[]
Skip to Navigation Skip to Content

Archive for February, 2008

Pièce écrite et mise en scène par Yasmina Reza
Avec : Isabelle Huppert, André Marcon, Valérie Bonneton, Eric Elmosnino


Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza avec Isabelle Huppert

C’est coup double en ce moment au Théâtre Antoine! Non seulement il s’y joue une pièce de Yasmina Réza mise en scène par l’auteure elle-même - rien que cela suffirait à motiver le déplacement! - mais en plus qui trouvons-nous dans la distribution? Isabelle Huppert la grande dans un registre auquel elle ne nous avait pas habitué…

Dans “Le Dieu du Carnage” on retrouve toute la patte de l’auteure de “Art!”, les bons mots qui fusent et qui font mouche, une situation banale qui dégénère, des alliances qui se forment et se déforment entre les personnages qui se livrent un véritable combat sur scène. Ici deux couples de parents vont s’affronter au sujet d’une bagarre qui a opposé leurs fils respectifs. Au début l’échange est affable, très politiquement correct mais rapidement ça dérape, les masques se lézardent et laissent apparaître les véritables visages. Même les couples ont du mal à amortir le choc, ils montrent des faiblesses, des tensions entre les partenaires de vie, des incompréhensions séculaires qui ressurgissent au fur et à mesure que les esprits s’échauffent.

Je n’ai pas trouvé que cette pièce était la meilleure de Réza mais je mentirais en disant que je n’ai pas pris de plaisir devant “Le Dieu du Carnage”. L’écriture y est magnifique et sert finement des situations aux relents de vécu, les vannes fusent et il est souvent difficile de ne pas éclater de rire. La mise en scène est plutôt impeccable et j’ai trouvé une certaine subtilité aux déplacements des quatre personnages qui sont sur scènes quasiment en permanence. Niveau interprétation on est dans du bon aussi malgré un léger déséquilibre entre les comédiens. Isabelle Huppert qui m’avait mis à genoux dans 4.48 Psychose confirme ici qu’elle peut définitivement tout jouer et qu’elle est la meilleure. C’est d’autant plus agréable que dans cette comédie, tout ne tourne pas autour d’elle et ça fait du bien de la voir dans un rôle où elle n’a pas à porter la pièce tout seule. Du grand talent sans tirer la couverture à elle, j’applaudis! Autre comédien remarquable, Eric Elmosnino campe merveilleusement un Alain flegmatique, agaçant et drôlatique. Face à eux, j’ai trouvé que Valérie Bonneton et André Marcon étaient un petit peu en deça mais sans réelle fausse note, juste peut-être un peu moins de conviction dans le jeu. Mais ne nous y trompons pas, à ce niveau de théâtre, c’est un peu comme pointer du doigt les défauts d’une toile de maître. Car quoiqu’on en dise, c’est bien la pièce à voir en ce moment.

C’est Où? Théâtre Antoine • 14 boulevard de Strasbourg • 75010 Paris
C’est Quand ? Du mardi au vendredi à 20h45, samedi 17h et 20h45
« Previous Page
COLIN DUCASSE
« Previous Page

Le Ver

« Previous Page
Posted under: Clic-clac Kodak!

Aujourd’hui était l’enterrement.

Très rapidement il était devenue évident pour Jeannot, Milly et moi que cette journée n’était pas pour nous mais pour les autres, les membres de la famille et les amis dont certains ont reçu la nouvelle du décès comme un coup de fouet, tant Jojo avait tenu à ce qu’on n’en parle pas. A la fin de sa vie, on peut dire qu’elle aura fait sa Dietrich en n’autorisant auprès d’elle que son mari, ses enfants, sa mère et son frère.

La journée n’a fait que confirmer ce sentiment et nous avons passé le plus clair de notre temps à attendre et, paradoxe, à consoler les vivants. Nous les victimes de la première ligne nous sommes retrouvés à passer des mains dans le dos, à dire des “ça va aller” et des “oui c’est moche la vie”. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’ironie de la situation nous a fait rire mais pas loin comme si Jeannot, Milly et moi avions été contaminés par la bitch attitude mythique de Jojo, les bien-pensants s’abstenir.

Tout ça pour vous amener à l’objet qui fut au centre de notre réelle préoccupation ces derniers jours : la playlist. D’office écartés, les requiems, Ave Maria et les chants grégoriens. C’est joli mais peu signifiant et nous cultivons un athéisme pointilleux face auquel la moindre notion à Dieu, au Diable, au ciel ou à l’enfer nous aurait donné de l’urticaire et à Jo encore plus. Exit aussi “Ne me quitte pas” de Brel et autres “Avec le temps”, pour le pathos vous repasserez, Jo en avait horreur. Du grand Jacques toutefois nous avons retenu un temps “Quand on que l’amour” finalement rejeté car trop généraliste. Il faut vous dire que nous n’avions prévu qu’un seul texte à dire - heureusement d’ailleurs vu la déclamation catastrophique chignon quignon non pignon pardon du maître de cérémonie - suivi de chansons à messages plus ou moins personnels. Deux raisons à cela : 1) les gens font dix fois plus attention aux paroles et c’est “comme si” c’était Jo qui parlait et non un tiers chagriné et tremblant ou un maître de cérémonie incertain et 2) Ca fait passer le temps plus vite et ça permet de dire un peu au gens à quoi penser pendant la demi-heure de recueillement. Pour le reste, ils auront ce qu’ils leur restent de vie pour penser à Jo.

En présentant la fameuse playlist au maître de cérémonie, nous avons bien senti qu’il y avait là quelque chose de pas très catholique dans notre choix et j’ai profondément regretté que Maman n’ait pas été fan de Metallica - tout j’aurais tout fait pour contratrier ce maître de cérémonie qui découvrait sous nos yeux comment fonctionnait la chaîne hi-fi. Finalement tout s’est bien déroulé. Nous nous sommes ratatinés sur nous-mêmes lors des chansons à nos yeux importantes et l’assistance a fait le reste audiblement touchée par la platine. La playlist était composé de sept chansons avec dans le désordre : 3 de Maxime Le Forestier (Si je te perds, La Visite, Frisson d’Avril - mois de naissance de Jo), Tien An Men de Calogero car nos petits combats valent aussi la peine, Ma plus belle histoire d’amour de Barbara merveille de chanson à double-tranchant du style “ma plus belle histoire d’amour c’est toi même quand tu m’as laissé tombée comme une merde”, La Fille du vent d’Olivia Ruiz car Maman elle avait son petit tempérament et Mais la vie… chantée par Maurane et Lara Fabian. Nous avions organisé les chansons de la plus triste à la plus positive genre on vous assomme au départ puis on vous fait remonter la pente.

A l’arrivée donc nous sommes satifsfaits du résultat mais il faut que vous sachiez que je vous ai parlé plus haut de la playlist officielle la sage bien que peu solennelle, la gentiment taquine, l’apaisante qui offre la paix à qui sait l’écouter bien. Il en existe une autre, une playlist off que nous distribuerons à un cercle plus restreint, une playlist un peu plus piquante que celle d’aujourd’hui et qui traduira mieux la force incroyable, la hargne de Jo et son sens de l’ironie, tout ce qui nous porte aujourd’hui et nous guidera demain. Je la mettrai en ligne ici-même quand elle sera finalisée. Elle comportera notamment une autre chanson de Barbara que nous avons diplomatiquement gardée pour nous et qui s’intitule “Les Rapaces” et dont le titre de ce billet est tiré. Si vous la connaissez, vous comprenez que ne pouvions pas la mettre aujourd’hui, de même que “Le Dîner” de Bénabar. Certains auraient pu prendre ces chansons pour eux… pas forcément à tort ;-)

Néanmoins certains titres seront conservés de la playlist officielle. Je vous laisse avec l’une d’elle.

« Previous Page
Posted under: Life, Oh Life!

Voilà, c’est fini. J’ai dans la tête la voix de Marnie dans le film éponyme d’Alfred Hitchcock. Voilà, c’est fini. Le nénuphar aura été le plus fort, Jo est partie et nous, nous restons là, pantelants, chacun s’agite à sa manière, chacun fait au mieux. L’enterrement est prévu pour le milieu de la semaine prochaine.

J’ai été prévenu mercredi dernier, vers midi, alors que j’étais à Lorient pour le travail, à vingt minutes en voiture de notre maison de vacances. De notre maison, devrais-je dire. J’ai sauté dans le premier train. 3h40 dans le brouillard à ne penser à rien. Puis le métro, le RER et je suis arrivé à St-Ger, le Châtenay-Malabry de Jo qui pleurait quand elle écoutait cette chanson de Vincent Delerm. Je l’ai encodée pour vous mais moi je crois que je ne l’écouterai plus jamais. Je l’ai encodée pour vous, pour que vous ayez une petite idée de Jo, vous dire que cette chanson c’était un peu sa vie.

Je suis arrivé à St-Ger, il devait être vers 17h30, je suis allé à l’hôpital. Milly m’attendait à l’entrée. Nous n’avons pas échangé un mot et je l’ai suivie jusqu’à la chambre. Et là… Jo dans son lit, défigurée par le nénuphar. Son regard quand elle me vit me déchira les tympans. Ses yeux ont poussé un insoutenable cri silencieux quand j’ai franchi la porte de la chambre, j’ai vu le tableau de Munch, un regard qui me hurlait “Nooon! il ne faut pas! va-t’en!”, un regard de joie aussi, un regard d’amour éperdu. C’est ce regard qui fera de moi un autre, je le sais car il me poursuivra pour le restant de mes jours.

Ce fut une longue nuit pour nous tous. Nous avons joué aux chaises musicales autour de Jo qui respirait péniblement, incapable de prononcer un mot mais consciente. Elle a souri à chacun d’entre nous, elle a aussi souvent fais une moue célèbre dans la famille :”non mais franchement vous n’avez rien de mieux à faire?” Les infirmières nous faisaient du café et passait de temps en temps pour augmenter les doses de morphine. La nuit fut longue au chevet de Jo, nuit sous néons rythmée par sa respiration bruissante, et par les “Non!” qu’elle poussait à chaque inspiration. Non… Non… Non… Non… Elle s’est battue toute la nuit, je le voyais dans ses yeux où je plongeais les miens en souriant. Car je lui souriais, d’un vrai sourire - auprès d’elle mes larmes s’évaporaient - et elle y répondit quelque fois par un clin d’oeil. La nuit fut longue et s’arrêta net vers 5h20. Mon visage à trente centimètres du sien, je n’ai pas perdu une seconde de ses derniers souffles. Jusqu’au bout j’ai caressé sa joue, je lui ai murmuré de l’amour à l’oreille et je l’ai laissée s’agripper à mon regard. Mais rien n’aurait pu entraver l’oeuvre fatale du nénuphar et vers 5h20, Jo s’est éteinte auprès des siens, sans souffrance.

Je devais écrire ces mots et je devais vous les dire. Je les détruirai peut-être un jour ou bien les garderai pour moi. Ce n’est pas ainsi que je voulais vous parler de Jo, je ne voulais pas commencer par sa mort mais c’est ainsi, la vie ne fais pas semblant. Je vous parlerai d’elle souvent.

A Jo, ma petite maman, victime du nénuphar le 31 janvier 2008 à l’âge de 53 ans.

« Previous Page
Posted under: Life, Oh Life!