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Archive for March, 2008

[Il est trois heures du matin, je n’arrive pas à dormir. J’entends le bruit de la mer, des vagues qui s’écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leur larmes les pierres insensibles.] J’entends mais je n’écoute pas. Ce n’est pas cette nuit que je me noierai dans le poème de la mer, le vacarme en moi est trop grand, il parasite tout du sifflement du vent dans la cheminée aux craquements du bois dans la maison, tous ces bruits qui m’empêchaient de dormir lorsque j’étais gamin, qui faisaient naître des monstres dans les flaques d’ombre et s’éveiller les cauchemars. Aujourd’hui les sons glissent, ricochent à la surface de ma conscience et puis plongent dans l’oubli.

Quatres heures, je ne dors toujours pas. Je suis venu seul et je n’aurais pas du. Je suis venu seul mais aurais-je pu venir accompagné? Non, mille fois non évidemment, alors tant pis si ça tourne en rond dans ma tête ce soir, tant pis si l’insomnie s’est invitée à mon séjour parmi les fantômes, tant pis si ça fait mal. Il fallait que je vienne. J’ai allumé toutes les lumières dans la maison et tous les souvenirs me sautent à la gorge. Je pourrais tout éteindre et m’enfoncer dans ma mémoire mais je ne suis pas venu ici pour pleurer. Je suis venu pour me battre.

Quatre heures quarante-huit, à l’heure où la frontière s’efface, des éclats de voix s’élèvent dans le salon, plus bruyants que la mer et le vent qui redoublent de puissance pour couvrir les cris de joie des fantômes. On fête Noël, on mange, on boit, on rit. Les cadeaux sont un prétexte pour se réunir et ressasser une nouvelle fois les mêmes histoires. On a posé des bougies partout, le compteur n’arrête pas de sauter en raison de la tempête qui hurle dehors mais c’est plutôt amusant, cela fait une anecdote que l’on pourra se raconter aux Noël suivants. Curieux comme les moments les plus heureux peuvent devenir les plus douloureux… Maintenant c’est dans la cuisine que cela se passe, une partie de belote arrosée de chouchenn. J’ai bien dit belote attention, je n’ai pas dit coinche, ça c’est pour les amateurs, nous on joue à la belote la vraie. Avec l’alcool au bout d’un moment c’est difficile de se concentrer mais avec ma partenaire aucun souci, on gagne à tous les coups. On gagnait à tous les coups. Ne pas sombrer dans la mélancolie, ce serait trop facile! Il faut ouvrir les yeux, voir et revoir ce qui ne sera plus jamais, se repasser une dernière fois le film des moments heureux pour après tourner la page et croire en l’avenir. Nous allons dans ma chambre où l’air est lourd. Je suis malade, très malade, ma partenaire de belote s’est reconvertie en infirmière. Elle ne me quitte pas et garde les yeux sur moi soixante-douze heures durant.

Cinq heures treize, la mer s’étend étale à l’infini, bleue comme le ciel radieux qui s’ouvre et le soleil brûle nos peaux insouciantes. Je sors sur la terrasse où les fantômes déjeunent à l’ombre du grand parasol. Nous irons nous baigner tout à l’heure, nous plongerons dans l’eau un peu fraîche encore et elle dit en riant pas moi elle est encore trop froide pour moi. Elle essaiera quand même et trempera un demi-orteil dans l’eau avant de faire une grimace et de remonter les rochers pour s’étendre au soleil en soulignant que quand même on est mieux là.

Six heures deux, les premiers rayons, la tempête comme un rêve est passée et les fantômes sont partis se coucher. Les rouleaux d’écume continuent toujours de se fracasser mais le vent est tombé. Le soleil déchire le ciel par endroits et myriadaire étincelle sur les flots. Une tasse de café à la main, je sors dans l’air limpide et immobile. Et je la vois qui marche au loin dans la clarté bleuté des petits matins qui ont des parfums de douce éternité. Une seconde plus tard, elle s’est évaporée.

Contribution au Sablier de Printemps, amorce 3
Amorce 3 choisie par Otir

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[Il faut que je vous raconte… C’est une drôle d’histoire en fait, une histoire de brosses à dents ! Dingue !! En fait tout a commencé alors que j’étais chez B. toute la semaine dernière. Nous avions bien senti que quelque chose se tramait dans la salle de bain, et puis il fallait se rendre à l’évidence, il y avait des signes avant-coureurs qui ne trompent pas…]

Ce fut, le deuxième jour, une inscription au dentifrice sur le miroir de la salle de bain. “Marre de cette vie de merde” criait les mots blancs et nerveux. Sur le coup, je faillis interpeler B. pour lui demander ce qui se passait dans sa petite tête mais je me ravisai. J’effaçai prestement l’inscription, ramassai la brosse à dents de B. posée sur le sol et qui avait visiblement servi à écrire le mot. Je n’allais pas gâcher notre début de relation par des soupçons de démence dépressive mais cet incident devait me pousser à être un peu plus sur mes gardes les jours suivants et à surveiller attentivement B. du coin de l’oeil. Evidemment aujourd’hui, cela prête à rire mais au moment des faits, comment aurais-je pu savoir que ce n’était pas B. le problème mais sa brosse à dents?

Deux jours plus tard, un autre événement allait mettre le feu au poudre. Surgissant de la salle de bain, B. fonça sur moi en brandissant sa brosse à dents : “c’est toi qui a fait ça?”. Le ton était particulièrement agressif, hostile même. En louchant un peu sur l’objet que B. brandissait sous mes yeux comme une arme blanche, je ne pus que constater l’effroyable: une lame de rasoir s’était logée entre les poils de la brosse à dents! Le regard que je jetais alors sur B. fut alors sans ambiguïté, je le voyais maintenant comme un dangereux maniaco-dépressif. En retour il me fixait de ses grands yeux comme si j’étais le plus grand psychopathe de tous les temps. Une engueulade suivit, donnant à chacun de nous l’occasion de dire qu’il n’était pas l’auteur d’une telle folie. Au bout d’une heure, nous cessâmes le débat et engageâmes la discussion sur tout autre chose. Mais le poison du doute avait commencer à couler dans nos veines.

L’air s’était considérablement alourdi dans l’appartement de B. suite à cette histoire. Nos dialogues en devenaient sibériques, nous étions deux amants qui se regardaient en chiens de faïence. Et puis ce fut le drame.

Un soir, au sortir de la douche, j’allais pour m’astiquer les quenottes. Je tendis ma main pour attraper ma brosse à dents sans vraiment y prêter attention. Mais au moment d’étendre le dentifrice sur la brosse, je me rendis compte que la tête de ma brosse à dent faisait un angle droit avec son corps et n’y était plus retenue que par quelques fibres de plastique. Ma brosse à dents avait la nuque brisée! J’étais à deux doigts de me mettre à hurler contre B. et de quitter son appartement en claquant la porte. Quand je vis sa brosse à dents à lui. Cela ne dura pas longtemps mais l’espace d’une seconde, je crus voir un visage au sourire grimaçant se dessiner dans les poils de la brosse à dents de B. Ce fut si fugace que je crus à une vision sur le coup. Néanmoins une idée se frayait un chemin dans ma tête : la brosse à dents de B. avait assassiné la mienne. C’était absurde comme explication, totalement dément, mais elle avait le mérite de nous disculper B. et moi.

Aujourd’hui, je suis certain que sa brosse à dents n’avait pas supporter l’emménagement de la mienne dans le même verre. De rage, elle a d’abord tenté de suicider en se jetant du haut lavabo après avoir écrit un mot rageur sur le miroir. Manqué. Alors elle a mis au point un autre stratagème. En hébergeant une lame de rasoir dans ses poils, elle espérait blesser B. au sang pour qu’il la jette à la poubelle. Encore manqué. De désespoir, elle a alors décidé de tuer ma brosse à dents. Ce raisonnement me ravissait et m’enchante toujours et dès ses premiers balbutiements, je savais que je n’arriverais jamais à convaincre B. de son bien fondé.
Alors je me suis penché vers la brosse à dents de B. et je lui ai soufflé à l’oreille: “Je sais ce que tu as fait”.

Dans la nuit, nous fûmes réveillés par une insupportable odeur de brûlé en provenance de la kitchenette. Alarmé, je me levai d’un bond pour allumer la lumière. Ma menace avait porté ses fruits, la brosse à dents de B. s’était immolée sur une plaque électrique. Et devant la flaque de plastique fondu, B. se mit à me dévisager. Je pouvais deviner l’inquiétude qui l’étreignait derrière l’air ahuri qu’il arborait. Alors pour nous sauver, je pris le parti d’être le coupable et déclarai, dans un sourire: “Voilà, c’est fini. Nous n’aurons plus de problèmes maintenant”.

Contribution au Sablier de Printemps, amorce 2
Amorce 2 choisie par Elisabeth et tirée du billet Toothcrush publié par Matoochou

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Posted under: Les Ecrits Durs

[Maintenant que l’affaire est médiatisée, que non seulement les sites internet, mais aussi la radio et la télé parlent de l’affaire, je me sens plus libre d’en parler.] Surtout, je suis particulèrement fier de vous annoncer officiellement la commercialisation d’Isolde®, androïde polyvalent de première génération, disponible chez nos partenaires distributeurs, dès le 6 avril, entre midi et treize heures, pour les premiers arrivages. Isolde® a spécialement été conçue pour répondre à tous vos besoins, qu’il s’agisse de multiplier le nombre pi par 4993 ou de satisfaire vos envies dans la chambre à coucher. Elle saura se révéler la compagne idéale et vous pourrez la configurer à votre envie. Badine, maline, coquine ou simplement utile, vous pourrez aussi bien utiliser Isolde® pour combler la solitude de vos soirées que pour ouvrir vos bouteilles grâce à un tire-bouchon intégré, accessoire disponible parmi une dizaine d’autres (en option, liste exhaustive disponible sur notre site www.isolde.fr) plus pratiques les uns que les autres. Isolde® vous sera livrée en 48h dans une combinaison ultra-moulante et extra-seyante, turquoise, parme ou lila (colori au choix). Afin de satisfaire absolument tous vos désirs, Isolde® sera bientôt complétée par le modèle Tristan®, actuellement en cours de finalisation grâce à la générosité de nos formidables donateurs dont vous pouvez grossir les rangs en venant vous inscrire dès à présent sur notre site. Qu’attendez-vous pour faire rentrer le futur chez vous?

Professeur Xave, Président de la fondation ISOLDE (Inititiative contre la SOLitude Des Etres)
Liste des conditions générales de vente sur www.isolde.fr

Contribution au Sablier de Printemps, amorce 1
Amorce 1 choisie par Elisabeth et tirée du billet Médiatisation publié par Tarvalanion

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Posted under: Les Ecrits Durs

Colin comme un éclair, pleins feux sur nénuphar
Et projecteurs braqués sur Dame l’Existence,
Zigzague aveuglément, sage mais sans prudence
Et brûle insouciamment son cœur colin-maillard.

Un nocturne sans lune où la mer se fracasse,
L’autre vit révolté au cœur des turbulences,
Des cauchemars qu’enfantent les sourdes violences,
L’autre rage et répond au doux nom de Ducasse.

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Taazé

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Posted under: La Vie 2.0

FervexIl y a des jours comme aujourd’hui où j’ai l’impression de me diluer jusqu’à devenir inexistant. Où je ne veux rien, où je n’attends rien, où je ne peux rien faire, cerveau bloqué sur un néant total, pensées plus calmes qu’une mer étale. Ce n’est pas un état dépressif mais plutôt comme si j’étais entre parenthèses, totalement incapable d’articuler deux idées entre elles, inapte à tout sauf pour sombrer dans un sommeil où mon encéphalogramme est plus actif que quand je garde les yeux ouverts. Je peine d’ailleurs énormément à écrire ce post, mon esprit décroche toutes les trente secondes mais cette activité a le mérite de nourrir auprès de mes collègues l’illusion que je travaille, chose qui est aujourd’hui totalement au dessus de mes forces.

Très clairement, mon état de santé est la cause de cette hibernation de ma pensée. Je suis complètement shooté au Fervex mon meilleur ami, j’extirpe des litres de morve de mon nez rouge d’irritation, je me déplace au radar. Je rentrerais bien chez moi pour me coucher mais rien que l’idée de me taper une heure de trajet dans les transports en commun, ça me retire toute envie de m’extirper de ma chaise. Ce qui est bien quand je suis dans cet état, c’est que rien ne peut m’atteindre, le monde s’agite autour de moi et je le laisse filer. Un coup de fil désagréable de ma banque? Ok je prends note, je vous rappelle quand j’ai enregistré ce que vous venez de me dire (et qui n’avait pas du tout l’air agréable). Un collègue veut me voir en réunion? Désolé pas possible on remet ça à plus tard et non désolé ce n’est pas négociable. L’apocalypse est pour dans deux heures? Ben tant pis je ferai rien de ce sursis à part dormir peut-être. On me propose d’aller visiter la Cité de l’Architecture ce soir? Navré vraiment mais… navré vraiment point.

De l’indifférence totale à l’état brut. Sans atermoiements, sans regrets, sans espoirs. La journée comme un rêve éveillé dont je ne serais que le spectateur. Le temps qui s’écoule à son véritable rythme, ni rapidement, ni lentement. Il est midi cinquante-trois. Ok, je prends note mais ça ne va rien changer. Je pourrais être une statue de pierre que cela ne changerait rien à la situation. Je ne suis même pas dans l’attente de quelque chose. Je suis juste posé là comme une plante verte et je prends seulement garde de l’arroser régulièrement car l’eau a tendance un peu à m’éveiller et à ne pas avoir l’air trop hagard.

Enfin voilà, la vie {un peu trop réelle} de Colin Ducasse, c’est aussi de grands moments passionnants à raconter…

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Posted under: Life, Oh Life!

Il n’est pas de plus grand danger pour moi que la solitude.

Alors que je l’espère souvent, alors que je la rêve, quand elle pointe le bout de son nez, la solitude change ma vie en cauchemar. Et ce week-end, elle ne m’a pas lâchée une seconde, colocataire indésirable en mon appartement, elle s’est invitée dans mon salon avec sa sale gueule de travers. Assise dans mon canapé, armée d’un sudoku, elle n’a pas bougé deux jours durant au cours desquels elle a consciencieusement conserver mes clefs de par elle, porte fermée sur l’extérieur, sortie interdite, maintenant allez-y petites pensées, vous pouvez tourner en rond! Dans ces moments-là j’ai parfois l’impression que les murs de mon appartement s’éloignent les uns des autres et que des flaques d’ombre apparaissent même en pleine lumière, prêtes à me happer dans des gouffres sans fond. Je me déconnecte de la réalité pour entrer dans un cauchemar éveillé, rempli de vide et d’idées noires, ou tout prend des proportions gigantesques, où tout devient obstacle absurde et insurmontable.

Ce week-end, ça s’est mieux passé que d’habitude et j’en suis plutôt fier. J’ai slalomé entre les flaques de nuit sans trop y prendre garde et j’ai balancé toute la lumière de mon halogène sur les idées noires qui se manifestaient. Histoire de bien les regarder en face pour une fois. Je n’ai pas toujours réussi et ces deux journées passées en autarcie me laissent encore un goût amer dans la bouche mais dans l’ensemble j’ai plutôt bien résisté. De façon un petit peu ridicule, j’ai toujours gardé mon téléphone à portée de main. Je suis allé jusqu’à le mettre dans un sac plastique pour pouvoir l’emmener avec moi sous la douche. Il a très peu sonné mais je n’ai loupé aucun appel et ceux que j’ai reçus sont ceux que j’attendais. Pour la première fois, la solitude n’avait pas mis mon téléphone sous cadenas. Disons plutôt que je ne l’ai pas laissée faire cette fois-ci et même si j’étais pathétiquement scotché à l’écran du portable dans l’attente de messages de Chéri, il faut noter que le progrès est grand.

Et puis il y a eu ces appels, ceux qui ont bien failli me miner le moral et me renvoyer dans mes délires, ceux de Jeannot, Milly et Mamie. Petits dialogues entre solitudes, chacun seul dans son coin, chacun à affronter ses démons dans le silence, chacun à tenter d’établir un lien avec son interlocuteur pour faire revivre Jo le temps d’une conversation, pour se convaincre qu’on peut bien prendre des nouvelles des autres sans passer par son intermédiaire et qu’on a des choses à se raconter entre nous, pour finalement se taire et se dire qu’il nous en faudra du temps et de la volonté pour que l’on arrive à se parler vraiment. Drame dans le drame de la mort de celle qui était notre trait d’union, le pivot de la famille, le rouage qui faisait que ça marchait, un petit côté concierge qui rapportait aux uns ce que faisaient les autres et tous nous étions au courant de la vie de chacun et nous épargnaient de prendre directement des nouvelles. Le trait d’union s’est évaporé et chacun devient mot flottant détaché du mot composé famille.

Pour l’instant je me refuse à prendre la place de Jo, je ne veux pas de ce poids-là à porter. Je sais bien que je suis celui qui se sort le mieux de cette histoire et à tel point que je me demande depuis combien de temps je m’étais psychologiquement préparé à perdre ma mère. Jeannot se retrouve seul à la maison au milieu des vestiges de trente ans de vie commune avec Jo avec pour seul réconfort la présence de Simba; Milly, trois ans de moins que moi, exilée à l’autre bout de la France avec sa sensibilité à fleur de peau et sa culpabilité de ne pas avoir été suffisamment présente; Mamie à triple tour dans le passé, dans la douleur de la perte de sa fille, dans l’attente de son propre départ. Je ne tomberai pas dans le même piège que Jo et je ne peux surtout pas en faire plus que ce que je fais aujourd’hui. Le sol n’est pas encore suffisamment solide sous mes pas pour que je laisse quelqu’un s’appuyer sur moi. Il me faut déjà apprendre à me tenir debout tout seul et je pends garde à ne pas faire de Chéri une béquille, ce combat est le mien, qu’il ne vienne pas polluer notre belle histoire. Quand je l’aurai gagné et seulement alors, je pourrai pleinement devenir le fils de Jo. D’ici là, j’aurai bien d’autres victoires à remporter dans le silence de mon appartement.

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Tempête à Ouessant

Ces jours-ci le vent souffle fort sur la France et je me demande ce que je fais à Paris. Je sais mon coeur semblable aux houles déchaînées qui doivent claquer aux côtes du Finistère, je sais ma colère aussi grande que les vents furieux qui font battre les volets bleus, je sais mon âme offerte aux armées de nuages noirs qui fusent dans le ciel, jets d’encre sombre qui coule dans mes veines! Je serais bien mieux là-bas, en vigie sur la côte, non loin de la Maison de Jo, frappé de vent, de pluie, de mer, j’y laverais cette colère qui me larve l’esprit et me donne l’envie d’envoyer chier tout le monde - quand je ne rêve pas secrètement de les frapper jusqu’à plus soif. Tout ce que mon sang peut avoir de barbare ressort ces derniers jours, avis de tempêtes dans ma tête et je les sens putain oui je les sens ces humeurs ancestrales qui remontent en moi, océan en furie entre Molène et Ouessant, cyclone ravageur à La Réunion, sangs mêlés des îles, pompés par mon coeur, je pourrais les apaiser si j’étais là-bas, si je pouvais marier ma rage aux tempêtes hurlantes et freiner le galop de ma misanthropie aux crêtes des vagues grondantes. Je serais certainement plus facile à vivre et en tout cas c’est sûr, je n’aurais plus mal à la tête à force de retenir ma colère.

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Posted under: Life, Oh Life!

“Qui refuse le couplet Travail Famille Shoppy s’expose à un décès socialement complet, mais on lui laisse des heures l’entière disposition. Et ça vous n’y avez jamais songé. Jamais songé à ce que ça change. Sinon vous feriez attention et depuis si longtemps qu’il y aurait chez vous nettement moins de vivants.”

Chloé Delaume, J’habite dans la télévision

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Canal Saint-Martin, ParisC’est ici que j’ai commencé ma vie, à Paris sur les bords du canal Saint-Martin où mes parents louaient un studio qui, déjà à l’époque, leur coutait les yeux de la tête. De ce que me disait Jo, en 1978 ce quartier de Paris était loin d’être aussi bobo qu’aujourd’hui. Je n’en ai absolument aucun souvenir sachant que nous n’y sommes restés qu’à peine deux ans. Le loyer, l’éloignement du travail et l’annonce de l’arrivée de Milly dans la famille allait nous contraindre à déménagé en banlieue en 1979. Un regret longtemps ruminé par Jo. Un parmi plein d’autres.




Ile Marante, ColombesNous sommes alors arrivés à Colombes(92). Difficile de trouver une image sympathique de cette grise ville des Hauts-de-Seine. Alors je mets une photo du parc de l’Ile Marante où me parents m’emmenaient souvent. Une fois encore j’ai peu de souvenirs de cette époque si ce n’est justement des toboggans du parc. C’était une période dure pour mes parents qui, en tant qu’éducateurs, avaient des horaires compliqués et de longs trajets pour ce rendre au travail. Et puis je ne leur facilitais pas vraiment la tâche étant l’archétype du môme hurlant et démoniaque. Ils ont notamment essayé de me mettre à l’école maternelle vers mes deux ans. Echec cuisant. Le seul moyen de me calmer c’était de me mettre devant la télé. A dix-huit mois c’était bien parti! Heureusement pour eux, il ne s’agissait que d’une phase “enfant terrible” de ma part. Mais j’étais à ce point agité que mes parents se trouvèrent désarçonnés par le calme olympien de Milly. Je suis sûr - déformation professionnel de leur part - qu’ils ont du penser qu’elle avait un problème psycho. Peu après sa naissance, 1981, nous avons quitté Colombes…

Le Pecq… et nous avons définitivement migré vers cette chère banlieue de l’ouest parisien dont je n’ai pas fini de vous parler. Notre première et longue étape en terres d’Yvelines(78) fut Le Pecq. Nous y sommes restés de 1981 à l’été 1999. Si je suis critique de ce coin de la région parisienne, c’est parce que j’en suis parti et que j’ai réussi à m’en détacher. Globalement, ces années-là furent heureuses et nos vies à Jeannot, Milly et moi, y furent tendrement mais sûrement encadrées par Jo qui tenait le foyer d’une main de fer. Le choix d’aller habiter là était motivé par deux raisons principales: Le Pecq nous rapprochait considérablement du lieu de travail de Jeannot (Jo avait arrêté de travailler) et aussi (surtout?) cette ville dortoire et sans âme nous mettait Milly et moi à portée des établissements scolaires de Saint-Germain-en-Laye.

Saint-Germain-en-LayeLe Pecq est anecdotique dans l’histoire, ce qui compte, c’est St-Ger comme on l’appelle. Ville royale, ville bourgeoise, ville productrice de candidats aux grandes écoles. Je pense qu’il est dur d’imaginer ce qu’est Saint-Germain quand on y a pas vécu. La ville possède une identité forte et surtout, des règles qui lui sont propres. Pour survivre à Saint-Germain-en-Laye il faut ou le statut social ou l’excellence. Toute cette région vit presque en vase clos, déconnecté des réalités du monde à un point difficilement imaginable. Et nous nous retrouvions là, Milly et moi, membres de la classe moyenne inférieure mais salutairement doués à l’école. Les années qui s’écoulèrent là furent heureuses. Jeannot et Jo ont tout fait pour que nous nous fondions dans le paysage alors que pour eux ce fut le début d’une vie autarcique. On ne prononce pas le mot “sacrifice” dans la famille. Ce fut pourtant ce qui fut commis.

Brest1998. Je quitte le 78 pour passer trois années en école d’ingénieur à Brest au fin fond du Finistère nord. Bien qu’habitué à la Bretagne, le choc est grand pour moi au départ. Le climat est insupportable (en fait, quand on dit qu’il pleut tout le temps en Bretagne, sachez que c’est faux. C’est uniquement à Brest qu’il pleut tout le temps, je l’ai empiriquement vérifié) et je me retrouve entouré d’élèves-ingénieurs bourrins et culturellement affligeants. Il faut dire qu’avant mon départ, je passais le plus clair de mon temps à sortir sur Paris où je faisais mes premiers pas dans le monde de la nuit depuis environ 1995. Saint-Germain avait fait de moi un être pédant, Paris-la-nuit avait rajouté une couche de superficialité pétasse insupportable. A Brest, j’ai reposé les pieds sur Terre. J’y ai passé trois très bonnes années au cours desquelles des amitiés profondes se sont nouées, j’y fait mes premières armes en tant que comédien et me suis nourris du vent des tempêtes. Trois années pour quitter l’adolescence, entrecoupées de stages à l’étranger.

HambourgEté 2000, Hambourg, Allemagne. J’y passe plusieurs mois pour effectuer mon stage de deuxième année. Et je tombe à ce point amoureux de cette ville que quand je quitte l’école en 2001, je cherche un moment à aller y vivre. J’ai quelques difficultés à expliquer que mon attachement à Hambourg n’est lié en rien au fait que j’y ai vécu ma première relation sérieuse avec un autochtone qui s’appelait Stefan. Je n’associe rien aux personnes que j’aime ou que j’ai aimées. Les odeurs, les endroits, les atmosphères sont des choses que je distingue toujours des personnes. Mon histoire avec Stefan dura presque deux ans (relation à distance donc), nous avons complètement rompu les ponts et je garde pourtant Hambourg dans mon coeur sans pour autant éprouver de nostalgie. Je sais juste que dans cette ville je me sentais bien. Je m’y sentais moi. A ce jour, Hambourg demeure dans mon top 5 des villes où je voudrais vivre.

La HayePrintemps 2001, La Haye, Pays-Bas. Autant avant de partir pour Hambourg, j’avais fait un peu la gueule. Aller en Allemagne ne m’inspirait pas plus que ça. A l’arrivée, l’expérience fut formidable. Au contraire, quand il fut décidé que j’effectuerais mon stage de fin d’étude aux Pays-Bas, je sautais de joie… Pour me retrouver en enfer! De ces expériences, je garde profondément ancré en moi qu’il ne faut jamais écouter ses a prioris avant de se rendre quelque part. La Haye, ce fut l’horreur et plus globalement, les Pays-Bas car cela n’aurait rien changé si j’avais été à Amsterdam. Culturellement je n’ai pas du tout réussi à m’y faire, culinairement j’ai cru mourir - j’ai d’ailleurs perdu dix kilos là-bas, et je découvrais surtout un pays qui n’est en fait libéral que dans les textes. Je déteste faire des généralités alors je dirais que je n’ai pas eu la chance de tomber sur les bonnes personnes. Mais je continue de penser qu’elles doivent être très bien cachées au pays du gouda.

ParisAutomne 2001. Me voici de retour à Paris. J’ai 23 ans, mon diplôme en poche et une vie nouvelle qui s’ouvre à moi. Paris ne fut pas un choix délibéré. Mes années brestoises m’avaient lavé de mon parisianisme et j’étais ouvert pour aller poser mes valises n’importe où. Mais une proposition d’embauche plus tard et j’étais de retour dans la ville qui m’avait vu naître. Il ne lui fallut pas longtemps pour couler à nouveau dans mes veines et si je sais très bien que je pourrais vivre ailleurs, chaque jour qui passe me retient davantage à Paris. Cela fait sept ans qu’elle est mon présent. Je ne m’avancerais pas beaucoup en disant qu’elle sera aussi mon futur…

Oh, il y a aussi une autre ville mais celle-là, je la garde pour moi ;-)

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