentit la nausée la prendre à la gorge. Agrippée à un lampadaire de travers, elle ne put rien retenir et ce qu’elle vomit ce soir-là ne contenait pas que de l’alcool.

Haletante elle releva la tête. Serge et Sofia avaient disparu, la vision s’était envolée mais c’était toujours là, dans son estomac, une boule qui tournait, qui gonflait, qui demandait à sortir, qui la brûlait de l’intérieur. Mue par une nouvelle force intérieure, la vue encore voilée des vapeurs de l’alcool, elle se remit à avancer de façon hasardeuse, mais déterminée et encouragée par les cris vengeurs des étoiles.

Quai de l’Horloge, elle cassa son talon, manqua de s’écrouler par terre mais parvint à se maintenir debout. Et elle continua à avancer dans son rêve, indifférente à ses chaussures qu’elle avait abandonnées, la tête lourde, infiniment lourde mais le regard fixe, le regard obstiné, elle se rendait directement là où tout s’était déroulé. Sur les lieux du crime comme on dit et cette pensée la fit partir dans un fou rire incontrôlable.

Elle avait tout passé sans encombre, les deux digicodes, l’interphone qu’elle avait martelé de coups de poing, pleurant de rage devant cet obstacle auquel elle n’avait pas pensé et auquel, à sa plus grande surprise, une voix pâteuse répondit : « C’est à cette heure-là que tu rentres ? ».

Dans l’ascenseur, le miroir présenta à Marie le reflet d’une inconnue décoiffée, au maquillage de cauchemar et les pieds noircis, une Talie totalement décatie, aux yeux fous et au sourire mauvais.

La dernière fois qu’elle avait franchi cette porte, elle avait laissé Serge baignant dans son sang et elle s’était sentie libre, incroyablement libre. Cela n’avait pas duré très longtemps. Elle se mit à tambouriner violemment sur la porte encore et encore jusqu’à ce que quelqu’un, derrière, réagisse.

« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? »

Une voix de femme, tremblante de peur. Marie eut envie de rire. Pas très téméraire, le beau Serge, il préfère envoyer sa nouvelle proie au front.

« Laissez-moi entrer ! Je veux entrer !, cria-t-elle, laissez-moi parler avec ce fils de pute !
- Je vous préviens je vais appeler la police !
- Qui vous êtes d’abord ? Je veux pas vous parler à vous ! Pourquoi il vient pas me parler ? Hein ? Il a peur que je lui arrache la langue ? »

Silence.

« Madame, vous feriez bien de partir, j’ai appelé la police, ils sont en chemin !
- C’est ça, qu’ils viennent ! Je leur montrerai quel connard il est ! Serge ! Serge ! SERGE !
- Ecoutez, je ne sais pas de quoi vous parlez. Il n’y a personne d’autre ici. Je vis SEULE.
- Mensonge ! Mensonge ! »

Marie se mit à frapper de plus belle sur la porte jusqu’à ce que l’énergie la quitte. Elle tomba au sol, hoquetant des « s’il vous plaît » arrosés de larmes, grattant à la porte de désespoir. Et la nuit l’enveloppa.

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En espérant ne pas avoir fait trop de bêtises :-) Et bonne chance à Franck!!!!

3 voix dans la nuitQuelque chose à dire?
  • MyAvatars 0.2

    Krazy Kitty m'a murmuré à l'oreille:  

    Ouah… tu m’étonnes qu’elle finisse en cellule de dégrisement !

  • MyAvatars 0.2

    anita m'a murmuré à l'oreille:  

    abé voilà qui est finement tissé.J’aime beaucoup les talons aiguilles qui saignent le pavé sous leur tango morbide. Almodovarien en diable!
    Penélope/Franck, à toi de dénouer tout cela!

  • MyAvatars 0.2

    Marie Alster m'a murmuré à l'oreille:  

    Hé bien! Les choses se précisent, se lient parfaitement et à la fois, on sent, là, tout près, un ultime rebondissement… Bravo! Et je pense que nous avons tous une pensée émue pour Franck…

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Pièce n°10062008 ajoutée au(x) dossier(s):Les Ecrits Durs