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Voilà, c’est fini. J’ai dans la tête la voix de Marnie dans le film éponyme d’Alfred Hitchcock. Voilà, c’est fini. Le nénuphar aura été le plus fort, Jo est partie et nous, nous restons là, pantelants, chacun s’agite à sa manière, chacun fait au mieux. L’enterrement est prévu pour le milieu de la semaine prochaine.

J’ai été prévenu mercredi dernier, vers midi, alors que j’étais à Lorient pour le travail, à vingt minutes en voiture de notre maison de vacances. De notre maison, devrais-je dire. J’ai sauté dans le premier train. 3h40 dans le brouillard à ne penser à rien. Puis le métro, le RER et je suis arrivé à St-Ger, le Châtenay-Malabry de Jo qui pleurait quand elle écoutait cette chanson de Vincent Delerm. Je l’ai encodée pour vous mais moi je crois que je ne l’écouterai plus jamais. Je l’ai encodée pour vous, pour que vous ayez une petite idée de Jo, vous dire que cette chanson c’était un peu sa vie.

Je suis arrivé à St-Ger, il devait être vers 17h30, je suis allé à l’hôpital. Milly m’attendait à l’entrée. Nous n’avons pas échangé un mot et je l’ai suivie jusqu’à la chambre. Et là… Jo dans son lit, défigurée par le nénuphar. Son regard quand elle me vit me déchira les tympans. Ses yeux ont poussé un insoutenable cri silencieux quand j’ai franchi la porte de la chambre, j’ai vu le tableau de Munch, un regard qui me hurlait “Nooon! il ne faut pas! va-t’en!”, un regard de joie aussi, un regard d’amour éperdu. C’est ce regard qui fera de moi un autre, je le sais car il me poursuivra pour le restant de mes jours.

Ce fut une longue nuit pour nous tous. Nous avons joué aux chaises musicales autour de Jo qui respirait péniblement, incapable de prononcer un mot mais consciente. Elle a souri à chacun d’entre nous, elle a aussi souvent fais une moue célèbre dans la famille :”non mais franchement vous n’avez rien de mieux à faire?” Les infirmières nous faisaient du café et passait de temps en temps pour augmenter les doses de morphine. La nuit fut longue au chevet de Jo, nuit sous néons rythmée par sa respiration bruissante, et par les “Non!” qu’elle poussait à chaque inspiration. Non… Non… Non… Non… Elle s’est battue toute la nuit, je le voyais dans ses yeux où je plongeais les miens en souriant. Car je lui souriais, d’un vrai sourire - auprès d’elle mes larmes s’évaporaient - et elle y répondit quelque fois par un clin d’oeil. La nuit fut longue et s’arrêta net vers 5h20. Mon visage à trente centimètres du sien, je n’ai pas perdu une seconde de ses derniers souffles. Jusqu’au bout j’ai caressé sa joue, je lui ai murmuré de l’amour à l’oreille et je l’ai laissée s’agripper à mon regard. Mais rien n’aurait pu entraver l’oeuvre fatale du nénuphar et vers 5h20, Jo s’est éteinte auprès des siens, sans souffrance.

Je devais écrire ces mots et je devais vous les dire. Je les détruirai peut-être un jour ou bien les garderai pour moi. Ce n’est pas ainsi que je voulais vous parler de Jo, je ne voulais pas commencer par sa mort mais c’est ainsi, la vie ne fais pas semblant. Je vous parlerai d’elle souvent.

A Jo, ma petite maman, victime du nénuphar le 31 janvier 2008 à l’âge de 53 ans.

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