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Autoportrait Août 2010

Qui?

Qui suis-je étais-je ou serai-je
Au vent qui délie les dunes
Au temps qui dilue les neiges
Qui ? – un fantôme diurne

Une interminable ébauche
A la lampe répétée
Mille fois mais toujours gauche
A jamais inachevée

La question se pose…

… de savoir si je vais continuer à entretenir ce blog.

Il n’y a pas de remise en cause ou de problème d’anonymat
Il n’y a pas de lassitude, d’auto-censure ou de manque d’inspiration
Il y a juste un manque de temps certain pour écrire ici tout ce je voudrais
Il y a le temps dont j’ai besoin pour m’impliquer dans d’autres projets
Il y a la question de maintenir en vie ce qui n’est au fond qu’un grand brouillon désorganisé que je pourrais aussi bien dessiner dans un cahier

Je vais continuer encore un peu c’est sûr

mais la question se pose…

La place des livres

Ils étaient partout chez nous, dans quasiment toutes les pièces de l’appartement. Je me souviens que les plus beaux, les plus précieux, les plus fragiles étaient dans la bibliothèque en verre du salon ou sur de petites étagères dans l’entrée; ils courraient le long des murs du couloir qui menaient aux chambres et ne laissaient entre eux que quelques interstices par lesquelles on pouvait vaguement deviner la tête du papier peint; dans ma chambre, disposés dans une bibliothèque noire, ils occupaient tout un mur; dans celle de mes parents, ils se tenaient en totems autour des tables de chevet; ils se dressaient en piles dans les toilettes et on en trouvait même parfois quelques uns égarés dans la salle de bain. Ma sœur en avait peu et chez elle, ils tenaient sur deux étagères. Ils étaient totalement absents de la cuisine, nous n’étions pas versés dans les recettes culinaires.

A la maison, on n’écoutait pas de musique, ou très peu, ou vieille, ou démodée. On n’allait jamais au cinéma, c’était une activité de vacances, mais on regardait beaucoup de films à la télévision mais des vieux ou avec quelques années de retard par rapport à leurs dates de sortie. J’étais totalement à la masse concernant ce qui était en vogue durant les années 80 et au début des années 90. Quand nous allions au musée, c’était pour aller au Louvre, à Orsay ou à des expositions archéologiques. Je n’étais culturellement pas en contact avec le présent d’alors.

On ne m’a pas expliqué la vie quand j’étais enfant ou adolescent, on ne m’a pas expliqué la mort et on me disait que dehors c’était dangereux, qu’il fallait faire attention et ne pas faire confiance. Quasiment jusqu’à mes dix-sept ans j’ai vécu dans un autre univers et je garde de toute cette période le souvenir de mes soirées passées, penché sous la lampe, à faire mes devoirs. Et la mère, fermant le livre du devoir, s’en allait satisfaite et très fière. Je n’étais pas malheureux, loin de là, mais j’avais de furieuses envies d’ailleurs et d’autres choses, j’implosais parfois dans la touffeur du cocon mais n’avais pas la rage nécessaire pour faire le mur. Et pourtant je l’ai menée souvent la grande évasion mais pas pour de vrai.

La porte de sortie, je l’ai trouvé dans ces milliers de livres que nous possédions et qui prenaient tant d’espace dans l’appartement. Dès l’âge de sept ans, je suis devenu bibliovore, je lisais à la chaine, ingurgitais les pages, paragraphes en perfusion, je m’injectais les mots en intraveineuse. Je trouvais dans les bouquins les horizons qui me manquaient dans la vraie vie et j’ai parcouru grâce à eux des mondes qui avaient bien plus de saveur que ma réalité. J’ai commencé petit par les collections de la Bibliothèque Rose qui par la suite est devenue Verte, j’ai naturellement enchaîné sur Alexandre Dumas et Jules Verne qui m’ont rendu monomaniaque : dès lors, pour peu que j’accroche avec un auteur, je dois lire TOUS ses livres, explorer toute son œuvre jusqu’à en être rassasié.

Je suis né dans les livres, j’ai grandi dans les livres, appris par les livres et quand, à dix-sept ans, Alexandre s’est heurté pour la première fois à la réalité, provoquant la première fissure dans sa personnalité, moi j’étais déjà là et j’ai vu le ciel se déchirer, déverser des pluies acides sur les territoires de l’enfance. Une nouvelle époque s’ouvrait, où la vie, la vraie allait faire son entrée. J’ai pris tous les livres et je les ai empilés jusqu’à bâtir une gigantesque muraille qui délimiterait alors mon propre domaine. En leur sein, protégé des attaques extérieures, j’ai labouré de grands champs que j’ai ensemencés de graines de mots. A cette époque, je n’avais aucune envie de mettre le nez dans les affaires du réel, je voulais rester au calme avec mes livres, je voulais continuer à en accueillir de nouveau pour fertiliser ma plaine. Et pendant des années, j’ai bien conservé ma ligne de conduite, je suis resté dans mon royaume à cultiver mes univers. Tout au plus parfois, je regardais depuis le chemin de garde le paysage mental d’Alexandre que d’autres fléaux devaient ravager au cours des années suivantes.

Et puis un jour j’ai décidé de faire sécession et de déclarer mon indépendance pour asseoir ma vérité. Je me suis donné nom Ducasse prénom Colin, je me suis totalement inventé pour être bien plus qu’un héritier génétique ou social, pour devenir ce que je suis déjà : l’auteur, le narrateur et le personnage du livre de ma vie.

Une Chanson de saison


Canicule – Jeanne Cherhal

La sorcière des marais

Elle est l’une des ombres apparues à Brest en novembre 98, l’une des fractions les plus dangereuses de l’esprit d’Alexandre. Au cours de l’été 2006, quand il donnera des noms à ses différentes personnalités, leur ouvrant par là-même le droit à une existence, elle sera la première à être nommée, avant même Alice Morgenstern.

Son prénom sera une contraction de celui de Milena Jesenska, une maîtresse de Franz Kafka tandis que son nom ne présentera aucune référence directe ou indirecte même si sa consonance russe est probablement un héritage du Docteur Jivago ou d’Anna Karénine, deux ouvrages qui ont beaucoup marqué Alexandre.

Mais bien qu’encore indéfinie en 1998, Mina Solentskaïa se manifeste déjà à cette époque (1998-2001). Elle est responsable d’une dépression que fait Alexandre et qui se traduit notamment par quelques tendances à l’auto-mutilation (il “dessine” au cutter le dessus de ses mains) qui disparaissent cependant rapidement. Pendant plusieurs mois, le découragement d’Alexandre est total. Il ne fait plus grand chose dans ses études et, dans la solitude de sa chambre, il part parfois dans des crises de larmes inexplicables.

Mina Solentskaïa règne sur le ciel d’Alexandre. Elle maîtrise les vents, les nuages et la pluie et peut se manifester à tout moment, même le plus inopportun ou le plus heureux. Elle n’attend rien d’autre de l’existence que de la voir arriver à son terme. Pour elle, la vie est un non-sens absolu qui ne mérite pas d’être vécue. La faute à une forme de lucidité kafkaïenne qui dénigre toute valeur à l’existence. Les moments de joie, les accomplissements ? – Un miroir aux alouettes qui nous permet de nous leurrer et d’oublier que tout un jour doit finir. Alors pourquoi pas aujourd’hui, là, maintenant ?

Quand Alexandre fondera Widow Creek pour y abriter ses différents lui, il attribuera à Mina le domaine de Lecter Manor, référence au Silence des Agneaux, institution psychiatrique où l’on poussera les patients au suicide – car entre-temps, Mina Solentskaïa sera devenu contagieuse, capable de propager son désespoir à quiconque s’approchera d’elle, tel un virus mental capable d’infecter toute la pensée d’Alexandre.

Lecter Manor sera jouxté par des marais insalubres que peupleront les Tourments ainsi qu’Alexandre nommera ses souvenirs refoulés volontairement ou non. Mina Solentskaïa prendra l’habitude de se promener le longs de ces eaux saumâtres pour s’adresser aux corps décharnés qui flotteront à leur surface.

A l’heure où je vous écris, elle erre précisément en ces lieux de tristesse, le regard clair et vide ; elle serre entre ses mains une lame de rasoir et murmure des incantations. Sur son passage, rien ne survit, tout fane, tout finit. Elle attend l’heure où elle pourra reprendre le pouvoir. En attendant, Mina Solenstkaïa demeure. Eternellement.

Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse

Novembre 1998. Alexandre est à Brest, il vient d’intégrer une école d’ingénieur et maudit perpétuellement Jean Genêt de l’avoir conduit dans cette ville grise, la plus humide de France. On pourrait mettre sur la table toutes les raisons objectives qui ont poussé Alexandre à choisir l’exil au bout du bout du Finistère mais il ne faudrait pas sous-estimer l’influence de Querelle de Brest sur cette décision. Maintenant il est trop tard, les dés sont jetés et nous voici sous un ciel sempiternellement gris, remontant de nuit la rue Jean Jaurès avec vent de face et crachin pernicieux.

Alice est toujours là, ne l’a jamais quitté. Les trois années qui nous séparent de son apparition l’ont même vue s’affirmer de plus en plus précisément. En vrai elle ne porte pas encore de nom, Alexandre est à peine conscient de son existence et pourtant il partage déjà son corps avec elle. C’est elle qui prend les rênes dès qu’il s’agit d’interagir avec les autres, c’est elle qui se lie, c’est elle qui questionne et l’enfant qu’elle est ne peut s’empêcher d’être outrageusement curieuse et capricieuse. C’est une petite fille à qui nul ne donne de limite, elle est possessive avec les autres, elle attend qu’on lui obéisse, elle crise quand on lui dit non. La petite princesse découvre le monde et en fait son terrain de jeux.

Ce soir, Alexandre est en train de travailler avec son binôme dans la chambre de ce dernier. A vrai dire, si le corps d’Alexandre est bien présent, son esprit lui est ailleurs et c’est Alice qui occupe la place et qui se trouve sur le point de se brûler les ailes. Alice aime beaucoup Fabrice, c’est d’ailleurs elle qui l’avait choisi parce qu’elle le trouvait gentil et mignon et ce soir elle n’en peut plus, elle aimerait lui demander si il veut bien être son amoureux mais elle ne sait pas trop comment si prendre. A l’intérieur, Alexandre, qui soudain flaire le danger, hurle. En vain. Alice ne l’écoute pas et c’est elle qui a le contrôle. Au dehors c’est la tempête, la fenêtre tremble sous les assauts du vent, ça siffle dans les couloirs. Fabrice pose alors une question relative au projet qui les réunit et Alice lui répond du tac au tac “tu veux bien être mon prince charmant ?”.

Un blanc. Le vent redouble de vigueur. Les yeux de Fabrice s’assombrissent quand il dit “dégage avant que je te bute”. Mais c’est à peine si Alice entend ces mots. Elle voit avant tout son regard noir et haineux, si différent de la douceur qu’il renvoie d’ordinaire. Elle ouvre la bouche pour se défendre mais Fabrice l’interrompt. “Dégage !”.

Rue Jean Jaurès. Malgré la pluie Alexandre est sorti. Trois quarts d’heure qu’il marche ainsi dans le vent et sous la pluie. Comme un zombie il arrive Place de la Liberté puis continue dans la rue de Siam qu’il descend jusqu’au bout, jusqu’à Recouvrance. Tout de suite après être sortie de la chambre de Fabrice, Alice a disparu, réfugiée dans quelque coin obscur du cerveau d’Alexandre, comme une enfant qui se cacherait après avoir commis une grosse bêtise.

Il est maintenant seul donc. Tel un fou, il se parle à voix basse, se maudit, la mer au loin rugit et le cœur d’Alexandre vibre au diapason de la rade furieuse. La pluie se mêle aux larmes qui coulent sur ses joues et tandis qu’il prend la ferme résolution de ne plus subir l’existence, quatre ombres se forment dans son dos, quatre ébauches de monstres à venir.

“Bon ben c’est bien gentil tout ça, mais c’est quand même pas la fin du monde ! Si on allait plutôt prendre un verre ? Fait soif ! “, dit la première avant de partir dans un fou rire hystérique.

“Ah quoi bon ? La vie n’est qu’un bourbier immonde. On ferait mieux de se jeter du pont de Recouvrance tout de suite. Puisque tout doit finir un jour autant le faire maintenant…”, répond la deuxième et dans sa voix résonne la tristesse du monde.

“Non, je suis d’accord, ce n’est pas la fin du monde. Nous avons juste besoin d’un peu de réconfort, d’un peu de chaleur humaine… Près de la gare, il y a un endroit très bien pour ça ! On y va ?”, rétorque la troisième et son souffle est chaud et envoutant.

La quatrième ombre ne dit rien mais sourit. Elle n’est qu’une forme diffuse qui flotte dans l’air mais l’incendie couve en elle et dans son regard brûle les feux de l’enfer.

Dans huit ans, ces quatre-là connaîtront leur âge d’or.

La petite fille de la zone morte

“Avant ce jour, il n’est rien passé.”
- extrait du journal d’Alice Morgenstern

C’est un soir de juillet ou d’août, je ne suis pas sûr. L’état déplorable des archives d’Alexandre ne m’ont pas permis de déterminer le jour exact. En revanche je peux dire que nous sommes en 1995, l’année de ses dix-sept ans. Il est alors à fond dans sa période rimbaldienne et même si celle-ci est sur le point de se terminer, il a décidé que ce soir il ne sera pas sérieux.

Fin d’après-midi, début de soirée, il abandonne sa banlieue et file en RER vers Paris. Il semble que c’est la première fois qu’il sorte seul et en soirée sur la capitale mais nous ne pouvons pas vraiment nous fier à ce genre d’information, elle est beaucoup trop parcellaire. Ce que nous pouvons affirmer c’est qu’il sait exactement ce qu’il fait, du moins jusqu’à un certain point. Jusqu’à présent sa vie n’a été un vague continuum à peine chahuté par l’adolescence, ce soir il a délibérément franchi une ligne.

En sortant du métro, il sait où il va, il n’hésite pas et marche même un petit peu trop vite. Le bar, il le connaît déjà, il y est déjà venu avec Paulo, son meilleur ami. C’est la première fois qu’il s’y rend seul. Une fois le seuil franchi, il s’installe au bar et commande un whisky-coca, il n’a pas l’âge et fait plus jeune que ses dix-sept ans mais le barman ne tique même pas. L’attente commence.

Elle ne dure pas longtemps. On finit par l’aborder. Alexandre n’est pas très à l’aise mais le cache bien. La conversation s’engage, l’autre se présente : Mario, 36 ans, brésilien en voyage d’affaire à Paris. Pour Alexandre qui n’a encore jamais quitté la France c’est formidablement exotique. Mario lui paye un second verre. Là encore, j’ai bien cherché mais je n’ai pas réussi à trouver le moindre enregistrement de leur conversation. Étant donnée l’année, je pense que ça parlait français mais de quoi, je ne pourrais le dire.

Après le bar, Mario emmène Alexandre au restaurant “Le Ventre du Cachalot”. Il demeure très peu de traces de ces moments, probablement à cause du vin que Mario ne cesse de verser dans le verre d’Alexandre. Il ne reste qu’une lumière très tamisée, une atmosphère chaude et confinée et l’incandescence humide du regard de Mario. Ça parle toujours mais une fois encore, pas de transcript. Impossible également de savoir ce qui se passe dans la tête d’Alexandre. Ce que l’on peut dire, c’est qu’en sortant du restaurant Alexandre accepte de suivre Mario jusqu’à son hôtel.

Et là, les souvenirs fusent bien que désagréables. Mario embrasse violemment, Mario caresse violemment, Mario empale violemment. La chambre est minuscule et sent le vieux malgré les quatre étoiles affichées par l’hôtel. Alexandre est pris d’une soudaine impulsion et tente de faire machine arrière mais trop tard. Mario lui maintient le bras droit dans son dos et la tête dans l’oreiller. Pendant un moment, Alexandre se débat puis lui vient l’idée de crier. Mario lui met la main sur la bouche et l’insulte en portugais.

C’est à ce moment là qu’apparaît, dans un coin sombre de la chambre, la petite fille de la zone morte.

Elle ne s’appelle pas encore Alice Morgenstern, elle n’a pas encore sa forme définitive mais c’est bien elle qui se tient droite et muette, entre une chaise et l’armoire. Elle regarde Mario qui besogne Alexandre. Elle ne sait pas trop quoi penser car elle ne comprend pas tout de suite ce qui se passe alors elle reste là immobile et regarde. Elle se souvient vaguement qu’on lui a empoigné le bras violemment et qu’on lui a crié “Vite, dépêche-toi, il faut sortir !” et qu’elle est là maintenant. En dehors.

Alice demeure là jusqu’au bout, circonspecte mais curieuse. Quand tout est terminé, elle prend la main d’Alexandre qui s’est rhabillé. Ils sortent ensemble de l’hôtel. Elle va le raccompagner chez lui.

Et c’est ainsi que tout commence.

Again and again

Voilà j’ouvre les yeux again et je sors les jambes du lit et je me lève again et tous les jours, même danse et même rengaine, ils se suivent, ils s’enchaînent, tous les jours sont les mêmes, aujourd’hui hier idem et demain identique, et demain again, hamstérisé je tourne en rond, quand à chaque cycle un peu plus ploie l’échine brimée par le temps qu’abolit faussement le recommencement, comme un vieux disque saute d’être trop rayé, répète en boucle le même couplet, désormais incapable d’aller au bout de la chanson. Briser absolument il faut briser l’éternité aux alouettes qu’est la monotonie qu’absurdement j’entretiens tous les jours quand je me lève le matin pour entamer again une journée déjà vécue , déjà visitée, déjà traversée et par dessus tout: déjà terminée.

Autoportrait Mai 2010

Ca fait longtemps que je n’ai rien écrit ici, mais je n’ai pas grand-chose à raconter si ce n’est quand ce moment je suis en train de commettre un meurtre numérique et qu’Alexandre va bientôt définitivement disparaître :) L’étape zéro de mon émancipation est bientôt achevée.

Dans la certitude, je m’abstiens

Je ne suis pas aller voter dimanche dernier et je ne le ferai pas dans deux jours pour le deuxième tour des Élections Régionales, non par omission ou par paresse, comme aux dernières Européennes, mais véritablement par choix et par un goût de plus en plus accru pour la rébellion. Mon abstention cette fois-ci relève véritablement de l’acte politique à mes yeux. Fini le temps où je votais par idéologie à défaut de ressentir de l’engouement pour un candidat, pour un parti ou pour un projet. Finie l’époque où je votais parce qu’il fallait, parce que cela constituait mon devoir de citoyen. Voter est un droit que je me permets de ne plus utiliser mécaniquement, aveuglément et je m’attache aujourd’hui davantage à mon devoir d’individu intègre qui refuse d’aller à l’encontre de ce que lui dicte sa conscience. Et la mienne me dit qu’on ne peut rien rien attendre de nos dirigeants, que peu d’entre eux comprennent le monde dans lequel nous nous débattons tous et que les idéologies en cours sont obsolètes. Il n’adviendra rien de nouveau, aucun des changements radicaux dont notre société et le monde ont besoin ne sortira des urnes. Au pire je voterais pour des personnes qui feraient “au mieux” pour maintenir un état ou légèrement l’améliorer, et encore. A mes yeux, ce sont les urnes qui maintiennent cette situation, élection après élection, donnant caution à des équipes qui n’ont ni le pouvoir ni le désir de fondamentalement changer un système dont la faillite certaine est amorcée. Je l’avais bien vu venir ce petit côté Robespierre qui me pousse à l’intransigeance, au refus des concessions et au rejet des inconséquences humaines. Je dis cela car si j’en veux forcément à nos irresponsables politiques, je crois que je suis encore plus en colère contre cette immense majorité de gens qui passe son temps à se plaindre tout en participant pleinement à la perpétuation d’un modèle qui les broie.

Autoportrait Février 2010

Love by Sarah


Texte : Manque de Sarah Kane (extrait)
Voix : Colin Ducasse
Musique : Metamorphosis Two de Philip Glass

Zola Jackson de Gilles Leroy

Nous sommes en Louisiane, dans un de ces quartiers pauvres de la Nouvelle Orléans situés bien loin du rêve américain, vers la fin du mois d’août 2005. L’ouragan Katrina est sur le point de s’abattre sur les états qui bordent le Golfe du Mexique et provoquer la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire des Etats-Unis. Sourde aux avertissements, aux alertes, Zola Jackson a décidé de rester dans sa maison, avec sa chienne Lady. “Mais on ne quitte pas la Nouvelle Orléans. On y naît. On y crève. C’est comme ça.” L’eau va monter, tout envahir, tout emporter, charrier des corps, devenir pestilentielle et, dans l’enfer qui se déchaîne sur le quartier de Gentilly en vagues successives, d’abord le vent, puis l’eau et la canicule enfin, il n’y a pas que les cadavres qui remontent à la surface. Il y aussi les souvenirs, ceux de Zola Jackson, et la mémoire qui se ranime, obsédante et tortionnaire, quand sonne pour elle l’heure de faire les comptes avec son passé.

Zola Jackson, c’est la figure humaine qui se dresse et résiste à la furie du monde – furie des éléments bien sûr mais aussi fureur des hommes, quand l’ouragan fait place à la tempête médiatique, quand elle évoque ses anciens élèves morts à l’école de la rue, quand elle se souvient des souffrances endurées par son fils car il n’avait ni la bonne couleur de peau, ni la bonne couleur d’yeux, ni la bonne orientation sexuelle. Zola Jackson n’a jamais plié face à la souffrance, à la médisance et à l’intolérance. Elle ne pliera pas face à Katrina, contrairement aux digues du Lac Pontchartrain, contrairement aux constructions des hommes, elle conservera jusqu’au bout sa dignité et son intégrité.

Tandis que les eaux délétères réduisent à chaque heure son espace vital, Zola Jackson extirpe de sa mémoire les souvenirs, ceux de sa vie, ceux des gens qu’elle a côtoyés et surtout ceux de son fils Caryl dont elle traîne le deuil depuis dix ans et qui, dans l’enfer de Katrina, deviendra sa lumière, son guide. “Caryl a éclaté de rire. Quant il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens.” Entre tendresses profondes et coupables regrets, gagné par les brumes de l’alcool, de la fatigue et des privations, l’esprit de Zola retrace en pointillé le portrait de ce fils qu’elle a maladroitement aimé et dont elle ne pouvait pas encadrer le compagnon, tandis que ses souvenirs dessinent en creux le destin de la communauté noire des états du sud.

Dans “Zola Jackson”, le récit se découd au fur et à mesure que l’épuisement grandit, oscillant dans un va-et-vient fascinant entre l’apocalypse qui s’est déclenchée et l’évocation tendre mais sans complaisance d’un passé à jamais enterré. Avec une économie de mots remarquable, Gilles Leroy inonde l’esprit du lecteur d’images et d’émotions à la fois subtiles et saisissantes, il rend presque perceptible l’écrasante torpeur dans laquelle baignent le Mississippi et la Louisiane en été, torpeur qui se propage au cerveau, qui rend les contours flous, la frontière entre rêves et réalité perméable. Le livre aurait pu sombrer dans le pathos ou dans une mélancolie excessive, mais la personnalité de Zola est si forte, à la fois intransigeante et attachante, qu’il ne faut pas plus de deux pages pour être emporté par l’obscure beauté de ce séjour en enfer d’où l’espoir parviendra finalement à éclore.

Mon Sacerdoce

Je ne suis pas juif.
Je ne suis pas musulman.
Je ne suis pas catholique.
Je ne suis pas protestant.
Je n’adhère à aucune philosophie orientale.
Je ne suis pas même agnostique.

Athée, mais alors jusqu’au bout des ongles, un vrai de vrai. Un qui te brûle tous les Dieux, tous les Allahs et tous les Bouddhas de la création humaine. Je ne crois tout simplement pas en l’existence d’une quelconque forme de conscience supérieure qu’elle soit guide ou démiurge. Je ne m’inscris dans aucun destin individuel ou collectif et j’ai récemment décidé de tracer mon propre chemin, comme je sais le faire, méthodiquement, lentement, avec une infinie patience.

La vie telle qu’elle est ne me convient pas ? Peu importe ! Je peux choisir d’assumer la médiocrité de l’existence, douillettement enfermé dans le cocon des conventions humaine mais dans ce cas, au revoir les regrets, les remords et les lamentations : il me faudra accepter de n’être qu’un mollusque accroché à du vide. Ou bien plutôt, je décide de jouer selon mes propres règles et j’envoie sur le tapis les dés pipés qui aboliront le hasard. Je vais m’écrire et me réinventer. Par avance, je tiens à m’excuser car j’ai toujours trouvé ça extrêmement vulgaire de parler de soi, cela relève d’une forme d’égocentrisme stérile qui aurait l’arrogance de me donner une valeur incroyable que je n’ai pas. Mais malheureusement, comme je suis le sujet que je maîtrise à peu près le mieux, c’est dans cette direction que je vais m’embarquer. Vous allez bouffer du “je” à en avoir une indigestion, du “moi” bien froid, bien tranchant, bien méchant. De toute façon, on ne se fait jamais entendre quand on est gentil. Il faut toujours s’adresser aux autres armé de couteaux.

Depuis que j’ai ouvert ce blog, je n’ai pas cessé de m’éloigner des hommes pour ne plus m’intéresser qu’à l’homme seul et prisonnier de sa propre geôle, mû par je ne sais quels penchants sado-masochistes. J’ai jeté aux orties tout intérêt pour la chose politique et cessé mes tergiversations métaphysiques. La place de l’humain dans l’univers ? – Un putain de microscopique grain paumé au coeur du grand tout. Qui suis-je ? – Personne. Je n’existe tout simplement pas, non parce que je ne suis qu’une création de l’esprit mais parce que c’est ainsi pour tous. Personne n’existe en dehors de soi. Jamais. Où vais-je ? – Je fonce en ligne droite vers la mort, comme tout le monde et c’est une telle évidence que je me demande pourquoi tant de gens osent encore se poser cette question. Où vas-tu ? Nulle part. Tu finiras entre quatre planches ou dans une petite boîte après que l’on t’auras bien fait cramer. Et cette finalité qui, tu l’avoueras quand même, est d’une importance capitale, je ne comprends pas non plus qu’elle ne t’occupe pas plus souvent l’esprit que ça. Enfin, il arrive peut-être que tu y songes souvent, ce n’est pas ça que je veux dire. Ce que je veux dire c’est que ta mort devrait être ta principale préoccupation, c’est ta mort qui devrait investir l’intégralité de ton espace-temps d’existence. Toute ta vie devrait se concentrer sur ta mort car au fond, il ne t’arrivera jamais rien de plus important – en espérant que cela soit bien le putain de terminus.

Mais voilà que je pars en digressions, je voulais parler de moi, toi je m’en fous, mais voilà que je n’ai pas pu m’empêcher de te parler de toi alors que bon, franchement, nous savons tous les deux que tu es irrécupérable et que tu te demandes pourquoi tu lis ces mots plutôt qu’un bon catalogue IKEA. Maintenant si tu es arrivé jusque là, c’est que j’ai quand même réussi à retenir ton attention au détriment de meubles de cuisines. Ce qui me fait dire que moi, je n’ai pas perdu mon temps à écrire ces mots. Si tu veux bien on continuera cette petite discussion.

Etape Zéro : création de mon compte facebook à moi. Dire qu’il faut en passer par là pour exister…