Aujourd’hui était l’enterrement.
Très rapidement il était devenue évident pour Jeannot, Milly et moi que cette journée n’était pas pour nous mais pour les autres, les membres de la famille et les amis dont certains ont reçu la nouvelle du décès comme un coup de fouet, tant Jojo avait tenu à ce qu’on n’en parle pas. A la fin de sa vie, on peut dire qu’elle aura fait sa Dietrich en n’autorisant auprès d’elle que son mari, ses enfants, sa mère et son frère.
La journée n’a fait que confirmer ce sentiment et nous avons passé le plus clair de notre temps à attendre et, paradoxe, à consoler les vivants. Nous les victimes de la première ligne nous sommes retrouvés à passer des mains dans le dos, à dire des “ça va aller” et des “oui c’est moche la vie”. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’ironie de la situation nous a fait rire mais pas loin comme si Jeannot, Milly et moi avions été contaminés par la bitch attitude mythique de Jojo, les bien-pensants s’abstenir.
Tout ça pour vous amener à l’objet qui fut au centre de notre réelle préoccupation ces derniers jours : la playlist. D’office écartés, les requiems, Ave Maria et les chants grégoriens. C’est joli mais peu signifiant et nous cultivons un athéisme pointilleux face auquel la moindre notion à Dieu, au Diable, au ciel ou à l’enfer nous aurait donné de l’urticaire et à Jo encore plus. Exit aussi “Ne me quitte pas” de Brel et autres “Avec le temps”, pour le pathos vous repasserez, Jo en avait horreur. Du grand Jacques toutefois nous avons retenu un temps “Quand on que l’amour” finalement rejeté car trop généraliste. Il faut vous dire que nous n’avions prévu qu’un seul texte à dire - heureusement d’ailleurs vu la déclamation catastrophique chignon quignon non pignon pardon du maître de cérémonie - suivi de chansons à messages plus ou moins personnels. Deux raisons à cela : 1) les gens font dix fois plus attention aux paroles et c’est “comme si” c’était Jo qui parlait et non un tiers chagriné et tremblant ou un maître de cérémonie incertain et 2) Ca fait passer le temps plus vite et ça permet de dire un peu au gens à quoi penser pendant la demi-heure de recueillement. Pour le reste, ils auront ce qu’ils leur restent de vie pour penser à Jo.
En présentant la fameuse playlist au maître de cérémonie, nous avons bien senti qu’il y avait là quelque chose de pas très catholique dans notre choix et j’ai profondément regretté que Maman n’ait pas été fan de Metallica - tout j’aurais tout fait pour contratrier ce maître de cérémonie qui découvrait sous nos yeux comment fonctionnait la chaîne hi-fi. Finalement tout s’est bien déroulé. Nous nous sommes ratatinés sur nous-mêmes lors des chansons à nos yeux importantes et l’assistance a fait le reste audiblement touchée par la platine. La playlist était composé de sept chansons avec dans le désordre : 3 de Maxime Le Forestier (Si je te perds, La Visite, Frisson d’Avril - mois de naissance de Jo), Tien An Men de Calogero car nos petits combats valent aussi la peine, Ma plus belle histoire d’amour de Barbara merveille de chanson à double-tranchant du style “ma plus belle histoire d’amour c’est toi même quand tu m’as laissé tombée comme une merde”, La Fille du vent d’Olivia Ruiz car Maman elle avait son petit tempérament et Mais la vie… chantée par Maurane et Lara Fabian. Nous avions organisé les chansons de la plus triste à la plus positive genre on vous assomme au départ puis on vous fait remonter la pente.
A l’arrivée donc nous sommes satifsfaits du résultat mais il faut que vous sachiez que je vous ai parlé plus haut de la playlist officielle la sage bien que peu solennelle, la gentiment taquine, l’apaisante qui offre la paix à qui sait l’écouter bien. Il en existe une autre, une playlist off que nous distribuerons à un cercle plus restreint, une playlist un peu plus piquante que celle d’aujourd’hui et qui traduira mieux la force incroyable, la hargne de Jo et son sens de l’ironie, tout ce qui nous porte aujourd’hui et nous guidera demain. Je la mettrai en ligne ici-même quand elle sera finalisée. Elle comportera notamment une autre chanson de Barbara que nous avons diplomatiquement gardée pour nous et qui s’intitule “Les Rapaces” et dont le titre de ce billet est tiré. Si vous la connaissez, vous comprenez que ne pouvions pas la mettre aujourd’hui, de même que “Le Dîner” de Bénabar. Certains auraient pu prendre ces chansons pour eux… pas forcément à tort
Néanmoins certains titres seront conservés de la playlist officielle. Je vous laisse avec l’une d’elle.
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