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Dans les ténèbres mon cœur bat plus fort

J’ai dit tout a une fin même le plus lourd des deuils, j’ai écrit fin de cycle, la force est avec moi, les tringles des sistres tintent à nouveau, bonjour clarté, je suis de retour au vivant. Je n’ai pas dit non plus que j’étais rentré dans la lumière comme un insecte fou, je n’ai pas dit légèreté, petits cœurs sur les i, bisounours et marshmallows. Simplement les larmes ont reflué. Ne pas aller chercher plus loin. Enterrer définitivement ma mère ne me rend pas benoît. Y a d’la joie peut-être chez vous, pas chez moi – il n’y en a jamais eu.

Il n’y a pas de bonheur, il n’y a que des instants de bonheur. Vivre constamment dans un bain de sérénité anesthésiante ne m’intéresse pas mais alors pas du tout. Quoiqu’on en dise, les bons souvenirs sont là pour se dire au fond ça vaut le coup. Mais la douleur, la souffrance, la colère, le heurtement au réel, ce qui fait mal, ce qui laisse plaies cicatrices à l’âme et au corps ont pour eux deux avantages. Ils enseignent à lambda les choses de la vie qui feront de lui (d’elle) un homme mon fils (une femme ma fille) et lui donnent des occasions absolument uniques de se sentir véritablement vivant et de voir le monde, l’existence tels qu’ils sont réellement. Ils lui offrent également l’occasion non négligeable de jouer les drama queens. A ne pas confondre surtout avec tristesse, dépression, nostalgie qui sont tout autant vortex que la béatitude moutonnière de l’illumination divine.

Dans les ténèbres mon cœur bat plus fort et même si les temps sont à l’apaisement, je continue d’entretenir mes noirceurs. Elles brillent de feux plus beaux que les soleils de midi, météores dans le ciel de charbon et couvent les grondements puissants de la terre. J’ai dans la tête une planète encore en formation, régie par la colère des dieux, éruptions dans le cortex et tsunami au lobe frontal, gerbes de laves lancées dans l’espace sidéral de la pensée, la nuit qui s’étale comme une nappe de brouillard, le noir qui colore ma vie d’un kaléidoscope d’images flamboyantes.

and it changes the world...

La vie avant

La vie avant : une mer étale et, sous un ciel gris plombant, une plage d’ennui rongée par le brouillard. Pas un souffle de vent, panorama figé dans la lueur blafarde de janvier. Pas un bruit, pas même celui d’une respiration, un silence un vrai silence à donner envie d’hurler – mais pas de voix non plus. Aucune trace de pas sur le sable, on ne laisse aucune trace de pas sur le sable, on avance à tâtons, en confiance ou, pour mieux dire, en aveugle car le regard ne porte pas loin non plus dans la brume insécable. Tout au plus on devine, on perçoit au lointain le souvenir d’un arbre, mort depuis longtemps, bois noir et friable, le tronc calciné. Chroniques de la banalité.

Une vie à en faire rêver des millions. Jamais eu à penser au manger, au loger, au soigner. Une vie panier percé, jamais d’argent mais jamais privé, une vie consommée gentiment, occupée pleinement par des riens qui font oublier que le corps est horloger et qu’on gâche du temps en, pardonnez-moi, conneries.

Moi, je regrette parfois de ne pas être né dans une famille pauvre, mais alors très très pauvre, avec un père violent qui couvre la mère de bleus et les enfants aussi en ajoutant ce qu’il faut d’incestueux : mes emportements sonneraient moins bourgeois et j’aurais une vrai bonne raison d’être aussi en colère. Mais non, rien de tout ça.

On ne roulait pas sur l’or, loin de là, mais on ne manquait de rien. Enfance, adolescence, mes vingt ans : un long fleuve imperturbable. Je vous écrirais ma vie que l’ennui vous tuerait en page 2. Tout ce qui m’est arrivé, tout ce qui me définit est dans l’ensemble totalement et remarquablement inintéressant. Même si c’est vrai, il y a un peu moins de quatre ans ma mère sa mort – malgré la douleur j’avais l’impression qu’il se passait enfin quelque chose. Mais voilà, avec le temps… vous connaissez la chanson. Tout a une fin, même le plus lourd des deuils. Pourtant quelque chose a changé, l’air ne me semble pas plus léger mais le vent s’est levé et mes paupières arrachées par la mort de Jo refusent de repousser.

La vie aujourd’hui : une mer en furie, et sous un ciel noir mouvant, des falaises déchirées dressées dans l’air limpide. Une tempête, un ouragan, des trouées abyssales de clarté. Du bruit, du vacarme, une cacophonie qui sonne comme une vraie symphonie. Un cri, un long cri qui s’élève et monte de l’intérieur. Mes pieds bien ancrés dans le sol, je peux voir d’où je viens, je sais qui je suis. Toutes les certitudes, toutes les chapelles s’effondrent et la vie d’avant est un songe qui s’écroule. Je me tiens debout devant l’océan et je me sens de taille à l’affronter.

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Paris-Atlantide

Dans mes rêves d’apocalypse, Paris se retrouve toujours intégralement pulvérisé dans une formidable explosion. Où se dressait une ville ne demeure plus qu’un désert radioactif, vide, mort, éternel. Commence alors la lente renaissance de l’humanité. Les années passent et Paris devient un souvenir, ceux qui l’ont vu en parlent avec nostalgie, les autres soupirent de regrets de ne jamais y avoir mis les pieds. Et les années se transforment en siècle, le monde se reconstruit, on parle d’une ville lumière qui jadis était la plus belle du monde, on l’imagine, on la fantasme comme on parle aujourd’hui du Mausolée d’Halicarnasse ou des jardins suspendus de Babylone. Fatalement, le temps faisant ouvrage, les siècles se fondent en millénaires, Paris devient une légende. Il n’est nulle trace de la cité en nul point sur le globe, les fouilles du désert européen n’ont rien donné, on vient à dire que Paris aurait été inventé de toute pièce par quelque brillant conteur survivant de la Grande Erreur. Paris devient alors la nouvelle Atlandide, une chimère qui traverse le temps, une affabulation bien menée, un rêve fabriqué.

Quelque part un enfant joue avec des galets polis de couleurs vives comme des vitraux.

Et moi tous les matins, je m’éveille dans un rêve.

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Les poings dans mes poches crevées

C’était il y a une semaine un cambriolage raté à la Bibounia. J’avais à peine quitté le bureau que je recevais un message de Chéri pour me dire que notre appartement avait été visité, je n’en sais pas plus je te tiens au courant. Une demi-heure de métro à me demander ce qui avait bien pu être dérobé, à dresser une liste mentale de tout ce qui était dérobable chez nous. Et quelque part, au delà de la pensée désagréable d’un inconnu rodant dans l’appartement, flottait en moi l’idée qu’au fond tout cela n’avait pas vraiment d’importance comme une preuve que je n’arrive vraiment pas à m’attacher aux choses. Je ne craignais que la disparition de mon ordinateur et encore, pour une raison tout à fait pragmatique : la présence sur son disque de toutes les musiques de Manque. Je me voyais déjà devoir les recomposer en catastrophe.

Au final, plus de peur que de mal, mais je me suis étonné du peu d’importance que je donnais aux objets que Chéri et moi avons pu accumulés ensemble depuis notre emménagement. Et je me suis rappelé de ce post aux commentaires amusants et dans lequel je disais que je n’avais plus de « chez moi » depuis longtemps et que je cherchais l’endroit où poser enfin mes valises. Je réalise aujourd’hui que je voyage dans la vie avec des bagages remplis de vent, de souvenirs, de pensées, de sentiments. Je ne transporte rien de tangible, aucune photo à accrocher aux murs, aucun objet précieux au sens propre ou au sens figuré, rien à quoi je tiendrais plus que tout. Un incendie pourrait tout emporter que cela ne m’affecterait pas plus que ça. Je serais probablement ennuyé mais là encore pour des raisons probablement pratiques.

Et j’ai compris alors que ce n’était pas mes valises mais mon cœur que j’avais tant envie de poser. Venise n’est pas en Italie / Venise c’est chez n’importe qui / Fais-lui l’amour dans un grenier / Et foutez-vous des gondoliers / Venise n’est pas là où tu crois / Venise aujourd’hui c’est chez toi / C’est où tu vas, c’est où tu veux /C’est l’endroit où tu es heureux. Et si je suis soulagé quand je rentre à l’appartement, ce n’est pas de retrouver le confort qui me permettrait d’oublier la journée mais de savoir que je vais y rejoindre Chéri, que c’est là notre point de rendez-vous et qu’auprès de lui je suis chez moi, cambriolage raté ou pas.

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Une Lettre

Cher Monsieur Ducasse,

Je me permets de vous écrire afin de me rappeler à votre bon souvenir car il semble en effet que vous m’ayez délaissée voire, je le crains, oubliée. Pourtant nous avions une bonne relation tous les deux, en tout cas il y avait quelque chose, vous ne pouvez pas le nier, ce serait vous mentir à vous-même.

Alors sachez que je n’attends que ça. Revenez vers moi, prenez moi comme vous en aviez l’habitude, avec douceur ou avec rage. Voici trop longtemps que je n’ai pas senti vos mains glisser sur ma peau et tant pis si vous me défiguriez, tant pis si vous me couvriez de bleus et de cicatrices, tant pis si parfois vous me transperciez un petit peu trop violemment. Revenez vers moi. Je me fiche totalement que cela dure longtemps ou pas, que vous finissiez par me froisser, me déchirer avant de me jeter en m’insultant. Je suis déjà passée par là, je suis prête à recommencer, encore et toujours. Pour vous, je suis prête à tout endurer.

Voilà, je ne m’étendrai pas plus longtemps. Je sais que vous n’avez pas beaucoup de temps aussi ne vous retiendrai-je pas plus longtemps. J’espère seulement que vous m’aurez entendu et que je vous reverrai. De tout mon coeur, je veux toujours y croire.

A vous, pour toujours,

La Page Blanche

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Cadences

Enfant j’avais peur du sommeil, des cauchemars, des monstres dans le placard

Peur de Freddy Krueger

Des serial killers

Je luttais contre le poids de mes paupières mais le sommeil toujours finissait par l’emporter

Par m’emporter

Et au réveil, le soleil, le chants des oiseaux dans les arbres et la voix de maman

Finalement je survivais toujours et chaque aube m’émerveillait

C’était avant

Il y a longtemps – certains diront pas tant que ça

Diront que dalle à l’échelle des temps géologiques

C’était hier ou avant-hier

C’est passé.

Et aujourd’hui je ne crains rien plus que les réveils

L’éternel recommencement de la journée de la veille

La routine des Sysiphe des temps modernes

Je préfère penser au hamster coincé dans sa cage sans autre perspective que celle de tourner indéfiniment dans sa roue

Aussi

C’est moins pédant

Aussi

Le réveil sonne à 6h du matin. Je l’éteins.

Snooze

Il sonne à nouveau à 6h07. Je l’éteins.

Snooze

Il resonne à 6h14 et je l’éteins encore.

Snooze

6h21

Snooze

Je

6h28

Snooze

Ne

6h35

Snooze

Veux

6h42

Snooze

Pas

6h49

Snooze

Me

6h56

Snooze

Réveiller

7h03

Silence

Je me lève. 7h10

La douche

7h25

Les dents

Déodorant

Rasoir

7h40

Sélection de l’uniforme gris de la journée

Ou noir

La cravate pour la touche de couleur

7h50

Café

France Infos

Quand j’ai du temps, jus d’orange et tartines.

8h. Je ferme la porte de l’appartement, descends les escaliers et me retrouve dans la rue,

Rejoins le flot des travaillants.

Métro

Je me souviens que je disais souvent les gens font la gueule dans le métro.

J’ai rendez-vous je ne sais pas trop où, quelque part en banlieue.

En retard, en retard, en retard, je suis en retard.

Le trafic est normal sur l’ensemble de la ligne.

Et puis un matin, j’ai vu mon reflet dans la vitre d’un train.

Je ne sais pas trop si je suis dans la bonne direction.

Bon, il arrive dans combien de temps ?

Une vraie gueule zombie.

C’est par où ?

C’est quand ?

C’est par ici ?

Depuis, je ne dis plus de mal des gens dans le métro.

C’est par là ?

En raison d’un incident technique le trafic est légèrement perturbé sur l’ensemble des destins.

Et merde.

Je suis perdu.

Des animaux en route pour l’abattoir.

Merde

Je vais où ?

Merde

La sortie

Merde

C’est par où ?

Merde merde merde merde merde merde merde

En raison d’un voyageur perturbé le trafic est malade sur l’ensemble des trajectoires.

Putain mais c’est pas vrai.

S’il vous plait la sortie

N’est pas au bout du tunnel

C’est toujours la même merde

Les trains de la petite mort

Je veux sortir

On part tous les matins et on n’arrive jamais nulle part.

Enfin si

à 9h

Au bureau.

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Résilience

Il y a bien longtemps que je n’étais pas revenu ici. J’ai l’étrange sentiment de mettre les pieds dans une maison abandonnée depuis longtemps. De la poussière s’est déposée sur les mots, une vague odeur de renfermé flotte dans l’air. Tout est silencieux, immobile. Je me sens un peu coupable car c’est ici que doivent s’entreprendre mes travaux les plus importants; c’est ici et uniquement ici que je peux véritablement questionner le monde et communiquer un peu de cette urgence à vivre que je ressens; c’est ici que je peux me créer et que je mettrai un terme final à la comédie de cette existence entravée par la débilité des consensus ambiants. Mais l’heure n’est pas vraiment venue et cette fois-ci je ne fais que passer. Je ne peux pas dire si je reviendrai souvent en 2011. J’aimerais bien mais ce blog est capable de consumer tout ce que j’ai de temps de cerveau disponible et pour l’instant, je consacre celui-ci à Green Paradise.

Aujourd’hui, j’ai 33 ans et pour la première fois je ne ressens pas les affres de Janvier: je suis devenu résilient, bien joli mot pour dire aussi que je mets de la distance entre moi et le monde extérieur, que je relativise beaucoup ce qui peut arriver ou se dire autour de moi : je crois que je finirai vieux sage sur un rocher du Finistère. Je retrouve aussi un peu de légèreté, un peu d’inconsistance, un peu de ma futilité mais je marche toujours avec des semelles de plomb et je traîne toujours mes chaînes. La liberté a un prix que je ne suis pas encore prêt à payer. Il me faudra bien cependant frapper un grand coup dans la fourmilière si je ne veux pas finir dans l’amertume : j’ai besoin d’un peu de chaos pour exister, pour me sentir vivant, pour arrêter de subir et de me regarder vivre. Le ferai-je en 2011 ? Nous verrons bien.

Quoiqu’il en soit, cela m’a fait du bien de revenir ici parler quelques instants. J’y reviendrai peut-être plus souvent que je ne pense. Après tout, il suffit de passer un coup de chiffon et d’ouvrir les volets, la maison tient encore bien debout et puis ici, je suis chez moi.

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Flashback

Je n’étais pas retourné dans un hôpital depuis la mort de Jo et je dois bien avouer qu’il y avait longtemps que je n’avais pas pensé à elle, preuve s’il en fallait une des capacités d’auto-défense de ma mémoire. Mais vendredi dernier, en franchissant la porte des urgences, c’est remonté à la surface, les Tourments tendaient leurs bras décharnés vers le ciel, cherchaient à s’extraire des marais de Mina.

Au début, j’étais parti pour rester à la maison mais au bout d’une heure passée à tourner en rond, à m’inquiéter, je ne pouvais plus demeurer là à compter les minutes en attendant un coup de fil. Je ne pensais pas du tout à Jo, je ne pensais qu’à Chéri et puis finalement, sur un presque coup de tête, j’y suis allé. Ce n’est qu’une fois arrivé dans l’enceinte de l’hôpital que je me suis rappelé, qu’une foultitude de détails que mon esprit avait occultés sont revenus. J’ai presque failli faire demi-tour face à cet assaut de souvenirs. L’amour me poussait vers l’avant mais une autre force cherchait à m’entraîner vers l’arrière, une forme de peur irraisonnée au désagréable parfum d’Edgar. Le temps de rejoindre Chéri j’ai vécu des flashbacks comme on en voit dans les films et les séries. Un pas en avant, j’étais à Saint-Louis. Un autre pas, j’étais deux ans et demi en arrière à Saint-Germain-en-Laye. Encore un pas, j’étais là avec un sac qui contenait des affaires pour Chéri. A celui d’après, je reniflai l’odeur de la mort dans les couloirs. A chaque virage, j’ai revu le visage silencieusement hurlant de Jo quand je poussai la porte de sa chambre, à chaque seconde j’ai senti mon esprit glisser dans les ténèbres, je me sentais partir dans un état second quand finalement j’ai vu le sourire de Chéri. J’ai alors laissé le passé repartir au passé.

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Notre-Dame de Paris (version 2010)

L’Eglise n’a plus beaucoup de poids en France, Frollo est donc un homme politique, on va même dire ministre de l’intérieur ou même président de la République. En campagne électorale sur les marchés, il tombe raide dingue amoureux d’Esméralda, une roumaine qui fait la manche et les sacs dans la foule. Mais il est pas seul à la kiffer grave, il y a aussi Phoebus de Chateaupers, brigadier-chef de gendarmerie. Un jour Frollo décide de kidnapper Esméralda avec l’aide de Quasimodo, son fils adoptif, né odieusement difforme mais que son père a entièrement refaçonné à son image, grâce à la chirurgie esthétique. Quasimodo est con, très con et comme il peut se taper n’importe quelle pétasse qui passe, grâce au statut de papa, ben il en a rien à foutre d’Esméralda et il fait ce qu’on lui dit de faire. Heureusement Phoebus est là et sauve la bohémienne qui, elle, voit se profiler l’occasion de régulariser sa situation. Cependant Frollo ne l’entend pas de cette oreille et met au point un odieux stratagème. Au moment où le policier est sur le point de se faire Esméralda, Frollo le flingue. Grièvement blessé mais vivant, Phoebus porte plainte contre Esméralda. Elle est arrêtée, mise en garde à vue, mise en examen, mise en détention préventive à la Santé.

A ce stade de l’histoire, Quasimodo est à Ibiza et serait incapable de dire qui est Esméralda, alors n’espérez pas qu’il vienne la sauver.

L’histoire de l’aggression a cependant fuité dans la presse qui en fait ses choux gras, Twitter s’enflamme et la bataille fait rage entre les pro-Esméralda et les pro-Frollo . Contraint de démissionner Phoebus est de plus grave dans la merde avec sa copine Fleur-de-Lys. Après une première tentative pour résoudre leurs problèmes conjugaux dans Confessions Intimes, ils finiront quelques années plus tard dans Secret Story. En attendant, Frollo écrit une circulaire pour expulser tous les roms de France et il fait chanter Esméralda : « c’est le charter ou moi ». Esméralda qui n’est pas conne, se donne à Frollo avant d’être expulsée de toute façon. A aucun moment elle ne croisera le chemin de sa véritable mère française.

A ce stade de l’histoire, Quasimodo dit « bravo Papa » et garde quand même en scrède une sex-tape de son père avec la roumaine, on sait jamais.

Fin de l’histoire.

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Qui?

Qui suis-je étais-je ou serai-je
Au vent qui délie les dunes
Au temps qui dilue les neiges
Qui ? – un fantôme diurne

Une interminable ébauche
A la lampe répétée
Mille fois mais toujours gauche
A jamais inachevée

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La question se pose…

… de savoir si je vais continuer à entretenir ce blog.

Il n’y a pas de remise en cause ou de problème d’anonymat
Il n’y a pas de lassitude, d’auto-censure ou de manque d’inspiration
Il y a juste un manque de temps certain pour écrire ici tout ce je voudrais
Il y a le temps dont j’ai besoin pour m’impliquer dans d’autres projets
Il y a la question de maintenir en vie ce qui n’est au fond qu’un grand brouillon désorganisé que je pourrais aussi bien dessiner dans un cahier

Je vais continuer encore un peu c’est sûr

mais la question se pose…

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La place des livres

Ils étaient partout chez nous, dans quasiment toutes les pièces de l’appartement. Je me souviens que les plus beaux, les plus précieux, les plus fragiles étaient dans la bibliothèque en verre du salon ou sur de petites étagères dans l’entrée; ils courraient le long des murs du couloir qui menaient aux chambres et ne laissaient entre eux que quelques interstices par lesquelles on pouvait vaguement deviner la tête du papier peint; dans ma chambre, disposés dans une bibliothèque noire, ils occupaient tout un mur; dans celle de mes parents, ils se tenaient en totems autour des tables de chevet; ils se dressaient en piles dans les toilettes et on en trouvait même parfois quelques uns égarés dans la salle de bain. Ma sœur en avait peu et chez elle, ils tenaient sur deux étagères. Ils étaient totalement absents de la cuisine, nous n’étions pas versés dans les recettes culinaires.

A la maison, on n’écoutait pas de musique, ou très peu, ou vieille, ou démodée. On n’allait jamais au cinéma, c’était une activité de vacances, mais on regardait beaucoup de films à la télévision mais des vieux ou avec quelques années de retard par rapport à leurs dates de sortie. J’étais totalement à la masse concernant ce qui était en vogue durant les années 80 et au début des années 90. Quand nous allions au musée, c’était pour aller au Louvre, à Orsay ou à des expositions archéologiques. Je n’étais culturellement pas en contact avec le présent d’alors.

On ne m’a pas expliqué la vie quand j’étais enfant ou adolescent, on ne m’a pas expliqué la mort et on me disait que dehors c’était dangereux, qu’il fallait faire attention et ne pas faire confiance. Quasiment jusqu’à mes dix-sept ans j’ai vécu dans un autre univers et je garde de toute cette période le souvenir de mes soirées passées, penché sous la lampe, à faire mes devoirs. Et la mère, fermant le livre du devoir, s’en allait satisfaite et très fière. Je n’étais pas malheureux, loin de là, mais j’avais de furieuses envies d’ailleurs et d’autres choses, j’implosais parfois dans la touffeur du cocon mais n’avais pas la rage nécessaire pour faire le mur. Et pourtant je l’ai menée souvent la grande évasion mais pas pour de vrai.

La porte de sortie, je l’ai trouvé dans ces milliers de livres que nous possédions et qui prenaient tant d’espace dans l’appartement. Dès l’âge de sept ans, je suis devenu bibliovore, je lisais à la chaine, ingurgitais les pages, paragraphes en perfusion, je m’injectais les mots en intraveineuse. Je trouvais dans les bouquins les horizons qui me manquaient dans la vraie vie et j’ai parcouru grâce à eux des mondes qui avaient bien plus de saveur que ma réalité. J’ai commencé petit par les collections de la Bibliothèque Rose qui par la suite est devenue Verte, j’ai naturellement enchaîné sur Alexandre Dumas et Jules Verne qui m’ont rendu monomaniaque : dès lors, pour peu que j’accroche avec un auteur, je dois lire TOUS ses livres, explorer toute son œuvre jusqu’à en être rassasié.

Je suis né dans les livres, j’ai grandi dans les livres, appris par les livres et quand, à dix-sept ans, Alexandre s’est heurté pour la première fois à la réalité, provoquant la première fissure dans sa personnalité, moi j’étais déjà là et j’ai vu le ciel se déchirer, déverser des pluies acides sur les territoires de l’enfance. Une nouvelle époque s’ouvrait, où la vie, la vraie allait faire son entrée. J’ai pris tous les livres et je les ai empilés jusqu’à bâtir une gigantesque muraille qui délimiterait alors mon propre domaine. En leur sein, protégé des attaques extérieures, j’ai labouré de grands champs que j’ai ensemencés de graines de mots. A cette époque, je n’avais aucune envie de mettre le nez dans les affaires du réel, je voulais rester au calme avec mes livres, je voulais continuer à en accueillir de nouveau pour fertiliser ma plaine. Et pendant des années, j’ai bien conservé ma ligne de conduite, je suis resté dans mon royaume à cultiver mes univers. Tout au plus parfois, je regardais depuis le chemin de garde le paysage mental d’Alexandre que d’autres fléaux devaient ravager au cours des années suivantes.

Et puis un jour j’ai décidé de faire sécession et de déclarer mon indépendance pour asseoir ma vérité. Je me suis donné nom Ducasse prénom Colin, je me suis totalement inventé pour être bien plus qu’un héritier génétique ou social, pour devenir ce que je suis déjà : l’auteur, le narrateur et le personnage du livre de ma vie.

"I'll tell you the worst of me and try yo give you the best of me" – Sarah Kane