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Année Zéro

C’était hier, un début d’année 2008, je fêtais mes trente ans et perdais ma mère en l’espace d’un mois. Au moins je sais que je n’aurai pas de difficulté à compter les années passées à vivre sans Jo, le temps les égrainera , trente et UN, trente DEUX, trente TROIS, trente QUATRE, trente CINQ et ainsi de suite avec une régularité implacable. Moi qui n’aime pas m’embarrasser de souvenirs, je sais que là je ne pourrai pas y couper et que s’il m’arrive un jour d’oublier le 31 janvier 2008, c’est à mon anniversaire, le 4 janvier, que surgira dans ma mémoire, comme un coup de semonce perpétuel, l’insoutenable regard de ma mère agonisante. A mon tour maintenant de porter dans mon ventre celle qui m’enfanta. Et les années de séparation mesureront mon vieillissement comme pour les parents la croissance des enfants.

J’ai perdu la personne qui m’était la plus chère au monde et je me tiens encore debout. Il m’arrive d’éprouver de la tristesse mais aucun laisser-aller ne vient saper mes fondations. Les cendres de Jo sont un terreau où mon épicurisme s’enracine, elles sont la validation des mes orientations passées et tracent un chemin futur balisé de recommandations. Je me sens plus proche aujourd’hui de celui que j’étais quand j’avais dix-sept ans que du Colin de ces dix dernières années. Et c’est bien connu qu’à dix-sept ans, on n’est pas sérieux. La seule mais fondamentale différence est donc que je sais aujourd’hui de quoi je parle. Mes emportements, autrefois bâtis sur du vent, auront dorénavant de solides fondements. De mes vingt à trente ans, la vie se sera amusé à m’écorcher. D’égratignures en plaies béantes, de lamentations en vraies dépressions, j’aurais reçu je pense la dose nécessaire de souffrance. La mort de Jo ne m’est pas une blessure additionnelle. C’est juste ce qui pouvait m’arriver de pire dans l’existence, c’est la blessure qui efface toutes les autres et qui cicatrisera tatouage incandescent au revers de la peau. Avec Jo, c’est ma peur qui est morte et mes rêves, longtemps condamnés pour se plier à l’inconséquence ambiante, renaissent. Et tant pis si l’avoir en pâtit, j’ai dorénavant décidé d’être.

One Response to Année Zéro
  1. Shaggoo
    March 4, 2008 | 22:27

    Quelle force de vivre coule en toi, Colin !

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