Car je générais du cash, donc les signaux ne sont pas si inquiétants que cela. Tant que nous gagnons et que cela ne se voit pas trop, que ça arrange, on ne dit rien.
— Jérôme Kerviel
Dur très dur de passer à côté de l’affaire Société Générale et de son médiatique et fautif trader, seul successeur légitime de Copperfield après qu’il a fait disparaître des milliards d’euros de la matrice. L’affaire de la fraude m’intéresse assez peu en elle-même et j’étais bien tenté de dire “Next!” jusqu’à ce matin où je suis tombé sur un article du Monde sur Monsieur K. Alors je vous rassure tout de suite je ne vais pas me lancer dans une diatribe contre les milieux financiers. En fait, il n’y a que Monsieur K. qui m’intéresse.
L’aliénation des hommes au système qui les exploite est une chose qui me fascine autant qu’elle me sidère. Je vous parle là des gens qui sont censés avoir toutes les cartes en main pour se construire un avenir sur mesure, je vous parle des grand-diplômés, de ceux qui ont le choix et qui finissent finalement par opter pour celui du pouvoir ou de l’argent, du déni de soi au nom d’une sacro-sainte carrière qui fait s’annihiler l’homme dans le système, l’organique dans la machine et finit par n’en faire qu’une vulgaire bien qu’efficiente orange mécanique. Au point d’en perdre tout repère, de n’obéir qu’à des valeurs fictives et inhumaines. Je ne vous dirai pas que je ne comprends pas que l’on puisse ainsi se désintégrer. Au contraire je saisis bien la fascination de l’argent, du pouvoir et de la gloire qui animent ces êtres mais je persiste de plus en plus à penser que ce n’est que prostitution et vente d’âme, compromission et perte d’intégrité, aveuglement et réelle bêtise.
Monsieur K., il a en plus comme un petit désir de revanche derrière les fagots. Avec son “pauvre” DESS, il fait bien pâle figure face aux ténors des écoles qu’il fréquente tous les jours. Il nous la joue un peu à la Rastignac, Monsieur K., “à nous deux Wall Street!”. On ne nous dit pas quels étaient ses rêves d’enfant, ni quel type d’homme il aurait voulu être, ni quel bourrage de crâne à quel moment il a subi, quand c’est produit le lavage de cerveau, l’erreur fatale qui l’aura perdu lui-même, celle qui a fait de lui un mouton dévoreur de dollars. Il n’y a que ça qui m’intéresse moi car il n’y que ça qui ait un sens : comprendre comment l’homme arrive à contribuer tête baissée à l’absurdité et à la vacuité du monde qui l’entoure. Comprendre tous les Monsieur K. de la Terre.







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