A Chaque Fois – Barbara
Parler d’amour sans mièvrerie, sans roudoudouter mielleusement autour du parfum des roses est chose assez ardue et il est tout autant difficile d’en parler avec distance et lucidité sans tomber dans un discours autopsique et froid, dans l’analyse rationnelle d’une relation qui ne l’est pas car bâtie avant tout sur les émotions et l’alchimie que suscitent l’union de deux êtres. Il arrive d’ailleurs à beaucoup de tomber dans le piège du cynisme; ils parlent de leur histoire comme d’une anecdote, la banalise ou minimise la place qu’elle peut occuper dans leurs existences. Par une sorte de réflexe d’auto-défense, “pour ne pas souffrir”, certains ne s’y impliquent qu’à moitié, la condamnant, quand elle devient trop engageante, trop réelle, à l’échec.
J’arrive à un stade de ma vie où je ne suis plus vraiment vierge de quoi que ce soit en matière de relation amoureuse. J’ai déjà eu des relations “longues” dont une de plus de quatre ans qui s’est finie par un fiasco total et que ma mémoire sélective tend à effacer totalement de ma mémoire. Aujourd’hui je suis avec Chéri et je vis ma troisième histoire sérieuse. Déjà, de dire celà, de l’écrire de façon si plate et si sérieuse, je ne suis pas très à l’aise. On le sait, on nous le répète, on en fait des articles dans les magazines de société et l’expérience vient nous le confirmer douloureusement : l’amour ça dure un temps, ça s’étiole et puis ça finit. Un jour on se réveille à côté d’un corps étranger, on ne reconnaît plus l’autre, on ne comprend plus ce qui nous relie à l’autre. Ou vice-versa. Fini le temps des roudoudous, calinous et des je t’aime à en mourir. On se retrouve alors à nouveau sur le marché des célibataires où c’est la foire d’empoigne. On se traîne seul jusqu’à la prochaine rencontre exceptionnelle qui changera notre vie du tout au tout – et c’est comme dans la chanson de Barbara. A force, ne finirait-on presque par s’habituer à ces éternels recommencements? Ne deviendrions-nous pas blasés?
On dit : l’amour à la vie à la mort c’est fini, l’amour ce n’est plus pour toujours, c’est pour aujourd’hui et demain on verra. Demain on recommencera, quoiqu’il arrive on recommencera et toujours on y mettra autant de coeur et d’ardeur jusqu’à ce qu’à nouveau la flamme s’éteigne jusqu’au jour où plus rien ne fera plus vaciller celle qui brûle à l’intérieur de soi.
J’ai écrit : avec Chéri, je vis ma troisième relation sérieuse. Je dis cela à mon corps défendant, je dis cela parce que c’est la réalité, parce que c’est la vérité mais la formulation m’horripile au plus haut point. Comme de me dire qu’un jour ça finira, comme d’évoquer la possibilité d’une fin, comme de me dire que cette histoire en est une parmi d’autres que je vivrai ou que j’ai vécues. J’ai écrit : avec Chéri, je vis ma troisième relation sérieuse. Je ne l’ai pas dit, je ne le dirais jamais, je l’ai écrit et c’est très différent. Je ne pourrais jamais me résoudre à dire que toi et moi, Chéri, ça peut se terminer (attention pente mielleuse, Colin redresse le volant!) car je ne le pense pas, car je ne peux ni ne veux y croire et que le simple fait d’envisager une telle éventualité parerait presque cet idée d’un voile de réalité cynique qui bannirait à lui seul toute possibilité de futur. Je veux bien être conscient qu’un jour peut-être nous romprons, je n’ai pas pour habitude de mettre des œillères mais de le dire, de l’évoquer et quelque part de rendre ça possible par sa simple évocation, je ne peux pas.
Je suis un enfant du futur. Je n’ai pas de passé – par là entendez que je n’en garde que très peu de traces et de souvenirs, j’échappe au poids du présent par l’imaginaire et toujours je me projette dans l’avenir. C’est une clef que peu connaissent de ma personnalité car je garde mes “prédictions” pour moi et c’est une constance. Obstruez cet horizon par la sombre possibilité d’une rupture et je ferai marche arrière. Et si dans tous les autres domaines de ma vie, lucide et déterminé, je mène ma barque, en amour j’ai besoin de savoir que ça ne finira jamais, j’ai besoin de regarder l’avenir à deux et que celui-ci soit sans limite aucune. C’est ce ciel dégagé qui me permet d’aller pour le meilleur et pour le pire, main dans la main avec Chéri et qui fait de notre relation, non pas la troisième de ma vie, mais LA relation de ma vie et de lui, l’homme de ma vie. Sans “jusqu’à la prochaine fois”.
une histoire longue et sérieuse, la flamme il faut l’entretenir a deux et en être conscient…
que cette histoire ne finisse jamais…
Mine de rien, c’est quand même une jolie déclaration d’amour, non?
De mon côté, je ne me suis jamais posé la moindre question, et je suis bien certain de finir le reste de mes jours avec mon ronchon de mari. Et franchement, entre nous, ici, là, c’est assez jouissif de vivre comme ça.
Que vous évoque la mièvrerie amoureuse ?
@milane > Je n’ai rien contre la mièvrerie amoureuse quand elle se cantonne à la sphère intime. Moi-même je m’y adonne allègrement avec Chéri, tout en conservant le recul nécessaire pour ne pas tout prendre au sérieux. Après c’est l’exposition publique qui me dérange et ce n’est pas une question de pudeur. C’est juste que quand je lis quelque chose de mièvre, je ne peux pas m’empêcher de lever les yeux au ciel. Et je n’aime pas infliger aux autres ce qui me dérange moi-même.