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[Il faut que je vous raconte… C’est une drôle d’histoire en fait, une histoire de brosses à dents ! Dingue !! En fait tout a commencé alors que j’étais chez B. toute la semaine dernière. Nous avions bien senti que quelque chose se tramait dans la salle de bain, et puis il fallait se rendre à l’évidence, il y avait des signes avant-coureurs qui ne trompent pas…]

Ce fut, le deuxième jour, une inscription au dentifrice sur le miroir de la salle de bain. “Marre de cette vie de merde” criait les mots blancs et nerveux. Sur le coup, je faillis interpeler B. pour lui demander ce qui se passait dans sa petite tête mais je me ravisai. J’effaçai prestement l’inscription, ramassai la brosse à dents de B. posée sur le sol et qui avait visiblement servi à écrire le mot. Je n’allais pas gâcher notre début de relation par des soupçons de démence dépressive mais cet incident devait me pousser à être un peu plus sur mes gardes les jours suivants et à surveiller attentivement B. du coin de l’oeil. Evidemment aujourd’hui, cela prête à rire mais au moment des faits, comment aurais-je pu savoir que ce n’était pas B. le problème mais sa brosse à dents?

Deux jours plus tard, un autre événement allait mettre le feu au poudre. Surgissant de la salle de bain, B. fonça sur moi en brandissant sa brosse à dents : “c’est toi qui a fait ça?”. Le ton était particulièrement agressif, hostile même. En louchant un peu sur l’objet que B. brandissait sous mes yeux comme une arme blanche, je ne pus que constater l’effroyable: une lame de rasoir s’était logée entre les poils de la brosse à dents! Le regard que je jetais alors sur B. fut alors sans ambiguïté, je le voyais maintenant comme un dangereux maniaco-dépressif. En retour il me fixait de ses grands yeux comme si j’étais le plus grand psychopathe de tous les temps. Une engueulade suivit, donnant à chacun de nous l’occasion de dire qu’il n’était pas l’auteur d’une telle folie. Au bout d’une heure, nous cessâmes le débat et engageâmes la discussion sur tout autre chose. Mais le poison du doute avait commencer à couler dans nos veines.

L’air s’était considérablement alourdi dans l’appartement de B. suite à cette histoire. Nos dialogues en devenaient sibériques, nous étions deux amants qui se regardaient en chiens de faïence. Et puis ce fut le drame.

Un soir, au sortir de la douche, j’allais pour m’astiquer les quenottes. Je tendis ma main pour attraper ma brosse à dents sans vraiment y prêter attention. Mais au moment d’étendre le dentifrice sur la brosse, je me rendis compte que la tête de ma brosse à dent faisait un angle droit avec son corps et n’y était plus retenue que par quelques fibres de plastique. Ma brosse à dents avait la nuque brisée! J’étais à deux doigts de me mettre à hurler contre B. et de quitter son appartement en claquant la porte. Quand je vis sa brosse à dents à lui. Cela ne dura pas longtemps mais l’espace d’une seconde, je crus voir un visage au sourire grimaçant se dessiner dans les poils de la brosse à dents de B. Ce fut si fugace que je crus à une vision sur le coup. Néanmoins une idée se frayait un chemin dans ma tête : la brosse à dents de B. avait assassiné la mienne. C’était absurde comme explication, totalement dément, mais elle avait le mérite de nous disculper B. et moi.

Aujourd’hui, je suis certain que sa brosse à dents n’avait pas supporter l’emménagement de la mienne dans le même verre. De rage, elle a d’abord tenté de suicider en se jetant du haut lavabo après avoir écrit un mot rageur sur le miroir. Manqué. Alors elle a mis au point un autre stratagème. En hébergeant une lame de rasoir dans ses poils, elle espérait blesser B. au sang pour qu’il la jette à la poubelle. Encore manqué. De désespoir, elle a alors décidé de tuer ma brosse à dents. Ce raisonnement me ravissait et m’enchante toujours et dès ses premiers balbutiements, je savais que je n’arriverais jamais à convaincre B. de son bien fondé.
Alors je me suis penché vers la brosse à dents de B. et je lui ai soufflé à l’oreille: “Je sais ce que tu as fait”.

Dans la nuit, nous fûmes réveillés par une insupportable odeur de brûlé en provenance de la kitchenette. Alarmé, je me levai d’un bond pour allumer la lumière. Ma menace avait porté ses fruits, la brosse à dents de B. s’était immolée sur une plaque électrique. Et devant la flaque de plastique fondu, B. se mit à me dévisager. Je pouvais deviner l’inquiétude qui l’étreignait derrière l’air ahuri qu’il arborait. Alors pour nous sauver, je pris le parti d’être le coupable et déclarai, dans un sourire: “Voilà, c’est fini. Nous n’aurons plus de problèmes maintenant”.

Contribution au Sablier de Printemps, amorce 2
Amorce 2 choisie par Elisabeth et tirée du billet Toothcrush publié par Matoochou

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